Mick Thomson et Jim Root de Slipknot parlent matos, du son du groupe et de leurs débuts chaotiques

30th Aug 2013 | 14:06

Mick Thomson et Jim Root de Slipknot parlent matos, du son du groupe et de leurs débuts chaotiques
Mick Thomson et Jim Root, les guitaristes du groupe Slipknot, nous parlent matos, sons et ce qu'il en est quand on est musicien et complètement fauché
Le son du duo de guitaristes de Slipknot enfin à découvert

Slipknot n'est pas seulement un groupe de heavy metal, c'est un phénomène. Depuis que leur premier album a pris le public d'assaut en 1999, ces musiciens se sont imposés dans la vie de parents terrifiés pour leurs rejetons et de critiques éberlués : ce groupe allait devenir l'un des plus imposants de la planète.

Leur look particulièrement effrayant, leur flair pour la polémique et pour l'impact punitif de leurs sons heavy ne constituent en fait qu'une partie de leur succès : c'est surtout le duo de guitares constitué par Mick Thomson et Jim Root qui a valu cette réussite phénoménale à Slipknot.

Dans la première partie de ce double article sur Mick Thomson/Jim Root, on s'entretient avec les deux musiciens au sujet de leur matos, de leurs riffs et des techniques d'enregistrement qui ont contribué à faire de Slipknot l'un des groupes de métal les plus réputés d'une génération.

Mick Thomson et Jim Root de Slipknot parlent matos, du son du groupe et de leurs débuts chaotiques
Les tout débuts
« En 1999, je jouais tout bêtement avec ce que j'avais, c'était tout ce que je pouvais faire»

Quand Slipknot a sorti son tout premier album éponyme en 1999, le monde du métal s'est trouvé près d'imploser. Ce groupe qui allait bientôt définir le genre pour la décennie à venir a construit son histoire sur des fonds de poche plutôt que sur un plan de carrière concrétisé par un capital solide.

Mick : « Pour le premier disque, j'étais limité par le côté finance. Fallait faire avec ce que j'avais. C'était comme ça. Je me suis retrouvé à enregistrer cet album avec une Rocktron Piranha branchée sur un [Mesa]Boogie 295, un vieil ampli. »

« Le son de cette combinaison était parfait. J'y ai ajouté un peu d'EQ pour pouvoir le contrôler un peu mieux. Je n'arrivais pas à faire rendre à la Piranha le son que je recherchais. »

« Encore une fois, ça a été une question de fric. Le magasin où je donnais des cours de guitare avait un 31 Band Graphic avec mono EQ qui m'a bien servi. C'était un peu étrange mais ça sonnait assez bien. »

« A l'époque, je jouais avec des baffles en carbone qui n'étaient pas bien chers mais qui avaient un son de folie. Les enceintes à l'intérieur étaient géniales. Il fallait trouver le moyen de combiner le matériel du mieux qu'on pouvait. »

« J'avais ma Jackson V, une custom que je m'étais commandée à l'âge de 19 ans, il me semble. Elle était faite main et était équipée d'EMG. C'était ça mon son sur le premier disque. »

Jim : « En 1999, je jouais tout bêtement avec ce que j'avais, c'était tout ce que je pouvais faire. Je n'avais pas une thune. Je crois me souvenir que je n'avais qu'une seule guitare, une Jackson à table flammée verte, et j'avais ces têtes d'ampli DC-10 Mesa Boogie. Je crois que j'avais un micro Shure sans fil bon marché. »

« Voilà avec quoi je jouais à l'époque. Il me semble que Corey m'avait acheté une Jackson SL2 ou quelque-chose dans le genre pour que j'aie une guitare de rechange. On faisait en fonction des besoins. Je n'avais pas le choix et je jouais avec ce que j'avais. »

Mick Thomson et Jim Root de Slipknot parlent matos, du son du groupe et de leurs débuts chaotiques
L'influence des producteurs
« Même quand t'es complètement fauché, tu peux trouver le moyen d'insuffler ta personnalité à ton matos pour obtenir un son bien à toi »

Ce premier disque des Slipknot est issu de la collaboration de Jim et Mick avec le grand gourou du nu métal Ross Robinson. Les deux guitaristes n'hésitent pas à rendre hommage au rôle du producteur qui a sû capturer la nature féroce du métal de Slipknot sur cassette.

Mick : « Ross avait une paire de Marshalls modifiés que Korn et Sepultura utilisaient sur leurs enregistrements mais ça ne le faisait pas vraiment quand on les branchait pour en jouer. Il faut vraiment que ça colle, que tu le sentes. »

« C'est comme quand je prends les guitares de Jim, ce n'est pas la même sensation qu'avec les miennes. Ces amplis sonnent vraiment différemment des miens aussi. Encore une fois c'est une sensation complètement différente, tellement différente que je lui ai dis "Je me demande comment tu peux jouer de ce truc !". Que ce soient en matière de guitares ou de sons, c'est toujours très perso". »

« Même quand t'es complètement fauché, tu peux trouver le moyen d'insuffler ta personnalité à ton matos pour obtenir un son bien à toi. C'est comme ça que j'ai procédé sur notre premier disque. Au bout du compte on a tous été d'avis que ce qu'on avait sonnait mieux que toutes les merdes de Ross réunies.»

Jim : « Dans la vie, tu peux tirer avantage de toutes tes expériences. La première fois que j'ai travaillé avec un vrai producteur, un pro, j'ai observé ce qu'il recherchait dans ce qu'on enregistrait. Ça m'a amené à utiliser deux amplis Laney, un Pro Tube et un vieux AR modifié par l'un de nos techniciens. »

« Ce que je faisais c'était écouter les caractéristiques de cet ampli et comment elles ressortaient à travers les enceintes du studio. J'ai toujours gardé cette approche. Chaque fois qu'on se retrouve dans le studio d'un nouveau technicien ou d'un nouveau producteur, je fais en sorte de bien observer, d'écouter et de m'inspirer de leur manière de faire. Ça m'aide beaucoup dans ma recherche de matériel, que ce soit pour le live ou pour le studio. »

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Iowa
« Tu peux faire la chasse aux sons live mais il te faut savoir faire la différence entre ce qui peut marcher en tournée et ce qui fera partie intégrante de ton style »

En 2001, le succès de leur premier album sorti en 1999 (ainsi que la tournée du groupe les deux années qui suivirent) avaient permi à Jim et Mick de se payer de nouveaux joujoux. C'est ce matos qui allait propulser Slipknot dans la stratosphère avec l'enregistrement de leur second album, Iowa.

Mick : « Pour le deuxième album, on avait un peu plus de moyens et je me suis payé un Marshall JMP1 après la tournée d'Ozzfest. Il a un son bien meilleur et juste incomparable avec celui du Piranha. »

« Plus tard, après notre premier concert à l'Astoria, j'ai découvert qu'il y avait un magasin de guitares pas loin de là dans lequel ils vendaient des amplis VHT. J'ai enfin pu essayer le Pittbull Ultra Lead et j'en ai été scié. Je m'en suis payé deux que j'ai utilisé pendant deux ans environ. Je les ai d'ailleurs utilisés sur les deuxième et troisième albums. »

Jim : « A ce moment-là, mon style de son et mon matériel étaient tributaires de ma situation financière. Les choses ont changé pendant l'enregistrement d'Iowa et j'ai alors commencé à me faire assez de fric pour pouvoir me tourner vers d'autres fabricants de guitares et m'acheter des instruments à des prix plus adaptés à un musicien professionnel. »

« Je suis passé d'un Mesa Boogie au matos de Rivera. Ça m'a convenu un bon moment. J'en ai d'abord joué tel quel puis j'ai décidé de l'associer à un Diezel, un Diezel Herbert et une Rivera Knucklehead Reverb. Ça marchait plutôt pas mal ! »

« C'est vraiment bizarre, tu peux faire la chasse aux sons live mais il te faut savoir faire la différence entre ce qui peut marcher en tournée et ce qui fera partie intégrante de ton style. Je ne voulais pas que mon son ressemble à celui d'autres guitaristes. »

« Il y a beaucoup d'effets et de traitements entre le signal qui rentre dans le micro et les enceintes en facade ! Je tenais à trouver un style de son avec lequel je serais totalement à l'aise. Tous les sons avec lesquels je me trouvais tout-à-fait à l'aise avaient quelque-chose en commun. Ces sons-là étaient similaires. J'ai essayé du matos Bogner, du Diezel, du Rivera. Tous de très bons amplis. Je les ai toujours et je les utilise encore en studio. »

Mick Thomson et Jim Root de Slipknot parlent matos, du son du groupe et de leurs débuts chaotiques
L'évolution du matos - Mick
« À moins d'être né riche, tu commences petit puis tu évolues ; tu te payes une guitare que tu échanges plus tard contre quelque-chose de mieux »

Avec les troisième et quatrième albums, The Subliminal Verses et All Hope Is Gone, le matériel de Mick et de Jim continua d'évoluer alors que Stone Sour se faisait sa place au soleil avec Come What(ever) May, Audio Secrecy et House of Gold & Bones I et II.

Mick : « Sur le dernier disque, j'ai utilisé ma tête signature KR7 pour le mixage. Je l'ai utilisée pour certains passages. Pour d'autres j'ai utilisé les VHT, et pour d'autres encore j'ai utilisé une Rivera K-Tre. Je pense qu'à moins d'être né riche, tu évolues ; tu te payes une guitare que tu échanges plus tard contre quelque-chose de mieux et c'est comme ça que tu passes au niveau supérieur. »

« Voilà comment ça a fonctionné pour moi. C'est un processus qui a duré dans le temps avant que j'en arrive à me procurer du matos décent. Et c'est quand le succès s'installe vraiment et que tu commences à être bien nanti côté fric que les gens viennent te voir pour te donner du matos gratuit... "C'est maintenant que je peux me le payer tout seul que tu débarques avec ton matos ? T'étais où ces 15 dernières années ?" Ça marche comme ça, je suppose. »

« Maintenant j'ai un atténuateur de puissance Rivera RockCrusher Recording. Il est équipé de sorties dédiées à l'enregistrement avec un EQ 11 bandes et un paquet de réglages à l'appui. Rivera va entrer dans un studio et y couvrir un large éventail d'enceintes, fonction micro en plus et avec un vrai ampli et une vraie plaque pour pouvoir juger de ce dont l'enceinte est capable. »

« C'est comme ça que Rivera a découvert comment utiliser l'EQ pour pouvoir couvrir un spectre de cette importance. J'ai toujours eu mon enceinte ISO que j'ai équipée d'un micro. Rivera a alors sorti son enceinte ISO Silent Sister. Elle apporte l'équilibre nécessaire et évite que le baffle soit endommagé. Elle permet d'évacuer tout ce qui encombre et d'apporter cet équilibre sans émettre le moindre son.»

« Ça c'était un grand pas en avant. On a fait des répètes à Brixton pendant quelques jours et j'en ai profité pour me servir de la Rivera. C'est du matos vraiment épatant. »

Mick Thomson et Jim Root de Slipknot parlent matos, du son du groupe et de leurs débuts chaotiques
L'évolution du matos - Jim
« Pour moi ça a toujours été important de posséder une guitare dont je puisse jouer à la fois sur scène et en studio »

« Au NAMM show il y a quelques années de ça, je suis tombé sur la série Orange Rockerverb qui m'a coupé le souffle. »

« Le son paraissait différent de celui d'un ampli haut-de-gamme typique. C'était un son qui avait quelque-chose de spécial. C'est à partir de ce moment-là que je suis devenu accroc de ces amplis. Je les utilise d'ailleurs toujours depuis. »

« Tout ça a été une sacrée aventure. Un concert a ses exigences et ça a toujours été important pour moi de posséder une guitare dont je puisse jouer à la fois sur scène et en studio. Au tout début, les guitares avec lesquelles je jouais en live ne sonnaient pas très bien en studio. Du coup j'en étais réduit, comme sur le disque Iowa par exemple, à utiliser les BC Rich de Mick pour faire tous les enregistrements.»

« Ce n'est vraiment pas l'idéal. Je ne suis pas du tout à l'aise quand je joue d'une guitare qui ne m'appartient pas sur nos disques. Une fois que j'ai eu trouvé ma Fender, on a commencé à parler d'un modèle signature. C'était réellement important pour moi de trouver une guitare avec laquelle je me sente à l'aise quand je joue, qui tienne la route en tournée et que je puisse utiliser à la fois en studio et sur scène. »

« C'est la raison pour laquelle j'ai opté pour un corps en acajou sur toutes mes guitares signature. Chaque fois qu'on travaillait en studio, on avait tendance à prendre des Gibson en main parce qu'elles possèdent le plus chaud et le plus brillant des sons. D'où l'acajou et l'érable à sucre. »

« J'ai également opté pour des manches en érable mêmesi j'avais du mal à choisir entre l'érable et l'ébène, les bois les plus foncés pour la touche sont vraiment sympas. »

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