Nile Rodgers nous parle de sa Hitmaker, de Daft Punk et d'Hendrix

31st Jul 2013 | 11:06

Nile Rodgers nous parle de sa Hitmaker, de Daft Punk et d'Hendrix
Nile Rodgers nous parle 'Hitmaker', historique et hits
Le fondateur légendaire du groupe Chic partage les secrets de sa fameuse Strat avec nous

The Hitmaker est un surnom taillé sur mesure pour la Strat de Nile Rodgers. Il résume parfaitement ce pouvoir extraordinaire qui permet à la Strat de Nile de produire des riffs funk légendaires depuis 1959 (ou est-ce 1960 ? On y reviendra plus tard).

A moins d'avoir été complètement coupé du monde cet été (et même si c'était le cas...), vous n'avez pas manqué d'entendre le dernier hit de cette Strat d'enfer qui joue de son pouvoir incontestable sur le super tube de Daft Punk, Get Lucky. Et si votre curiosité vous porte à fouiner plus avant, vous vous rendrez compte que cette guitare se distingue également sur des disques d'artistes tels que Madonna, David Bowie, Diana Ross et bien évidemment Chic. Un CV enviable s'il en est.

On a donc profité de notre rencontre avec le grand maître du funk pour découvrir les secrets et les histoires rattachées à une guitare qui vaut son pesant d'or...

The Chic Organisation : Up All Night est maintenant disponible. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site officiel de Nile Rodgers.

Nile Rodgers nous parle de sa Hitmaker, de Daft Punk et d'Hendrix
L'histoire
"Je voulais un manche en érable parce que j'adorais Hendrix"

"J'ai acheté The Hitmaker à Miami Beach. C'était dans un petit magasin sur Federal Highway si je me souviens bien. C'était la seule Strat avec un manche en érable que je pouvais m'offrir. Je voulais un manche en érable parce que j'adorais Hendrix."

"Je n'aimais pas trop sa couleur bizarre mais je me suis dit que je pouvais remédier à ça sans problème. Entre le prix payé pour une finition qui me convenait mieux et le fait que j'avais échangé ma guitare jazz pour cette Strat, je me suis en fait retrouvé avec un peu d'argent en poche. On peut dire que je m'en suis plutôt bien sorti !"

"Tout ce que je savais des Strat c'était que Clapton et Ike Turner en utilisaient une et que celle d'Hendrix était blanche avec un manche en érable. Petit à petit j'ai transformé la mienne pour qu'elle ait exactement le même look. Je voulais qu'elle ait la même finition blanche antique. Il me fallait absolument cette finition. En d'autres termes, il fallait qu'elle fasse vieille guitare dès le jour où je l'ai achetée."

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La magie
"Si vous comparez le son de ma guitare à celui d'autres Strat, vous verrez qu'elle ne sonne pas pareil"

"Cette Strat, je l'ai choisie, et elle s'est avérée être la guitare unique par excellence. Je pensais que c'était une Strat de 1959 mais c'était juste le manche qui était de 59. Le corps était de 1960 et du coup il était enveloppé d'un coffrage."

"Ça correspond à l'année où Fender a officiellement commencé à équiper ses guitares d'un coffrage. Elle portait le numéro de série 59 mais cette guitare a en fait été fabriquée avec un bois provenant d'une cargaison trop chère. Fender ne pouvait pas se permettre de réutiliser ce bois. Au départ, ils ont pensé qu'ils faisaient une affaire en achetant cette cargaison. Malheureusement, le prix n'incluait pas la livraison et ils ont dû aller récupérer le bois eux-mêmes."

"Quand ils ont débarqué pour prendre possession du bois, ils ont eu la mauvaise surprise d'apprendre que le bois se trouvait en fait quelque-part en altitude, dans une ferme en montagne ! Ça rendait le bois bien plus cher d'avoir à aller le chercher dans des contrées plus éloignées qu'ils ne l'avait imaginé au départ. Mais du fait que ce bois avait poussé à l'écart de la mer, il était moins humide. Il était aussi léger qu'une plume."

"Ma guitare ne pèse pratiquement rien comparée à une Strat habituelle. Si j'avais été au courant de tout ça, j'aurais dit 'Non merci, c'est une Strat normale que je veux, pas celle-là.'. Et pourtant c'est ce qui fait toute la différence : si vous comparez le son de ma guitare à celui d'autres Strat, vous verrez qu'elle ne sonne pas pareil."

Nile Rodgers nous parle de sa Hitmaker, de Daft Punk et d'Hendrix
Daft Punk - Get Lucky
"Je leur ai montré l'acheminement du signal, la technique et la guitare utilisée""

"Les gars de Daft Punk m'ont demandé dès le début de l'enregistrement comment j'obtenais ce son sur les disques de Chic. Ils étaient très spécifiques quant à leur question. Je leur ai montré exactement comment je m'y prenais."

"Je leur ai montré l'acheminement du signal, la technique et la guitare utilisée. Un truc intéressant c'est que quand j'ai compris que je ne pourrais jamais reproduire le son de ma Hitmaker malgré toutes les Strat que je pourrais acheter, j'ai décidé de m'en faire fabriquer une customisée. C'est la Strat Plexiglass, l'une de celles dont je joue souvent."

"Celle-là reproduit effectivement le son de ma Hitmaker mais de manière électronique. Quand je double ma guitare sur Get Lucky, c'est avec la Strat Plexiglass. Ce son Hitmaker qu'elle rend quand j'en joue provient de la configuraiton de micros."

"Je suis absolument ravi du résultat de ce disque. Pas pour moi mais pour Daft Punk. Pour moi c'est juste mon boulot, mais je suis vraiment heureux pour Daft Punk parce que c'est eux qui ont pris le risque."

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Chic - Good Times
"J'ai écrit cette chanson un matin de bonne heure"

"Je me rappelle très clairement du moment où j'ai écrit cette chanson. Je l'ai écrite un matin de bonne heure. Bernard [Edwards, guitare basse] est arrivé au studio un peu plus tard que le reste du groupe. Une heure plus tard, je suppose."

"Il est arrivé et il nous a apostrophés avec un 'Qu'est-ce qu'ils fabriquent ?'. Il a commencé à jouer tout-de-suite et j'ai gueulé par dessus la batterie 'Continue, continue !'. On aurait dit que la ligne de basse qu'il jouait mimiquait la mienne. C'était tout-à-fait ce qu'il nous fallait."

"Il s'est alors lancé dans cette ligne de basse qui était parfaite. J'ai fait signe à l'ingénieur d'appuyer sur le bouton rouge. D'enregistrer ! On a fait ça en une seule prise. J'ai eu pas mal de cas de prises d'enregistrement uniques tout au long de ma carrière. Original Sin d'INXS, par exemple. Après la première prise on a déchiré la peau de la batterie et on n'a plus pu retrouver le groove. Du coup, on l'a gardée."

"Tout ça vient du fait que les Noirs ne disposaient pas d'aussi gros budgets que les Blancs pour faire de la musique. Let's Dance a été produite et réalisée comme un disque Noir. Huit heures en studio et c'était tout. Fallait que ce soit fait."

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David Bowie – Let's Dance
"En 17 jours, non seulement on a produit Let's Dance, ce qui est déjà un exploit en lui-même, mais on a également sensibilisé le monde entier à l'existence de Stevie Ray Vaughan"

"Daft Punk a pris un risque assez similaire à celui qu'a pris David Bowie à l'époque de Let's Dance. Pas de maison de disques, rien de rien en fait et en plus ils choisissent un mec qui ne défraie pas franchement la chronique."

"Je fais pas dans la mode. La musique électronique, du coup, c'est pas mon truc et ce n'est pas une bonne idée de venir me chercher pour en faire. Même chose pour David Bowie. Il est venu me chercher après Disco Sucks et en théorie ce n'était pas une bonne idée non plus. Et pourtant, au bout du compte, c'était une idée d'enfer."

"En fait ça démontre bien que les gens sont encore sensibles au son de la dance musique analogue. Ça a été vraiment génial de travailler avec David Bowie. Une des meilleures périodes de ma vie, en fait. Vous vous rendez compte qu'on a produit cet album en 17 jours, du début à la fin ! Et personne n'y a plus jamais touché !"

"En plus ça nous a permis de faire connaître Stevie Ray Vaughan au monde entier. Du coup, en 17 jours on a accompli des miracles : non seulement on a produit Let's Dance (et ça c'est déjà un exploit en lui-même) mais on a également produit China Girl, Modern Love, et tout le reste ET sensibilisé le monde entier à l'existence de Stevie Ray Vaughan !"

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Madonna – Like A Virgin
"Elle est absolument déterminée à devenir la plus grande star mondiale"

"Madonna a été absolument fantastique. On a produit ce disque en l'espace d'une semaine. Pour moi elle était et elle reste la personne la plus ardue à la tâche que j'ai jamais rencontrée. Elle fait aussi preuve d'une capacité de concentration exceptionnelle."

"De l'instant où je l'ai rencontrée et où on a commencé à travailler ensemble, elle a toujours été absolument déterminée à devenir la plus grande star mondiale. Je n'avais jamais rencontré quelqu'un de cette trempe. Elle possède ce genre de ténacité et cette capacité extraordinaire de concentration qui relèvent du domaine de la rareté et qui en font quelqu'un de vraiment spécial."

"J'avais ce sentiment que je connaissais l'artiste mieux que sa maison de disques ne la connaissait. Si je vous dis ça c'est parce le contrat que j'avais conclu avec cette maison de disques était vraiment lucratif pour moi, vraiment en ma faveur. La raison étant que j'avais avancé, et cela avant même d'avoir enregistré une seule note avec Madonna, que j'allais leur livrer un album qui se vendrait à cinq millions d'exemplaires. Ils m'ont pris pour un hystérique. Ils m'ont dit 'Nile, son premier album est génial mais elle n'en a vendu que 750 000 exemplaires'. Ils n'arrivaient même pas à imaginer comment passer de 750 000 à cinq millions. Ça leur paraissait complètement hystérique. Et pourtant, 21 millions d'albums plus tard..."

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