Tom Jones parle blues et musique roots

27th Mar 2013 | 23:20

Tom Jones parle blues et musique roots
Tom Jones parle blues, musique roots et dernier album, Spirit In The Room
Tom Jones, musicien de légende, a choisi un son de style acoustique et épuré pour Spirit In The Room.

"Cet album me rappelle beaucoup tout ce que j’écoutais quand j’étais gosse, au Pays de Galles," nous confie Tom Jones à propos de Spirit In The Room. C’est la deuxième collaboration de ce vétéran de la chanson avec le producteur Ethan Johns, et tout comme leur première tentative, Praise & Blame, en 2010, cette production épurée, dépouillée, réduite à l’essentiel, courageuse, est à des années-lumières de tous les arrangements du grand orchestre de Las Vegas qui accompagnait la plupart des performances de Tom Jones dans les années 60 et 70.

« La musique que j’écoutais à cette époque passait sur la BBC », ajoute Tom Jones. « Il y avait la musique Big Band et la pop, mais de temps en temps, on entendait aussi un son plus pur. C’étaient les disques de blues, les disques de gospel, et il y avait de la country aussi. Tennesse Ernie Ford sur Catfish Boogie et Blackberry Boogie : pour moi, ces disques-là, c’était le début du rock ‘n’ roll. C’est ce genre de truc qui m’a interpelé. »

Jones et le multi-instrumentiste Johns (ce dernier étant le fils du célèbre producteur Glyn Johns) ont créé un petit groupe de musiciens (Richard Causon au piano et au clavier vintage, Ian Jennings et Sam Dixon à la basse, et Stella Mozgawa à la batterie) et ont effectué des enregistrements basés sur le feeling dans le studio de Peter Gabriel, Real World Studios, situé à Bath, en Angleterre. « C’était très différent de la manière dont on avait l’habitude d’enregistrer nos disques. On enregistrait trois chansons en trois heures, et tout avait été préparé à l’avance», nous confie Tom Jones. « Avec Ethan, on est juste entrés et on a enregistré direct. C’était très ouvert, très libre. Et Ethan est également musicien. Du coup, quand je lui parlais, je parlais en fait à l’une des personnes qui allaient être directement impliquées dans la création de la musique. »

Les chansons, un mix de reprises teintées de blues et d’Americana, qui posent souvent des questions existentielles et originellement interprétées par de grands noms comme Leonard Cohen, Bob Dylan, Blind Willie Johnson, Paul McCartney, Odetta, Paul Simon et Tom Waits, parmi tant d’autres (de même que Travelin’ Shoes, écrite par Jones/Johns et basée sur une chanson originale de Vera Hall-Ward), ont été sélectionnées par un artiste et producteur, comme l’a décrit Tom Jones, « qui va à l’essentiel. Facile à faire avec de la musique roots : aucune trace d’artifice là-dedans. »

L’approche minimaliste et sobre de la méthode d’enregistrement de Jones et Johns s’est vue comparée à la période de collaboration de Johnny Cash avec Rick Rubin. Le chanteur est conscient de ces similarités. « Johnny Cash, que Dieu le bénisse, a travaillé de cette manière vers la fin de sa vie », nous confie Tom. « La façon dont ils ont enregistré ses disques ressemble assez à celle que nous avons utilisée. Je pense que ce qui fait la beauté de ce que Johnny et Rick Rubin ont accompli réside dans le fait que, une fois que vous avez adopté l’approche dépouillée, vous vous retrouvez vraiment au cœur des paroles des chansons, de leur essence, sans tous les arrangements musicaux qui peuvent quelquefois parasiter l’essentiel. Ça me convient parfaitement ».

Spirit In The Room sortira aux Etats-Unis le 23 avril prochain (il est sorti en Grande-Bretagne l’an dernier). Dans les pages suivantes, Tom Jones nous parle de la sélection des chansons et de la méthode d’enregistrement de 7 des 13 morceaux de l’album.

Tom Jones parle blues et musique roots
Tower Of Song
Originellement interprétée par Leonard Cohen

"J’adore Leonard Cohen. C’est un compositeur exceptionnel. J’ai eu une connexion avec cette chanson de la même manière qu’avec toutes celles que j’écoute et qui me font m’exclamer ‘Hey ! Ça c’est tout-à-fait moi !’ Je chante sur ce que je suis, mes expériences, ce que je ressens. Voilà ce que j’ai pensé quand j’ai entendu Tower Of Song. ‘My friends are gone and my hair is grey (Mes amis ne sont plus et j’ai les cheveux blancs)’. C’est bien vrai : la plupart des amis avec lesquels j’ai grandi sont maintenant décédés, et j’ai les cheveux blancs. Ces paroles ne pouvaient pas mieux me décrire."

"Quand on a enregistré notre version, Ethan a dit ‘Je veux que ça fasse le plus live possible.’ Le micro était un micro non-directionnel. Le son était celui d’une grande salle où il y a une bonne ambiance, et où on a l’impression d’arriver en plein milieu d’une répète."

"C’est sûr qu’on obtient toujours un bon son quand on enregistre au Real World Studios de Peter Gabriel. On y a enregistré les deux albums, celui-ci et Praise & Blame. C’est un studio au son très naturel."

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(I Want To) Come Home
Originellement interprétée par Paul McCartney

"Je connais Paul, et je lui ai souvent demandé, au fil des ans, de m’écrire une chanson. Il s’y est essayé et m’en a envoyé une, mais à ce moment-là, j’étais en plein enregistrement avec Wyclef Jean et la chanson qu’il m’avait écrite ne collait pas avec ce qu’on était en train de faire. Mais j’ai toujours eu envie de chanter quelque-chose écrit par Paul McCartney."

"Tiens, en fait, c’est une histoire à raconter ! Quand il a écrit The Long And Winding Road, il me l’a donnée. J’étais en train de discuter avec lui, un soir à Londres, il y a des lustres, et je lui ai dit ‘J’aimerais vraiment que tu écrives quelque-chose pour moi, Paul’, et il m’a répondu ‘Ok’. Mais ce qui s’est passé, c’est que j’avais un disque prêt à sortir et que je ne pouvais pas arrêter sa production. Paul voulait que je chante The Long And Winding Road, mais il voulait que ce soit mon single suivant. On n’a donc pas pu le faire."

"Depuis ce temps-là, chaque fois que je vois Paul, je lui demande une chanson. Ethan a écouté celle-là et il l’a adorée. Tout ce que Paul a écrit est toujours très populaire, mais cette chanson, qui faisait partie d’un film, n’était pas vraiment connue."

"Je l’ai écoutée et j’ai dit ‘Absolument génial’. Encore une fois, c’est une chanson qui m’interpelle. Elle pourrait très bien parler de moi, de ma vie. La production est d’ordre minime, et elle fonctionne très bien avec ce qu’on voulait en faire."

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Dimming Of The Day
Originellement interprétée par Richard Thompson

"J’ai déjà chanté des chansons écrites par Richard Thompson ; j’ai toujours pensé que c’était un compositeur d’importance. Durant la préparation de cet album, j’avais vraiment envie de voir s’il y avait une autre de ses chansons qui pourrait convenir à ce que je fais. D’autres artistes ont interprété Dimmming Of The Day. J’ai écouté ce qu’ils en avaient fait pour voir si je pouvais découvrir d’autres horizons avec cette chanson. Et je crois que c’est ce que j’ai fait."

"On lui a donné un rythme très simple, une production de style naturel. L’important pour cette chanson, et pour tout l’album, c’est de ne pas y ajouter trop d’arrangements. Ça va à l’encontre de la chanson et à l’encontre de ce que j’essaie d’accomplir. Pour que je puisse donner toute sa mesure à cette chanson, il faut qu’elle résonne comme si je l’avais écrite moi-même. Avec une bonne production, on peut faire toute la différence."

Tom Jones parle blues et musique roots
Traveling Shoes
Ecrite par Tom Jones et Ethan Jones et basée sur Traveling Shoes de Vera Hall Ward

"Ethan et moi, on écoutait de vieilles chansons de blues, et je lui ai dit ‘Et si on travaillait sur quelques-unes de ces chansons ?’ Ce genre de chansons a été fait bien des fois auparavant, mais le truc c’est de les ‘ré-organiser’, on va dire : prendre une partie de la chanson qui existait sous une certaine forme à l’origine, et modifier des morceaux çà et là. Avec le blues, c’est souvent difficile de dire de quoi il retournait à l’origine. Ces chansons ont été interprétées et ré-interprétées de manières différentes tellement de fois… mais c’est comme ça qu’elles continuent de vivre."

"Je joue de la guitare en écrivant, si c’est une certaine tonalité. Je ne suis pas un super guitariste, mais j’aime jouer, et je me débrouille. Ethan est un bien meilleur guitariste et j’aime autant le laisser prendre le lead durant l’enregistrement."

Tom Jones parle blues et musique roots
Love And Blessings
Originellement interprétée par Paul Simon

"Je connais Paul. J’ai écouté beaucoup de ses chansons, et je voulais pouvoir interpréter une de ses compositions. C’est un compositeur superbe. Ethan m’a joué celle-là et m’a demandé ce que j’en pensais. Je lui ai dit ‘J’adore’."

"On l’a jouée avec le même pattern rythmique que Paul, mais on a changé pas mal de choses dans la partie du milieu, celle dans laquelle Paul accompagne les choristes. Ethan y joue de la guitare rock, de la vraie, et plutôt bluesy. Le son est superbe."

"Je suis un vrai fan de guitare, surtout quand c’est du blues. Ethan est un super joueur de blues. Il a un mur farci de guitares. Ce qui est génial chez lui, c’est qu’on peut lui exposer nos idées sur la manière dont la guitare devrait s’exprimer, et il intègre tout de suite. Il fait des essais jusqu’à ce qu’on lui dise ‘C’est bon. C’est tout à fait le son que je cherchais.’"

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Charlie Darwin
Originellement interprétée par The Low Anthem

"C’est une chanson-message, mais pas macabre. Elle parle du monde et de ces choses sur lesquelles Charles Darwin avait tenté de nous avertir. Je suis historien. J’aime l’histoire. Et quand j’ai entendu ce passage sur le Mayflower, j’ai carrément pu le visualiser. Ces gens désespérés à la recherche d’un monde meilleur… Ça a touché une corde sensible en moi."

"Quand je l’ai chantée, ça m’a paru tellement réel ! Il y a un passage important dans la chanson (à deux reprises) et j’ai dit ‘J’entends une chorale d’église dans ces morceaux.’ Ce n’est pas du gospel, c’est une chorale d’église anglaise. Du coup, c’est ce qu’on a fait : on est allés dans une église et on a enregistré ces morceaux chantés par une chorale. J’avais ce son en tête, et je suis vraiment content qu’on ait pu le reproduire. En fait, on a gardé la chanson, mais on l’a transposée ailleurs."

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When The Deal Goes Down
Originellement interprétée par Bob Dylan

"Pour moi, c’est une chanson qui rappelle un vieux music hall. C’est ce que j’ai entendu en l’écoutant. Ça m’a rappelé ce qui se jouait dans les pubs quand j’étais petit, au Pays de Galles. Les gens chantaient des chansons bien plus vieilles qu’eux, des trucs de la Première Guerre Mondiale ou même encore plus vieux que ça. Elle était faite de telle manière qu’elle semblait appartenir à une autre époque."

"C’est le son qu’on a essayé de reproduire. On l’a obtenu avec un vieil orgue à tuyaux sur lequel il fallait pomper l’air avec le pied tout en jouant. C’est Richard Causon qui en joue, et il en tire un son incroyable."

"Je n’ai jamais rencontré Bob Dylan. Pour quelle que raison que ce soit, on ne s’est jamais trouvés au même endroit au même moment. J’ai toujours été fan. C’est un des meilleurs paroliers qui ait jamais existé. Bob Dylan ne faisait jamais dans la dentelle. Il disait les choses telles qu’elles étaient. Sur l’album Praise & Blame, je chante What Good Am I ?, une chanson qu’il a écrite. Vous pouvez prendre n’importe quelle chanson de Dylan et l’adapter à votre façon, parce que la manière dont Dylan enregistrait était très dépouillée. Que Dieu le bénisse !"

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