Les Rolling Stones : tout le matos en images

20th Mar 2014 | 09:38

Les Rolling Stones : tout le matos en images
En images : le matos des Rolling Stones

"D'une certaine manière, je considère cet ouvrage comme une sorte de témoin temporel, un morceau d'histoire", explique le célèbre expert en instruments vintage Andy Babiuk à propos de son livre 'Rolling Stones Gear: All the Stones' Instruments from Stage to Studio' (Le matos des Rolling Stones : Tous les Instruments des Rolling Stones de la Scène au Studio) qui vient juste de paraître. "Dans cinquante ans, les gens écouteront toujours les Rolling Stones. Un jeune tombera sur leurs disques, sous quelque forme que ce soit, et se dira 'Ils ont fait comment pour créer cette musique ?'. C'est à cette question que ce livre répond".

Il a fallu neuf ans de recherche à Babiuk pour compiler cet ouvrage (écrit en collaboration avec Greg Prevost) qui ne compte pas moins de 672 pages et des centaines de photos (dont de nombreuses n'ont encore jamais été publiées), une collection complète qui décrit avec une grande précision tous les instruments utilisés par les Rolling Stones durant leurs 50 ans de carrière (certains étant encore utilisés aujourd'hui).

"L'écriture de ce livre s'est avérée être une gigantesque entreprise, mais aussi un vrai plaisir", explique Babiuk. "C'est le rassemblement de toutes les informations qui a pris le plus de temps. Ce n'est pas comme s'il suffisait de se rendre à la bibliothèque pour obtenir tous les éléments requis. C'est à toi de reconstituer tout le puzzle. Mais j'ai eu la chance d'être beaucoup aidé par des gens vraiment fantastiques comme les membres des Stones et le personnel qui gravite autour d'eux. Je leur suis d'ailleurs très reconnaissant de m'avoir donné l'accès nécessaire à mes recherches et je les en remercie chaleureusement".

En 2002, Babuik a publié 'Beatles Gear', un ouvrage qui recense l'intégralité des instruments utilisés par les Fab Four durant toute leur carrière. Selon Babiuk, Stones Gear a exigé des recherches beaucoup plus étendues : "Avec les Beatles, la période à couvrir s'étalait sur une dizaine d'années ; ils ont arrêté de jouer en 1969. Mais à ce jour les Stones ont déjà plus de 50 ans de carrière à leur actif, une période beaucoup plus longue avec beaucoup plus d'instruments à recenser. On m'a suggéré de ne me concentrer que sur les Stones au cours des années 60, ou sur la période Mick Taylor, mais c'est un groupe qui est toujours opérationnel, et pour moi ça veut dire qu'il faut aborder le sujet dans son ensemble. C'est une tranche d'histoire d'une incroyable richesse".

'Rolling Stones Gear: All the Stones’ Instruments from Stage to Studio' est publié par les éditions Backbeat Books. Vous pouvez vous le procurer directement via le site officiel d'Andy Babiuk et visiter sa page Facebook en cliquant ici.

Dans les pages suivantes, Babiuk parle de huit des instruments principaux illustrés dans son livre Stones Gear.

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Billy Wyman : Framus 51/50 Star Basse De Luxe (rebaptisée la basse 'Humbug')

"Voilà la basse 'Humbug'. Elle date probablement de la fin 1963. Bill jouait d'une autre Star Bass avant celle-ci, une Sunburst rouge au corps plus large qui répondait au nom de Star Bass. Bill a rebaptisé celle-ci la basse 'Humbug' parce que les veinures du bois lui rappelaient celles d'un bonbon anglais, le Humbug (cousin germain de la Bêtise de Cambrai - ndt).

C'est une basse super importante pour la simple et bonne raison que Bill la jouait durant cette période essentielle des années 60 durant laquelle les Stones ont effectué de nombreux enregistrements aux RCA Studios de Los Angeles. Certains de leurs plus gros tubes comme Satisfaction ont été enregistrés avec. Cette ligne de basse étouffée qui roule sur 19th Nervous Breakdown ? C'est la Humbug.

C'est aussi un instrument d'une grande rareté. Il y a de nombreuses basses de ce type en circulation, mais il y en a peu qui possèdent les mêmes caractéristiques que celle-ci. Dans les années 60, Framus était un fabricant de guitares un peu étrange qui n'avait pas l'habitude de suivre un format de type 'Cette plaque de protection est équipée de ces potentiomètres'. C'était plutôt du style 'On prend ce qu'on a sous la main, on le colle au bon endroit et voilà !'. La basse Humbug de Bill possédait une table et un dos de couleur naturelle et des éclisses peintes alors que la plupart de ces instruments possèdent généralement un dos et des éclisses noirs ou un dos et des éclisses de couleur naturelle.

Bill appréciait ses deux basses, la Humbug et la Star Bass rouge. Il avait l'habitude d'utiliser l'une ou l'autre durant la deuxième moitié des années 60. Pendant la période de répètes qui a précédé le concert des Stones à Hyde Park, celui où le groupe allait présenter sa nouvelle recrue Mick Taylor, Bill jouait sur une basse Fender Mustang. Mais pour le concert, il a en fait décidé d'utiliser la Humbug. Je lui ai demandé pourquoi il avait pris cette décision au bout du compte. Il m'a dit que c'était pour sa légèreté".

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Brian Jones : Vox MK III 'Teardrop' 1964

"L'une des guitares au look le plus cool qui aient jamais existé. Elle a été fabriquée sur commande pour Brian qui avait demandé une six-cordes. À cette époque-là, toutes les six-cordes fabriquées par Vox étaient équipées d'un vibrato.

Si vous regardez de près, le chevalet de cette guitare est celui d'une Fender Stratocaster. La marque aurait sans doute pu utiliser un autre chevalet, mais a probablement utilisé des pièces Fender afin de pouvoir rapidement terminer la fabrication de la guitare et la livrer à Brian à temps pour la saison d'été 1964. La pièce sur laquelle se visse la tige de vibrato a été éliminée. On la retrouve au dos de la table à l'endroit où elle connecte avec les ressorts, mais elle a été sciée de manière à être raccourcie, un procédé auquel les luthiers ont eu recours parce que le corps de la guitare était trop épais.

Brian l'utilisait aussi bien en studio qu'en concert. Comme vous l'imaginez sans doute cependant, c'est une guitare dont il est difficile de jouer assis. À ce moment-là, Brian et Keith ne s'échangeaient pas trop leurs guitares. C'est plus tard qu'elles sont devenues des instruments communs. La Vox Teardrop est la guitare la plus associée à Brian Jones. C'était en quelque sorte un prolongement de sa personnalité".

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Charlie Watts : la batterie Gretsch Round Badge '57

"Charlie est réputé comme le joueur de Gretsch, mais comme nous le faisons remarquer dans ce livre, il jouait de la Ludwig durant toute la décennie des '60. Il a dit que c'était parce qu'il avait vu Ringo avec ce kit américain sympa et qu'il était parti s'acheter le même dans une couleur différente.

Fin des années 60, Charlie a commencé à ajouter de nouvelles pièces à sa batterie. À une époque, ses kits étaient un mélange de Gretsch et de Ludwig. Il a eu plusieurs kits de batterie Gretsch tout au long des années 70, mais ce n'est qu'en 1978 qu'il s'est procuré la célèbre Gretsch TRound Badge '57 qu'il joue toujours depuis.

La batterie a été revernie. Elle vient en fait du magasin de location d'instruments de musique SIR (Studio Instrument Rentals) de Los Angeles. Charlie jouait, lors d'une session studio, pour Ronnie Wood, lorsque SIR est venu lui présenter ce kit. Il en est tout de suite tombé amoureux et s'est débrouillé pour convaincre le gérant du magasin de le lui vendre.

Il intervertit souvent ses cymbales, la plus importante de son kit étant la Ride plate. Personne ne sait ce que c'est vraiment, en fait. Un jour Charlie est entré dans un magasin de musique en France, a vu cette cymbale, l'a achetée et n'a pas arrêté de l'utiliser depuis. Il aime les vieux trucs cools. Il utilise toujours une pédale Speed King qui est assez ancienne.

Il est très méticuleux. Il refuse de nettoyer ses cymbales et ne changera plus le moindre détail une fois qu'il aura tout installé comme il l'entend. Il faut même que les ailes des papillons de serrage soient pointées dans la même direction. Le cintre est pour lui : il y pend sa veste et pose une pancarte à côté affichant 'Ouvert' en début de balance audio ; une fois la balance audio terminée, il retourne la pancarte pour annoncer 'Fermé'. Une petite manie adorable".

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Keith Richards : Gibson Les Paul TV Junior 1958 (rebaptisée 'Dice')

"Keith s'est procuré cette guitare en 1979, à l'époque où il faisait également partie du groupe The New Barbarians (lien en anglais). Il aime les vieilles guitares et celle-ci lui plaisait particulièrement. La personne à laquelle elle appartenait avant Keith avait collé le décalco d'un dé sur la table. Étant donné qu'il a l'habitude de donner des noms à toutes ses guitares, il a baptisé celle-ci 'Tumblin' Dice' et elle est ensuite devenue 'Dice' tout simplement.

Les deux potentiomètres Gibson ont été remplacés par des potentiomètres Tele. La guitare porte toutes sortes d'égratignures et de marques diverses. Keith assène de sacrés coups à sa guitare. Les toutes dernières frettes côté grave sont pratiquement élimées par la force de son strumming au médiator".

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Keith Richards : Fender Telecaster 1954 (rebaptisée 'Micawber')

"C'est sans doute la guitare la plus célèbre de Keith. Il n'y a pas de raison particulière pour laquelle il l'a rebaptisée 'Micawber' si ce n'est qu'il préfère dire 'Passe-moi la Micawber' plutôt que 'Hey, passe-moi cette Tele là-bas'. Du coup il te faut dire 'Quelle Tele ?' vu qu'il y en a probablement une vingtaine qui traînent.

C'est Eric Clapton qui a fait cadeau de cette guitare à Keith pour son 27ème anniversaire. C'était avant le départ du groupe en France pour les enregistrements de Exile On Main St. Ils avaient décidé de s'exiler dans l'Hexagone pour composer cet album. À l'origine la guitare était munie d'un simple bobinage en position manche. Elle a été volée en France, mais Keith a fini par la récupérer. Ce simple bobinage était toujours là au début de leur tournée de 1972, mais Keith a souhaité installer un humbucker peu de temps après.

À ce jour cette Tele est toujours la guitare Number One de Keith. Elle est équipée d'un chevalet en laiton et est toujours accordée en 5-cordes, jamais en 6-cordes ; en fait, le pontet du Mi mineur a disparu. Et le micro n'est pas celui d'origine, c'est un micro de Lap steel Fender.

L'un des marqueurs de frettes a également disparu, dû aux coups de médiator de Keith encore une fois. C'est sa manière de jouer. On pourrait presque tracer une ligne de passage à l'endroit où la main de Keith frappe sur la guitare. Dire qu'il joue de ses instruments comme un malade, et en particulier de cette guitare, ne serait pas une exagération".

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Mick Taylor : Gibson Les Paul Standard 1959

"J'ai demandé à Mick comment il s'était débrouillé pour obtenir cette guitare de Keith. Avant de faire partie des Stones, Mick faisait partie du groupe de John Mayall, les Bluesbreakers. Afin de pouvoir reproduire le son classique des Bluesbreakers de la période Eric Clapton, il devait jouer sur une Les Paul branchée dans un Marshall. La Les Paul qu'il s'était procurée à cette période-là lui a été volée. Parvenir à dénicher une autre Les Paul sur Londres dans les années 60 n'était pas chose aisée.

Le musicien de tournée des Stones, Ian Stewart, avait dit à Mick qu'il pouvait acheter une Les Paul '59 à Keith. Mick s'est donc rendu aux studios Olympic où les Stones enregistraient Satanic Majesties. Pendant que le groupe jouait dans une autre pièce, Mick évalua la guitare, fixa un prix et conclut l'affaire. Il la joua ensuite pendant toute la durée de son appartenance au groupe Bluesbreakers.

Quand Mick rejoignit les Stones, il emporta ses guitares avec lui et cette Les Paul était l'une d'entre elles. Keith ne savait apparemment pas que sa guitare avait été vendue et il commença à en jouer. Quand on est membre des Stones, une guitare est une guitare.

Mick a joué de cette Les Paul durant toute sa période en tant que guitariste des Stones, mais Keith en jouait également. On le voit notamment s'en servir à Atlamont".

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Ron Woods : guitare Zemaitis 'Metal Front' 1978

"Ronnie avait déjà eu l'occasion de rencontrer Tony Zemaitis à son arrivée au sein des Stones. Il lui avait en effet fabriqué plusieurs guitares à l'époque où il jouait avec les Faces. En 1978, alors que les Stones s'apprêtaient à partir en tournée, Ronnie lui a demandé de lui fabriquer des guitares customisées. Celle-ci faisait partie du lot.

Si vous regardez la guitare de près, vous verrez qu'elle est gravée avec des motifs de tipi d'où sortent des nuages de fumée qui disent des trucs du style 'Stones Concerts Tonight'. Il y a plein de petits trucs comme ça. L'une des spécialités de Tony était ces tables gravées super sympa.

Cette guitare possède un booster intégré alimenté par pile qui permettait à Ronnie de jouer en lead en enclenchant le switch dédié."

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Ron Wood : Guitare Zemaitis 'Disc Front' (aux environs de 1971)

"Ils appellent cette guitare la 'Disc Top', et c'est sans doute la guitare la plus célèbre de Ronnie. Difficile de dire de quelle année elle date (parce que Tony Zemaitis ne datait pas ses guitares), mais on en a déduit qu'elle date probablement de 1971.

Ronnie en a joué sur des tas de disques des Stones mais aussi sur de nombreux enregistrements des Faces. Ce qui est intéressant ici c'est qu'on dirait une solidbody mais que c'est en fait une hollowbody, chanfreinée et remplie de coton. Ce qui est super cool aussi, c'est le disque. C'est une carte au trésor de pirates, en fait. Les gravures représentent des pirates, des cartes et des trucs comme ça. C'est vraiment cool.

Tony utilisait toujours des manches collés dans la fabrication de ses guitares, mais Ronnie lui avait demandé un manche vissé. Il ne lui en a pas moins fabriqué une guitare avec un manche collé au dos de laquelle il a ajouté une plaque de fixation, comme on le fait pour visser un manche. Sur le dessus, il a placé une tête de mort, sourire aux lèvres... un petit clin d'oeil ironique pour une bonne blague".

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