Saint-Michel, la nouvelle sensation électro pop "à la française"

14th Nov 2013 | 14:25

Saint-Michel est la nouvelle sensation française des groupes qui font de la pop à synthés. Ce duo nous vient de Versailles où il fait apparemment bon de grandir (Daft Punk, Air, Phoenix...), vu le résultat proposé sur leur premier album Making Love And Climbing.

Commençons par un quiz : 1. Je suis un duo de Versailles 2. Mon orientation musicale est tournée vers le monde de l'électro pop. Je suis, je suis... Saint-Michel. Après Air, Phoenix et Daft Punk, il est désormais temps de passer le flambeau à Philippe Thuillier et Émile Larroche, ce duo dont nous avions parlé dans l'une de nos playlists. Le groupe débarque aujourd'hui avec Make Love And Climbing, un album très envoutant qui fait la part belle aux mélodies et aux synthés. Philippe et Émile vous décortiquent ce qui fait leur son et vous embarquent dans leur univers planant et romantique...

Si l'on suit votre parcours, vous venez au départ du monde du rock ?

Philippe : Du rock et de l'électro. On vient de l'électro par nos sorties en boite où l'on se mange du gros kick toute la nuit. C'est du vécu, ce sont quelques années brûlées dans des soirées sans fond. De l'autre côté, c'est la pratique de l'instrument comme musicien, et il faut avouer que lorsque tu commences, c'est rare de démarrer par la techno par exemple. J'ai appris la musique en autodidacte, façon rocker dans une cave. À 15 ans, j'avais mon groupe avec qui je jouais du reggae et du punk. Ensuite est venu Milestone, un projet plus mûr musicalement.

Émile: Moi c'était moins fun, j'ai étudié le jazz !

Quand vous avez commencé à vous intéresser à l'électro, n'était-ce pas difficile de trouver du matos pour s'initier au style ?

Philippe : Mon vécu de cette époque est que je me prenais en pleine poire la French Touch et donc j'étais ultra excité par cette vague, ce bouillonnement en partie versaillais. Et c'était la vraie French Touch, les gens n'associaient pas ce terme à David Guetta ! Les machines étaient par contre inaccessibles pour moi, car trop chères, trop rares. C'était déjà un truc de geek ! On ne savait alors pas comment les mecs faisaient cette musique et j'ai rejoint ce créneau-là avec mon premier ordinateur perso tout simplement. J'ai découvert la musique électronique, l'enregistrement, le travail des sons. J'avais un Pro-Tools sur mon PC. Il existait une version gratuite avec 8 pistes.

Êtes-vous aujourd'hui dans la course effrénée aux plug-ins pour travailler vos sons ?

On est toujours curieux, et toujours méfiants. Je viens de la génération PlayStation. On n'a pas connu les vieilles consoles analogiques et les magnétos à bandes dont on rêve aujourd'hui. Et on y revient petit à petit. On a commencé avec un Pro-Tools, mais on va finir avec un vieil Atari 24-pistes. Je suis ingénieur du son depuis 10 ans déjà.

On est allé trois jours à l'ICP (Bruxelles) et on nous a laissé les clés pendant trois jours. On s'est retrouvé face à une vieille console Neve, la même sur laquelle a été enregistré Dark Side Of The Moon des Pink Floyd.

Mais n'est-ce pas plus facile de profiter de toutes ces avancées technologiques pour créer sa propre musique aujourd'hui ?

Émile: Au final, ce n'est pas si facile que ça, parce que tu as trop de solutions. On ne sait même plus quel plug-in utiliser, et on a peur d'en utiliser un parce que ce n'est pas le son d'un autre. C'est comme à l'ICP, on avait accès à des milliards d'instruments tous mieux les uns que les autres.

Philippe : Conclusion, on a enregistré un accord de Do majeur toute la journée. Mais il sonnait grave bien !

"Lorsque l'on était au studio ICP, on a sorti le Steinway à queue pour jouer des intros un peu romantiques dont on se servira peut-être jamais. Mais on sait jamais..."

Pour Make Love And Climbing, tout a été prémaquetté et réenregistré à l'ICP ?

On a tout commencé à l'ICP, ce qui n'était pas la meilleure chose à faire. Mais on nous a donné l'occasion d'aller là-bas alors on s'est rué dessus. Seulement, on est allé au début de l'album, alors qu'on n'avait pas encore composé toutes les chansons. On s'est donc retrouvé dans un laboratoire où l'on ne savait pas trop où donner de la tête et on a donc perdu beaucoup de temps à essayer trop de choses. On a sorti le Steinway à queue pour jouer des intros un peu romantiques dont on se servira peut-être jamais. Mais on ne sait jamais... Ça vaut toujours le coup d'enregistrer tout ce que l'on fait.

Émile: On est des puristes du matériel hardware. Pourtant j'ai été étonné d'apprendre que Kevin Parker de Tame Impala avait quasiment composé tout le dernier album du groupe sans matériel hardware. De notre côté, on a besoin de ressentir la sensation procurée par un potard que l'on pousse.

Phillipe: Dans une application dancefloor, tu peux balancer de sons numériques qui ont une espèce de dureté. Tu peux faire des titres dancefloor avec un Reason, un Live. En revanche, en concert, ça ne marche pas. Il n'y a aucun plug qui peut rivaliser avec les vraies machines.

© Elina Kechicheva

Sur scène, vous faites-vous épauler par d'autres musiciens ou lancez-vous des boucles à distance ?

On a avec nous un autre guitariste et un saxophoniste qui fait également des parties de synthé.

Vous parlez souvent de l'importance du kick, pourtant ce n'est pas ce qu'il y a de plus omniprésent sur le disque...

Non, on se veut plutôt être un groupe de pop-électro. Il y a tellement de catégories de toute façon. On fait simplement de la pop !

Dans une playlist, nous avions même osé adjoindre le terme de synthpop lounge...

Émile: Ouais carrément. On fait de la pop avec des synthés, avec un côté plus délicat que ce qui peut se faire avec ce type d'instrument.

Philippe: Dans le côté pop, il y a le côté structure des chansons façon Beatles avec couplet-refrain-pont. Le lien avec Daft Punk ne se fait pas avec le tempo ou l'aspect dancefloor, mais simplement avec certaines sonorités. En fait dans notre musique, on ne fait que remplacer les guitares acoustiques par des synthés. Une partie des sons de batterie provient des boites à rythmes, on les mélange aussi avec les sons d'une batterie acoustique. On est dans l'hybride. On sait que la voix humanise le tout, mais on est toujours soucieux d'apporter une touche d'acoustique par le biais d'un Rhodes, d'un Wurlitzer ou avec des cocottes de guitare. Ce côté lounge, cette douceur, on va la chercher, car on ne veut pas proposer quelque chose de trop violent.

D'ailleurs, vu le matériel que vous possédez, vous l'utilisez différemment des applications dans lesquelles on a l'habitude de les entendre...

Oui, car quand tu programmes un accord de Do majeur sous Reason, avec un patch quelconque de nappes ou de pad, et que tu joues la même chose sur un Juno, il y a alors quelque chose qui te chope physiquement et qui t'hypnotise. On cale un beat et on joue sur le Juno et tout de suite, on va dans quelque chose de planant.

Certains riffs, lignes de basses doivent alors se retrouver enfouis sous ces nappes. Est-ce difficile de faire des choix d'arrangement ?

Philippe : Très difficile, car on a tendance à ajouter beaucoup de pistes lors de nos enregistrements.

Émile: On fait de la musique très très dense, surtout sur cet album. C'est quelque chose que l'on avait moins fait sur l'EP. On empile un tas de choses jusqu'à faire le chemin inverse pour épurer la chanson et ne garder que ce qui est essentiel.

Philippe: Un titre comme Tokyo dans l'album est un titre très dense. On voulait arriver à ce résultat, car après avoir analysé notre EP, on le trouvait un peu froid, trop clinique.

"J'ai un jour lu l'interview d'un artiste qui disait : "s'il y a 50 filles à ton concert, tu peux alors être certain que 150 mecs vont rappliquer dans le quart d'heure !" L'inverse n'est pas forcément possible, je pense."

Si l'on met le matos de côté, Saint-Michel aime aussi parler des filles... Peut-on dire que Saint-Michel fait de la musique pour d'abord s'adresser à son public féminin?

Philippe : Ça revient souvent en effet ! On parle de couple, d'histoire. Et pour nous, que notre musique plaise aux filles est une chose très importante. On parlait justement du côté très féminin de notre musique, avec ce côté rêveur et flottant avec beaucoup de nappes.

Émile : D'où ce côté délicat qui plait à la gent féminine.

Philippe : J'ai un jour lu l'interview d'un artiste qui disait : "s'il y a 50 filles à ton concert, tu peux alors être certain que 150 mecs vont rappliquer dans le quart d'heure !" L'inverse n'est pas forcément possible, je pense. Alors on a fait nos choix !

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