Les Têtes Raides, une musique de Terriens

28th Apr 2014 | 08:19

Les Têtes Raides, une musique de Terriens
Les Têtes Raides

Lorsque l'on parle de groupes de chanson française qui ont marqué leur époque et continuent de faire salle comble, les Têtes Raides est le premier nom qui vient à l'esprit. Toujours aussi effervescent qu'à ses débuts, le groupe mené par la verve et la voix rocailleuse de Christian Olivier sort son nouvel album intitulé Les Terriens au virage musical totalement assumé comme nous l'explique le principal intéressé.

Pourquoi avoir choisi la chanson 'Les Terriens' comme nom de l'album ?

Un titre d'album, ça peut venir d'un titre de chanson, ça peut venir d'un bout de phrase, en fait. Ce n'est pas une chose à laquelle je réfléchis en amont. C'est plutôt à la fin que l'on se dit que l'album doit s'appeler comme ça. Je trouvais que 'Les Terriens' résumait bien l'album. C'est aussi dans la lignée de nos albums précédents puisqu'il y a toujours une suite dans les projets des Têtes Raides. C'est aussi un titre qui colle bien à la période actuelle.

Peux-tu nous expliquer un peu la naissance de cet album ?

On sortait de l'album Corps de Mots ou l'on avait mis des poètes en musique et on était vraiment dans les textes avec des auteurs comme Lautréamont, Genêt, Ackermann, etc. C'était un travail un peu différent car le texte existait déjà. On avait surtout bossé sur la musique qui est plutôt acoustique avec des cordes, violons, violoncelles, cuivres, trombones, sax, etc.

Quand je me suis mis à écrire les premiers morceaux des Terriens, ça c'est vraiment passé à la guitare. C'est donc un peu une réponse au précédent album dans le sens où on est revenu sur un son beaucoup plus électrique. On a une approche sonore différente, un espace et un placement du texte également différents.

Plusieurs membres historiques des têtes raides n'ont pas participé à l'album, est-ce qu'on pourrait dire que le projet Têtes Raides avait besoin d'un tournant ?

Pas vraiment, c'est plutôt la musique qui veut ça. Je n'avais pas envie d'accumuler des éléments, mais plutôt de laisser de l'espace. Il y a donc eu cette idée que pour l'album les Terriens on pourrait faire une pause dans les cordes et les cuivres pour laisser la place aux guitares et faire une cassure en quelque sorte pour entendre les choses différemment.

Il y a en effet des super passages à la guitare électrique, notamment dans 'Vers Où Je Va', qu'est-ce qui a déclenché cette envie ?

C'est vraiment d'abord au moment où j'écrivais mes morceaux, j'entendais déjà cette ambiance plus électrique avec des guitares, quelques passages de chorus, et une tension. Une tension dans le propos, dans la musique et dans le placement du texte. On a enregistré ça en live, notamment tout ce qui est base rythmique et même certains refrains. Je crois même qu'il y a deux morceaux où on a gardé la première prise pour la voix.

Donc ça a vraiment été une volonté de travailler sur le son à la source, et puis on a bossé cette fois avec un producteur que l'on ne connaissait pas, mais qui bosse plutôt dans le hip hop au départ, ce qui était assez rigolo ! Ce mec a vraiment été chercher le son live dans le studio. Quelque part, et c'est ça qui est assez intéressant, c'est que c'est un album à la fois enregistré en live mais aussi assez travaillé et produit. C'est particulièrement vrai pour le mixage et l'espace sonore si on le compare à nos autres albums. C'est une nouvelle proposition au niveau du son.

Quels sont les guitaristes qui ont joué avec toi ?

Il y a eu bien sûr Serge, mais également Sébastien Martel et Daniel Jamais pour l'enregistrement studio. J'ai croisé Sébastien sur plusieurs événements et je connais en fait Daniel Jamais de l'époque où l'on faisait des concerts avec la Mano Negra dont il était le guitariste. Avec les deux, c'est la première fois qu'on enregistrait vraiment quelque chose. Ils ont apporté un son, un jeu et bien sûr une couleur. Bon après, c'est encore quelqu'un d'autre qui est avec nous sur scène ! (rires)

"Ce qu'on aime c'est un son chaud, tout comme la lumière de Têtes Raides sur scène. Pour nous ça doit sentir un peu la sueur, tout ça"

Quel matos utilisez-vous en studio ?

Que du vintage et des amplis à lampes ! C'est un peu comme avec les Chats Pelés, on utilise des bouts de bois, des chiffons, de la ferraille et on fait de la musique comme ça. Ce qu'on aime c'est un son chaud, tout comme la lumière de Têtes Raides sur scène. Pour nous ça doit sentir un peu la sueur, tout ça.

Penses-tu que c'est cette absence de frontières artistiques que vous avez toujours prônée qui explique que vos albums se vendent toujours aussi bien malgré la crise actuelle du disque ?

Disons que pour nous ce n'est pas quelque chose de nouveau, car on a toujours fait ça. Le premier album qui est sorti de Têtes Raides en 1988/89 c'était un truc tout en carton, et il y a toujours eu cette entité graphique, on va dire. C'est vrai qu'aujourd'hui on continue ça, et comme tout est dématérialisé, le public Têtes Raides en général aime acheter l'album, car ça reste un objet. Il y a bien sûr la musique, mais aussi les textes et le côté physique.

On a aussi fait tout un travail de vidéo en parallèle pour cet album, et puis on continue à faire un spectacle, quoi. On a d'abord filmé des images qu'on a ressorties plus tard lorsqu'on a pensé aux visuels. J'avais vraiment envie de pousser le truc, je pensais à du film d'animation, etc. On a aussi toujours l'univers des Chats Pelés que l'on retrouve sur la pochette et dans le set Têtes Raides.

Quelque part, la poésie est peut-être un des moyens les plus forts pour faire passer des messages et faire bouger les choses

Tu as toujours tenté dans tes textes de retraduire ta perception des réalités politiques. Cela se sent aussi dans cet album. Est-ce que tu conçois toujours la musique comme un outil de changement social ?

J'ai envie de dire que quelque part c'est compris dedans. Quand on parle de poésie, de musique, que ce soit frontal ou plus en profondeur, de toute façon l'aspect politique et social, il est là. Pour moi toute chanson, même si cela ne se voit pas, a un lien avec le politique et le social, c'est obligatoire. Dans Têtes Raides, et même si on n'en parle pas forcément directement, il y a toujours quelque chose qui est latent là-dessous et dans les strates.

On vit de toute façon dans un temps et une période auxquels on appartient. La musique reste un lieu où on peut dire des choses. Après, on ne va pas non plus changer le monde, mais c'est un endroit où on envoie des messages. Quelque part, la poésie est peut-être un des moyens les plus forts pour faire passer des messages et faire bouger les choses.

Je continue toujours de penser qu'il faut faire ce qu'on a envie de faire, que ce soit pour nous ou pour les autres, sans trop se poser de questions

Beaucoup d'artistes français chantent en anglais aujourd'hui, qu'est-ce que tu penses de la situation de la chanson française actuellement ?

On va dire qu'aujourd'hui, à ce niveau-là, ce n'est pas le feu quoi ! (rires) Je pense que la période actuelle pour la chanson française fait qu'il faut se battre un peu, car ce n'est pas forcément dans le vent. Mais au fond, tout ça, ça n'est pas très grave. Moi je continue toujours de penser qu'il faut faire ce qu'on a envie de faire, que ce soit pour nous ou pour les autres, sans trop se poser de questions.

Tu as tout de même la chanson Bird qui est en anglais dans l'album. Comment est-ce que ça t'est venu ?

En fait quand j'écris en anglais, je ne me dis pas que je vais écrire en anglais, j'écris en anglais comme j'écris en français dans le sens où ce n'est pas une traduction. C'est un peu sorti comme ça, car lorsque j'écris une chanson je ne sais pas ce que je vais écrire avant. Le sujet de la chanson je le connais une fois que j'ai fini de l'écrire ! Je commence le texte et je balance quelque chose comme 'When I was a girl I was not a boy' et puis voilà c'est parti ! En plus, comme j'ai un super accent anglais, ça tombe bien quoi ! (rires)

Dans la galerie suivante, nous avons demandé à Christian Olivier de nous citer 5 artistes qui l'ont beaucoup influencé. On vous laisse découvrir...

Les Têtes Raides, une musique de Terriens
Tom Waits

Bon on peut parler de Tom Waits ça c'est sûr !

Les Têtes Raides, une musique de Terriens
The Clash
London Calling

Il y a aussi eu les Clash avec l'album London Calling par exemple...

Les Têtes Raides, une musique de Terriens
Robert Johnson

On peut également parler de Robert Johnson.

Les Têtes Raides, une musique de Terriens
Les Suites de Bach

On peut mettre aussi de la musique classique dans tout ça avec les suites de Bach qui m'ont carrément inspiré musicalement.

Les Têtes Raides, une musique de Terriens
Marianne Oswald

Après en musique française il y a des chanteuses qui m'ont complètement scotché. Je peux te citer Marianne Noswald. Elle m'a beaucoup marqué.

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