Mark Tremonti nous parle de sa dernière tournée, de matos et de technique

28th Oct 2013 | 14:00

Mark Tremonti nous parle de sa dernière tournée, de matos et de technique
L'interview

Alter Bridge est l'un des groupes les plus emblématiques du métal de ces 10 dernières années. Myles Kennedy y est certainement pour beaucoup. Sa voix est l'une des plus puissantes du style et Slash l'a d'ailleurs très bien compris, d'où leur collaboration récente. Puis il y a Mark Tremonti, guitariste du groupe dont la notoriété ne cesse de grimper. Lui aussi fait partie des meilleurs guitaristes de sa génération. Mark élargit son jeu en allant chercher d'autres influences dans d'autres styles, comme il nous l'explique dans cette interview. Fortress, leur quatrième album, prouve si besoin est qu'Alter Bridge est un roc désormais inébranlable dont l'ascension ne fait encore que commencer !


Ce nouvel album Fortress semble être techniquement beaucoup plus difficile à jouer. Le ressens-tu sur scène ?

Oui, pour chaque nouvel album, cela nous prend du temps de tout mettre en place sur scène, il faut roder les morceaux. Après quelques concerts, ils deviennent comme une seconde nature. C'est d'ailleurs assez angoissant au début puisque tout le monde filme les titres avec son téléphone, et on retrouve les vidéos le lendemain sur YouTube et c'est ce que voient les internautes pendant des années. Une fois ce passage terminé, le reste n'est que bonheur !

Le tempo des chansons est très élevé. Cela demande un énorme travail physique, non ?

De mon côté, je suis bien plus à l'aise avec les tempos élevés. On peut penser que toutes les rythmiques hyper rapides sont difficiles à jouer, mais il m'est plus difficile sur scène de réussir à réaliser les plans aux doigts comme sur le titre Blackbird, par exemple.

Comme sur le titre Bleed It Dry ?

C'est Myles qui joue le pont et je me charge du solo par dessus. Je pensais plutôt à All Ends Well où il y a énormément de plans assez tordus. Sur ce titre, tu ne peux pas te balader sur scène et faire le show, il faut vraiment se concentrer.

Sur Fortress, le changement qui saute aux yeux est que Myles joue de plus en plus de guitare et tu as plus de parties vocales à ta charge.

On a essayé de faire en sorte que Myles joue plus de guitare en live. L'intro à la guitare classique de Cry Of Achilles est jouée en électrique sur scène. Le fait que je chante beaucoup plus et qu'il possède plus de parties guitare ajoute plus de couleur et de dynamique au groupe.

Comment t'es-tu senti lorsque tu as chanté Waters Rising pour la première fois devant le public d'Alter Bridge ?

C'était génial. On a répété pendant plusieurs jours. Après avoir chanté les premières paroles, j'ai été très surpris par la réponse du public qui exultait. Tout le monde connaissait déjà les paroles, et c'est très agréable de se sentir épaulé de la sorte.

On évoquait le jeu aux doigts. On ressent de plus en plus d'influences blues dans ton jeu. Essaies-tu de mixer le métal avec d'autres styles désormais ?

Lorsque j'étais plus jeune, j'écoutais énormément de métal et de shred. Plus je vieillis et moins je suis intéressé par ce genre de sonorités. C'est pour cela que j'aime de plus en plus le blues, mais le mélange des deux styles est très intéressant. Il faut aussi apporter une dose de modernité à ce genre, comme le fait notamment Joe Bonamassa. Aujourd'hui, je me tourne plus vers des guitaristes comme Robben Ford, Carl Verheyen, Joe Bonamassa ou Derek Trucks. Ces gars arrivent à donner tellement d'émotions et ont des techniques époustouflantes. Lorsque tu écoutes des titres orientés shred comme ceux de Joe Satriani qu'il joue avec tant de classe, on peut donner de l'émotion dans le métal. Mais d'un autre côté, beaucoup de guitaristes dans ce style oublient de laisser transparaître la "soul" ! Aujourd'hui, je souhaite réussir à donner davantage d'émotion. Je veux que mes solos chantent pour moi.

"Aujourd'hui, je souhaite réussir à donner davantage d'émotion. Je veux que mes solos chantent pour moi"

Sur les chansons rapides, on ressent cette vibe. Tu as récemment changé d'ampli pour le studio, est-ce dû à cela ?

Je suis un fanatique du matos et surtout des amplis. J'ai chez moi un ampli Dumble qui est certainement le meilleur ampli sur lequel j'ai pu jouer. En ce moment, je vends une partie de mon matos pour récupérer un ampli Trainwreck. Ils sont très difficiles à trouver, mais une fois que tu en as un, tu ne peux plus le lâcher ! J'ai aussi le Cornford RK100 qui est capable de tout faire. Mais pour le live, aucun ampli ne peut rivaliser avec un Mesa Boogie. Lorsque je suis chez moi, il m'est impossible d'en jouer, car il faut vraiment les pousser pour entendre leurs vrais sons.

Tu as peur de les jouer en live ?

Je n'apporterai jamais aucun de mes amplis préférés en tournée, je les aime trop. Ceux que j'aime restent dans mon studio, je ne veux vraiment pas les abîmer. Un jour, j'ai marché sur mon câble et j'ai cassé l'entrée jack de mon Cornford. Et encore, je ne parle pas de mon Dumble, j'en prends soin et jamais il ne franchira la porte de mon studio.

Si l'on continue de parler de matos, on entend sur Fortress que la wah a presque disparu...

Oui, je n'ai pas enregistré avec ma wah-wah sur cet album. Par contre, je l'utilise toujours en live.

Était-ce un challenge que tu t'étais imposé ?

Grâce à cette pédale, j'ai juste le sentiment d'avoir plus de contrôle sur mon jeu. Lorsque j'écoute des vieux titre d'UFO, Michael Schenker utilise la wah tout le temps.

Tu as été invité par Leslie West sur son dernier album (Still Climbing) sur le titre Dyin' Since The Day I Was Born ? Comment cette rencontre s'est-elle effectuée ?

Mon oncle et mon frère ont monté la société Fret12. J'ai réalisé avec eux mon DVD pédagogique, The Sound And The Story, qui était le premier volet d'une série qu'ils allaient enregistrer. Leslie est le second guitariste à avoir collaboré au projet et c'est de cette façon que l'on s'est rencontré. Il m'a alors demandé si je voulais composer un solo pour son album et évidemment j'ai accepté, car Leslie est une légende !

Le solo de Cry A River est très rapide

C'est le dernier solo que j'ai composé pour l'album et il fut pour moi le plus difficile à mettre en place. Je n'arrivais pas à trouver l'inspiration. Une fois que j'ai eu la ligne mélodique du début, j'ai senti comme un déblocage. À la fin du solo, je me suis tout de même autorisé à jouer avec la wah !

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Le jeu au médiator

Pour la technique du médiator, Paul Gilbert est le maître en la matière. Je pense que tous les guitaristes doivent regarder toutes ses vidéos pédagogiques, car il a effectué un travail monstrueux à ce sujet.

Regardez la leçon de Paul Gilbert à ce sujet qu'il a donné à nos collègues de Total Guitar.

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Le legato

Rusty Cooley a sorti des leçons sur le legato qui sont très intéressantes. Il avait sorti un CD-Rom qui s'appelle Guitar Shred Manifesto. La première partie est celle dédiée au legato et il décortique chaque schéma que l'on peut utiliser grâce à cette technique. J'ai bossé cette technique pendant des années et c'est d'ailleurs ce qui m'a permis de renforcer ma main gauche. Au début, je ne jouais quasiment pas de legato et aujourd'hui, c'est ce qui me semble le plus naturel.

Une vidéo sur la chaîne YouTube de Rusty Cooley devrait vous donner envie de bosser un peu plus sur votre guitare.

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Le sweeping

Rusty Cooley a aussi de très bonnes leçons sur le sweeping. J'aime son approche qui est très différente de ce que l'on peut généralement trouver dans les autres ouvrages pédagogiques.

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Les bends et le vibrato

Franchement, je crois que le guitariste qui m'a le plus sidéré avec ces techniques est Myles ! Lorsque j'ai voulu commencer à m'entraîner afin d'obtenir le feeling, je me suis inspiré de bluesmen comme Stevie Ray Vaughan. Pour moi, il est ce qui se fait de mieux de ce côté-là. David Gilmour est un autre très bon exemple. J'ai donc essayé d'analyser au mieux leur jeu et de repiquer certains plans pour mieux comprendre.

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Le chicken picking

Un autre très bon prof si tu veux commencer à jouer en chicken picking est Greg Koch qui a un paquet de vidéos à ce sujet.

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Les accords jazz-blues

En ce moment, je me penche sur ce qu'a fait Carl Verheyen. Il a une approche par intervalle qui me plaît énormément. Lorsque tu commences à travailler ses solos, on entend des choses totalement inattendues. Il a un jeu très atypique, mais il dit pourtant parfois n'utiliser que les notes de la pentatonique. J'écoute aussi énormément Robben Ford pour l'approche blues avec les tonalités modernes jazz-blues-hard rock.

Cela me fait penser à ce que Larry Carlton a pu faire avec Steve Lukather sur le Live At Osaka par exemple...

Larry Carlton est le guitariste qui est capable de produire les meilleurs phrasés. D'ailleurs, pour l'anecdote, j'ai un baffle Dumble qui lui a appartenu et il y a toujours ses brûlures de cigarettes dessus.

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Les effets

J'essaie de rester le plus simple possible de ce côté-là. En live, je suis directement branché dans l'ampli et entre les deux, j'ai seulement ma pédale wah-wah et une overdrive. La Tube Screamer d'Ibanez, celle qui est faite à la main, est de loin ma préférée. J'ai aussi testé la Klon Centaur qui est presque parfaite, mais cette Tube Screamer possède quelque chose de spécial. C'est comme lorsque tu mixes un album, elle permet au son d'avoir une brillance supplémentaire.

Chez moi, j'essaie de nouvelles choses. J'ai une Hobo de T-Rex qui est surprenante. Elle permet de faire saturer l'ampli de manière très crade. J'ai aussi l'Ocativius. Dans mon rig, j'ai le POG d'Electro-Harmonix. Cela ne fait pas longtemps que je m'intéresse aux pédales. La quête du meilleur son ne fait que commencer.

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PRS, Fender, Washburn...

Je ne joue pas sur Les Paul, car je pense que ma guitare en est un modèle amélioré. Je joue beaucoup de guitare acoustique à la maison. Ce qui est marrant est que j'ai toute une collection de Taylor, mais celle que j'adore est ma Washburn. Il y a plusieurs années de cela, j'étais en tournée avec Creed, et dans l'une des loges, il y avait un rack avec une quinzaine de guitares acoustiques. On m'a dit que je pouvais en prendre une et j'ai pris cette Washburn. Depuis, je joue pratiquement exclusivement sur ce modèle lorsque je suis chez moi.

En ce qui concerne l'électrique, j'utilise aussi la Telecaster et la Stratocaster. Si tu veux jouer du Stevie Ray Vaughan, tu dois absolument prendre une Fender. Lorsque l'on essaie de copier un guitariste, je pense qu'il faut aussi faire très attention au matériel qu'il utilise. Je me souviens avoir travaillé sur le titre Tender Surrender de Steve Vai pendant plus d'un mois et à l'époque, je me disais: "il faut absolument que je m'achète une Ibanez".

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