Biréli Lagrène liste ses 10 disques jazz préférés

1st Aug 2013 | 11:50

Biréli Lagrène liste ses 10 disques jazz préférés
Intro
Le virtuose français du Jazz nous dévoile son parcours musical, ses rencontres, et vous conseille 10 albums jazz à absolument écouter.

Le virtuose français du Jazz nous dévoile son parcours musical, ses rencontres, et vous conseille 10 albums jazz à absolument écouter.

D'où cette passion pour la musique et le jazz en particulier est-elle née ?

Biréli Lagrène : Je suis issu d'une famille de musiciens, j'ai eu la chance d'apprendre très tôt la guitare. J'avais quatre ans. Mon père et mon frère étaient également guitaristes, je les écoutais et ça m'a plu. Au bout d'un an, je savais jouer mes premiers accords. Et puis c'était agréable, car il y avait toujours de la musique à la maison. J'ai donc grandi dans cette ambiance, comme si c'était normal. Mon frère et mon père écoutaient un peu de tout, mais mon père se passionnait pour la musique classique entre autres, quelques chanteurs américains comme Franck Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr. Et bien évidemment Django Reinhardt.

Comment s'est effectué l'apprentissage du style manouche ?

Je jouais beaucoup avec mon frère qui est guitariste rythmique et il adorait Django. C'est lui qui m'a plus ou moins initié. Mon père était fier de nous voir jouer ensemble tous les jours.

Tu as été médiatisé très tôt. N'était-ce pas trop difficile à gérer ?

Ça s'est fait de manière très naturelle. J'ai joué à Strasbourg en 1979 avec Stéphane Grappelli qui m'a gracieusement invité sur scène. Puis comme j'étais tout jeune, au lieu d'avoir peur, j'ai pris un énorme plaisir. On a joué Minor Swing ensemble puis d'autres morceaux dont je ne me souviens plus. Mais il devait y avoir Nuages. À l'époque, il y avait Philip Catherine et Larry Coryell aux guitares et Niels Henning Ørsted Pedersen à la contrebasse. Un an après, j'ai enregistré mon tout premier album qui s'appelait Roots To Django. J'ai donc commencé par ce type de musique. Après c'est une autre histoire, car j'ai rencontré Jaco Pastorius en 1986 et je me suis alors éloigné de ce monde pour jouer un peu plus de jazz rock, fusion. J'ai mis du temps à revenir aux sources. Si l'on calcule, de 1985 à 2001 lorsque j'ai formé le Gyspy Project, un projet qui a duré 10 ans.

Le Gypsy Project a obtenu un grand succès. Pourquoi être alors revenu à la fusion ?

J'ai toujours adoré être le plus éclectique possible simplement parce que j'ai du mal à me contenter d'un unique style de musique. Puis d'être influencé par d'autres genres m'a permis d'être plus inventif dans mon jeu de guitare. Parfois, ça donne des trucs bizarres ou même inattendus, mais j'aime bien surprendre le public. Même s'il vient pour un type de musique bien particulier, il accepte ces écarts et j'obtiens des réactions assez surprenantes parfois.

Est-ce un bon moyen pour diversifier son audience ?

Il y a des guitaristes qui ont réussi à faire ça et je pense que le meilleur exemple est Allan Holdsworth. Il ne joue pas de rock, mais à ses concerts, on voit énormément de jeunes qui viennent du rock et du hard-rock. De mon côté, mon public est assez large au final, ça va du très jeune au très âgé. Bien évidemment, les premiers sont plus intéressés par la musique électrique et les autres par la musique de Django.

Comment travailles-tu ta technique ?

Quand je joue du Jazz manouche, ça demande une discipline et c'est vrai que les coups de médiator sont très importants pour respecter le style. Il faut aussi une certaine force. Nous jouons sur des guitares acoustiques de type Selmer, et ce sont des guitares très difficiles à jouer. Quand j'ai reformé le Gyspy Project, j'ai dû m'y remettre plusieurs semaines. Lorsque l'on passe à la guitare électrique, soit on joue du be-bop avec une grosse Gibson, puis je passe d'une guitare solidbody à la guitare jazz puis à la guitare manouche, ce sont trois choses différentes et il faut à chaque fois s'adapter.

Quelle est la guitare électrique avec laquelle nous te voyons jouer aujourd'hui ?

Je joue principalement sur la Yamaha Pacifica. C'est une guitare de série, mais j'ai demandé à mon luthier de faire deux ou trois réglages. J'adore le micro P90 de Seymour Duncan au manche, qui est un micro assez chaud. Le micro chevalet est également un Seymour Duncan, mais il s'agit du modèle Hot-Rails. Pour le Jazz manouche, je joue sur une Selmer de 1946 ; j'en cherchais une depuis très longtemps. Je l'ai achetée à un ami qui habite en Allemagne.

Penses-tu que Thomas Dutronc a popularisé le style manouche ?

Je ne sais pas si ça nous aide nous, mais Thomas (Dutronc, ndj) a réussi à en faire quelque-chose d'intéressant. Il a réussi à rassembler un public en lui donnant un son de guitare que peut-être la plupart des spectateurs ne connaissaient pas. S'ils aiment, ils vont peut-être découvrir l'oeuvre de Django Reinhardt, même si ce n'est pas tout à fait la même chose.

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Django Reinhardt & le Quintette du Hot Club de France

Fin des années 70, j'ai évidemment beaucoup écouté Django Reinhardt avec le disque qui comportait la première version de Minor Swing enregistrée par le Quintette du Hot Club de France en 1937.

Comme je viens d'une famille manouche, on écoutait beaucoup ce disque. Mon père était subjugué de voir jouer ces titres et apparemment les progrès étaient assez rapides. Mon frère et moi jouions par-dessus le disque. Mon frère rejouait les rythmiques et moi j'essayais tant bien que mal de rejouer les solos. Dès que je rentrais de l'école, c'était parti.

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Jaco Pastorius - Jaco Pastorius

Un ami m'a fait écouter cet album. Je me souviens très bien de ce moment. On était à Londres en 1982, on se promenait et on est allés dans un magasin de musique.

Le contrebassiste du groupe m'a dit : "Tiens, voilà un disque d'un super bassiste, il faudrait que tu l'écoutes." J'ai acheté ce disque, 33-tours à l'époque. J'ai écouté deux titres dans le magasin et je me suis demandé ce que c'était et notamment le premier titre Donna Lee. J'étais bouleversé. Je ne savais pas que l'on pouvait jouer comme ça sur une basse et pour moi c'était complètement nouveau. Ce disque a changé ma vision de musicien.

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Weather Report - Weather Report

C'est un peu plus tard, vers 14-15 ans que j'ai découvert Weather Report (groupe dans lequel jouait Jaco Pastorius, ndj).

Dès qu'ils sortaient un disque, je l'achetais. Ce groupe a été une très grande influence depuis le début de ma carrière. D'autant plus que j'ai rencontré tous les bassistes de Weather Report les années suivantes à part Alphonso Johnson. J'ai vraiment été béni. J'ai joué avec Victor Bailey, Miroslav Vitouš et Jaco bien sûr. J'ai même pu jouer à Nice avec Joe Zawinul (claviériste) lors d'un concert.

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Wes Montgomery - Movin' Around

J'ai énormément écouté Wes Montgomery et Pat Martino également. Tous ces albums sont d'une telle grâce qu'il m'est difficile d'en sortir un du lot.

C'était un guitariste qui avait une manière simple et même évidente de jouer de la guitare. Ce n'était pas un virtuose qui jouait 36.000 notes à la minute ! Il était très sensible et jouait la note pour la musique.

Il était doté d'un son et d'une manière exceptionnelle d'interpréter. Il est comme un chanteur qui pose une mélodie. Dès que l'on joue deux ou trois notes en octave, on y est ! Benson m'avait dit cela, que l'on tombe toujours dans ces automatismes, à savoir qui dit L5 dit Wes Montgomery quelque-part.

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George Benson – Breezin

Il a fait des disques qui sont grand public, mais qui ne change rien à son jeu à lui comme Breezin ou Weekend In L.A.

Quand on écoute ça, on a envie de danser. Il fait partie des guitaristes d’exception que l’on est obligé d’écouter à un moment donné.

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Allan Holdsworth – Metal Fatigue

C’est un album qui est sorti en 1985. Je l’ai beaucoup écouté, car je trouve qu'il est un guitariste véritablement révolutionnaire.

C’était à l’époque où il avait encore un chanteur avec lui (Paul Williams, ndj). Dans le style dans lequel il joue, je trouve qu’il n’y a pas plus fort. Il a une maturité de son énorme.

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Frank Sinatra – Live At The Sands

Si je devais choisir un album de sa discographie, je pense que je choisirais le Live At The Sands enregistré à Las Vegas avec l’orchestre de Count Basie.

C’est un enregistrement fabuleux et je crois que c’est le seul disque où l’on peut retrouver le titre The Shadow Of Your Smile. Sa version est à tomber à la renverse. Il a alors une voix énorme, sa voix a beaucoup changé dans les années 60. Quand on entend ce disque, on a vraiment l’impression d’être assis juste devant lui.

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Niels Henning Ørsted Pedersen – This Is All I Ask

Il y a sur ce disque Ulf Wakenius, un guitariste suédois avec un énorme talent. Je n’ai pas encore entendu ses propres disques, mais j’ai écouté un enregistrement que Niels Henning Ørsted Pedersen a fait.

Sur cet enregistrement, il joue aussi bien de la guitare acoustique que de la guitare électrique. Il est bon, car il a aussi compris le son de la guitare acoustique. Il est d’une maturité impressionnante.

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Bill Evans – Portrait In Jazz

C’était l’époque du trio avec Scott LaFaro à la contrebasse et je crois qu'il y avait Paul Motian à la batterie.

En tout cas, Bill Evans m’a énormément influencé par son jeu, car il adorait Debussy et ça s’entend dans son jeu. Il avait ce don de transférer son influence Debussy dans sa propre musique jazz.

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Jimi Hendrix – Band Of Gypsys

Les guitaristes ne peuvent pas passer à côté de Jimi Hendrix.

C’est un gars qui a ouvert des portes pour les autres guitaristes de rock à venir. Le Band Of Gypsys est l’un de mes disques préférés parce qu’on sentait qu’il allait déjà presque ailleurs.

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