Sarah McLachlan nous parle de son nouvel album Shine On

8th May 2014 | 09:18

Sarah McLachlan nous parle de son nouvel album Shine On
Sarah McLachlan parle guitare, piano, démo ainsi que de son nouvel album Shine On

Pour son huitième album studio, l'éblouissant et captivant Shine On, la Canadienne Sarah McLachlan avait envie de faire bouger un peu les choses après avoir travaillé, depuis 1991, sur une série ininterrompue de disques platine et multi-platine avec le producteur et multi-instrumentiste Pierre Marchant (également aux commandes sur ce nouvel album). "Je voulais faire des expériences différentes", nous dit Sarah McLachlan, "et c'est d'ailleurs Pierre qui m'a suggéré de chercher aussi d'autres personnes avec qui travailler".

Ce qu'elle voulait, c'était capturer quelque chose de plus brut, quelque chose de véritable, de live sur deux ou trois prises. Elle s'est donc associée avec Bob Rock, canadien également et célèbre producteur des groupes de hard les plus vendus (Metallica, Aerosmith et Bon Jovi), et se dit absolument ravie du résultat de cette collaboration. "Bob est un gars vraiment vraiment adorable", s'enthousiasme-t-elle. "Il arrive à dégager un élément plus rock que l'on entend sur Flesh And Blood et Love Beside Me. C'était vraiment très fun de travailler avec lui".

Lors de sa récente rencontre avec MusicRadar, Sarah McLachlan a abordé divers sujets : son nouvel album, son retour à la guitare électrique (et au ukulélé), ce qu'elle recherche dans un bon son de piano, et si elle pense radio quand elle écrit ses chansons.

En dehors de cette tendance plus brute, plus véritable que tu veux apporter à tes chansons, y avait-il autre chose que tu désirais faire différemment sur tes disques ?

"Je n'ai pas l'intention de réinventer la roue. Je veux juste continuer à aller de l'avant et faire quelque chose de différent, mais je ne sais jamais ce que ça va être. Je ne pars pas en me disant 'Ok, je vais faire ce style de disque'. Je n'essaie pas d'écrire dans un genre particulier ou de pousser l'écriture dans une direction qui s'avèrera être une impasse. Les chansons se révèlent d'elles-mêmes, et c'est à ce moment-là qu'elles prennent réellement forme".

Bob Rock t'a demandé de jouer de la guitare électrique sur les prises sur lesquelles vous avez travaillé ensemble.

"Ouais, j'adore ! Ça faisait vraiment longtemps que je n'en avais pas joué, mais il m'a vraiment encouragée, ce qui était génial. Ça a ranimé mon amour pour la guitare électrique. Je suis tout excitée de jouer ces chansons en live, maintenant."

Sur Flesh And Blood, le son de guitare est puissant et vibrant, et sur Love Beside Me il est rude et incisif. Tu jouais de quelles guitares ? C'étaient les tiennes ou celles de Bob ?

"Oh, mince ! Elle était blanche et c'était une solid body... Une petite guitare. [Une pause] Merde ! Je ne suis pas douée pour ça. Je ne suis pas très matos et je ne me rappelle jamais des noms de rien, ni même de personne. Je suis incapable de te dire de quelle guitare il s'agissait". [Rires] [Ndr : Selon Bob Rock, Sarah McLachlan a joué d'une Stratocaster 'Dave Vidalized' 1961 en studio et d'une Gibson Les Paul Dave Johnson vieillie à caisse de résonance avec de véritables micros PAF].

Eh bien, tu joues et tu sonnes super. Lorsque tu étais petite, est-ce que tu as jamais joué de la guitare électrique ?

"Non. Je n'ai jamais joué de l'électrique avant l'âge de 20 ans ou plus. Quand j'étais petite, je jouais de l'acoustique. De la guitare acoustique et du piano. La première fois que j'ai joué de l'électrique, c'était sur mon deuxième disque. En fait c'est juste Pierre qui me disait 'Joue ça sur électrique', et je lui répondais 'Mais je ne joue pas de l'électrique'. Quand je l'ai eue en main, j'ai réalisé que c'était du pareil au même. En plus bruyant."

Sarah McLachlan nous parle de son nouvel album Shine On
Parlant du producteur de longue date Pierre Marchand
"Il s'aventure dans des endroits où je n'aurais jamais pensé que l'on pouvait amener une chanson"

Est-ce que tu as des guitaristes préférés ? Des groupes à tendance guitares que tu aimes particulièrement ?

"Ouais, j'adore Dire Straits, et j'adore The Edge. J'adore la manière dont il joue de la guitare. Je ne lui trouve aucun défaut. Il est absolument exquis en ce qui me concerne."

En fait, le son de guitare sur Flesh And Blood fait très The Edge. Ces gros accords qui sonnent et qui vibrent.

"Ça rappelle peut-être The Edge. Je dirais plus The Smiths, mais bon, tu peux mettre The Edge dans le mix aussi."

Bob Rock est réputé pour la nature méticuleuse de son travail en studio. Il aime enregistrer en quantité.

"Oui, il aime enregistrer en masse et faire le tri plus tard. Ça m'a un peu gênée et j'ai fini par repasser une piste à la fois, épurer beaucoup puis ré-enregistrer beaucoup de choses au bout du compte. Je fatigue des oreilles et je ne sais plus ce qui est quoi. J'ai besoin d'entendre la définition entre chaque partie. Ce que je pense que Bob a apporté est cette énergie brute. Oui, il aime enregistrer en quantité, mais là où je pense qu'il a donné toute sa mesure pour moi, c'est qu'on a rassemblé de super musiciens et qu'on a travaillé en live spontanément pour la plupart de ces chansons. C'est ce qui a défini la vibe."

Après toutes ces années, comment décrirais-tu ta relation avec Pierre Marchand ?

"On se ressemble comme deux gouttes d'eau, ce qui peut être bon ou mauvais selon le point de vue. [Rires] Pierre a une manière très différente d'être méticuleux dans son approche de la créativité. Il va prendre une direction et ne va pas lâcher prise pendant un long bout de temps. Ça paraît barbant, mais il faut être dans sa tête pour comprendre. J'ai tendance à le laisser seul dans ces cas-là. Quand je reviens, quelques heures plus tard, je suis du style 'Putain ! C'est extraordinaire. Comment tu as fait ça ?' Cest sa façon de travailler."

"Il tire et pousse la musique dans tous les sens, pas seulement sur le plan audio mais du style 'On va utiliser quels instruments sur ça ? Qu'est-ce que ça va donner ? Ça va générer quel type de sensation ?'. Je ne saurais même pas décrire son procédé. Il arrive à des résultats superbes. Il s'aventure dans des endroits où je n'aurais jamais pensé que l'on pouvait amener une chanson"

Sarah McLachlan nous parle de son nouvel album Shine On
Son de piano
"Un son plein... chaud... de bons aigus et de bonnes basses. Comme pour tous les instruments, il faut que le piano chante."

Tu es l'une des rares pianistes dont le son est très identifiable. Lorsque je t'entends jouer, je sais tout de suite que c'est toi. Un autre pianiste qui me fait cet effet est Elton John.

"Vraiment ? Tu es sans doute un dingue de musique alors." [Rires]

Ouais, c'est un peu ça ! Mais j'aimerais te demander quelles sont les caractéristiques sonores que tu recherches dans un piano. Selon toi, qu'est-ce qui fait le son de piano par excellence ?

"Un son plein... chaud... de bons aigus et de bonnes basses. Comme pour tous les instruments, il faut que le piano chante. Et les instruments qui utilisent le bois comme caisse de résonance prennent toujours leur temps pour arriver à maturité. Il m'a fallu 10 ans avant de pouvoir apprécier le Steinway que j'ai dans mon salon. Je le haïssais au départ. Le son était vraiment super dans la salle d'expo où je l'ai essayé, mais quand il est arrivé à la maison, j'ai trouvé qu'il manquait de tripes. Ça fait maintenant 24 ans que je l'ai et c'est un instrument absolument splendide. Il dégage une grande chaleur, un son bien gras, des sonorités superbes. Il avait juste besoin d'arriver à maturité."

Est-ce que tu as l'impression que certaines chansons prennent forme quand tu t'assois au piano plutôt que quand tu prends ta guitare ?

"Ouais, absolument. Pour moi c'est un vrai bonus de pouvoir jouer correctement des deux instruments parce que, si je me retrouve coincée au piano sur un certain passage de la chanson, je peux me mettre à la guitare et ma chanson prendra alors une toute autre direction. Ça va m'inspirer certains changements."

In Your Shoes est une chanson magnifique, pleine de grandeur et d'espoir. Il semblerait que tu aies mêlé ta propre expérience d'ado à l'histoire de Malala Yousafzai. Comment t'y es-tu prise, en fait ?

"Ce sont deux histoires complètement à part, difficile d'expliquer tout ça. Les chansons s'écrivent d'elles-mêmes, spontanément. L'idée de 'You turn the radio on, play your favorite song and cry'... ce passage-là s'est formé d'un bloc et très vite. Je me suis dis 'Waouh ! C'est quoi, ça ?! Qu'est-ce que ça me rappelle ?'. J'ai commencé à me remémorer mon enfance assise sur le canapé avec mon casque sur les oreilles, tu vois, à écouter mes disques préférés et à pleurer à chaudes larmes parce que je n'avais pas d'amis ou que sais-je. C'est de là que c'est parti."

"Mais je n'arrivais pas à avancer ; je n'arrivais pas à voir la suite. C'était quelque chose de plus profond mais je ne savais pas ce que je pouvais en dire d'autre. L'histoire de Malala est alors passée aux infos ; c'est vraiment une héroïne extraordinaire. Elle s'est démenée pour être entendue et respectée et s'est faite tirer dessus par les talibans. Mais elle n'est pas morte. Elle a survécu. C'est une histoire tellement incroyable et d'une telle puissance que Malala s'est imposée comme l'héroïne de la chanson. Après ça, le reste s'est écrit de lui-même."

Sarah McLachlan nous parle de son nouvel album Shine On
Démo
"La démo, pour moi, c'est plus un moyen d'arriver à mes fins : trouver l'idée et la vibe."

Qu'est-ce qui t'a donné l'idée d'utiliser un ukulélé sur The Sound Love Makes ? Est-ce que tu avais le ukulélé en tête dès le départ pour cette chanson ?

"Non, cette chanson a débuté à la guitare électrique. C'est mon guitariste, Luke Doucet, qui est un songwriter génial, qui me l'a écrite. Il m'a envoyé la chanson et m'a dit 'Hé ! Ça me fait penser à toi'. Je venais de tomber amoureuse et je lui en avais parlé, évidemment. Il m'a dit 'C'est une jolie petite chanson d'amour. J'ai pensé qu'elle te plairait'. Je l'ai écoutée et j'ai dit 'Oh, elle est magnifique. J'adore !' [Rires]

"J’étais en compagnie de mon claviériste, Vincent [Jones], dans son studio. J'ai vu qu'il avait un ukulélé superbe. Je me suis dit 'Ahh ! C'était mon premier instrument'. J'ai appris à jouer du ukulélé quand j'avais quatre ans. Je me suis dit que ce serait sympa de m'y remettre, mais quand j'ai voulu le faire, évidemment, je me suis rendu compte que je ne savais plus en jouer. Vince m'a donné une partition avec tous les accords dont j'avais besoin dessus. J'avais The Sound That Love Makes en tête, du coup je l'ai jouée au piano pour Vince. J'ai ensuite décidé de la jouer au ukulélé pour voir ce que ça donnait, et ça lui a plu. C'est avec cette chanson que j'ai réappris à jouer du ukulélé."

"En fait je n'avais pas l'intention d'en jouer sur ce disque, mais lorsque j'ai commencé à faire écouter ça autour de moi, les réactions ont été du style 'Oh, c'est tellement doux et pétillant ! Ne change rien. Il faut que tu le gardes exactement comme ça !' [Rires] Tant de gens m'ont dit 'N'y touche plus !' C'est pour ça que ce disque est tel qu'il est."

Comment est-ce que tu fonctionnes pour la partie démo ? Tu as ton propre studio chez toi : est-ce que tes démos sont très élaborées ?

"Non. Non, c'est pas la peine. J'ai fait toute une série de démos avec Vince, surtout pour noter mes idées parce que je les garde en tête longtemps, ou alors elles sont sur mon iPhone en petits morceaux par ci par là. [Rires] J'ai toujours mon iPhone avec moi quand je joue du piano au cas où il se passerait quelque chose de magique. Je risque d'oublier sur le champ si je n'enregistre pas."

"Mais la démo, pour moi, c'est plus un moyen d'arriver à mes fins : trouver l'idée et la vibe. Pour Surrender And Certainty, c'est pratiquement la même chose que sur la démo. Même si j'ai tout repris, j'adorais son énergie. C'était vraiment simple, et sombre, et ténébreux, et mélancolique. Elle n'avait pas besoin de grand chose, du coup elle est restée plus ou moins telle qu'elle était."

"Pour In Your Shoes, je l'ai jouée au piano, très simple, et c'est ce que ça a donné. Ceci dit, quand je joue ces chansons pour moi-même en concert, il faut que je puisse les jouer sur un simple instrument, sans rien d'autre autour. Du coup, pour moi, c'est facile de revenir pratiquement à cette sorte de vibe démo."

Tu as la capacité d'écrire des chansons très personnelles qui sont cependant très commerciales, qui passent à la radio. Comment est-ce que tu arrives à concilier ces deux styles d'écriture ?

"Je ne pense pas dans ce sens-là. Je n'ai jamais écrit de chansons pour la radio. Je n'ai jamais écrit pour personne d'autre que pour moi-même. C'est vraiment incroyablement égoïste. [Rires] Et je n'ai pas honte de le dire. Je n'ai personne en tête quand j'écris mes chansons, et je n'essaie de plaire à personne d'autre que moi. J'ai juste beaucoup de chance que ce dont je parle et la manière dont j'en parle, de même que la manière dont je chante mes chansons, accrochent avec les gens. Je ne fonctionne pas avec la radio en tête. Je ne me dis pas 'Il faut que ce soit un tube'. Je ne peux pas me permettre de penser comme ça au risque de tout gâcher."

Share this Article
Google+

Most Popular

Edition: FR
TopView classic version