Le producteur de légende Bob Ezrin revient sur 11 enregistrements qui ont marqué sa carrière.

8th Aug 2013 | 10:34

Le producteur de légende Bob Ezrin revient sur 11 enregistrements qui ont marqué sa carrière.
Le producteur de légende Bob Ezrin nous parle de 11 enregistrements qui ont marqué sa carrière.

Avec une carrière qui s’étend sur plus de quarante ans, le producteur Bob Ezrin a offert des hits aux stars et superstars et inspiré les pionniers. Il n’était jamais avare de conseils et bien des artistes ont appris grâce à lui. Nous lui avons demandé de nous en dire plus sur les perles de sagesse qu’il a pu glaner après toutes ces années en studio. Le producteur de disque nous offre un résumé, nous assurant dans un premier temps que ce qui compte avant toute chose, c’est que la musique est un art.

"Si votre seule motivation est d’être célèbre et de vendre des disques, vous allez échouer" nous explique Ezrin. "Mais si vous êtes intéressé par la réalisation d’un travail de qualité qui a du sens, alors vous allez réussir. Les meilleurs artistes avec qui j’ai pu collaborer sont obsédés par leur travail. Ils ne prêtent qu’une infime attention au marché sur lequel ils vont se trouver. Ils savent que l’art est tout ce qui compte".

Encore adolescent, Ezrin apprenait les ficelles du métier de producteur avec Jack Richardson. Ce dernier devait devenir un géant de la musique et être l’instigateur d’une kyrielle de hits avec le groupe The Guess Who. C’est lui qui a créé la maison de production Nimbus 9 Production basée à Toronto. Ezrin étant alors le protégé de Richardson, il reçut une année complète de formation où il apprit à tout faire, comme enrouler convenablement un câble de micro ou écrire des partitions pour cordes. "Jack m’a enseigné tout ce que je devais savoir sur l’enregistrement d’un disque. Il m’a mis des coups de pied aux fesses avant de me laisser le champ libre avec Alice Cooper. Mais, à ce moment là, j’avais déjà appris beaucoup et j’avais confiance en moi. J’avais en fait terminé mon apprentissage."

Ezrin a créé en 2009 la Nimbus School Of Recording Arts à Vancouver avec Garth, le fils de Richardson. Ce dernier est un producteur reconnu qui a travaillé avec Rage Against The Machine et Biffy Clyro entre autres. Il explique sa motivation pour établir une institution pédagogique au delà d’un simple élan altruiste: "Garth et moi avions fait un constat sur le nombre de personnes qu’il nous avait fallu licencier et c’était pour le moins phénoménal. On trouvait qu’il y avait énormément de jeunes qui manquaient de formation dans certains domaines et qui pourtant pensaient pouvoir tout faire. Nous avions besoin de personnes de qualité pour travailler avec nous et on s’est dit que si on ne pouvait pas les trouver alors on devrait les former."

Nimbus est déjà un projet couronné de succès (un certain nombre d'étudiants ayant achevé leur formation travaillent à la Farm, le studio de Richardson) bien que ces jeunes producteurs aient du pain sur la planche pour arriver à la cheville du co-fondateur. Dans les pages suivantes, Ezrin revient sur les étapes marquantes de sa carrière derrière la vitre du studio et partage ses histoires et anecdotes sur la création de quelques-uns des plus grands chefs d'oeuvre du Rock'n Roll

Le producteur de légende Bob Ezrin revient sur 11 enregistrements qui ont marqué sa carrière.
Alice Cooper – Love It To Death (1971)

"Ils voulaient que mon boss, Jack Richardson, produise le groupe. Il venait de produire The Guess Who qui était aussi génial que sexy. Quand Shep Gordon (le manager de Cooper) entra dans le bureau avec des copies de Easy Action et Pretties For You, Jack jeta un coup d’oeil aux photos du groupe et décida qu’il ne ferait rien avec eux. Il a dit "je vais envoyer le gamin -c’est à dire moi- pour voir le groupe". J’avais pour instruction de me débarrasser d’eux.

Je suis allé voir le groupe à Max’s Kansas City à New-York et je suis tombé amoureux. Plutôt que de les remercier, je leur ai dit qu’on allait travailler ensemble. Ensuite j’ai dû retourner sur place en suppliant pour garder mon travail parce que j’avais fait exactement l’opposé de ce qui m’était demandé. J’ai argumenté avec une telle âpreté que Jack a finalement dit "Ca suffit! C’est bon, si tu y tiens tellement, tu le fais". C’est comme ça que j’ai eu le boulot.

La première fois que j’ai entendu I’m Eighteen, je pensais que Alice chantait "I’m Edgy". J’ai dit au groupe que j’aimais vraiment cette chanson "Edgy" et ils pensaient que j’étais fou. Je ne comprenais pas pourquoi ils me regardaient de cette façon. Mais quand ils m’ont dit que les paroles étaient "I’m eighteen, and I don’t know what I want", je leur ai dit "Wouah, Ok, c’est encore mieux".

Le producteur de légende Bob Ezrin revient sur 11 enregistrements qui ont marqué sa carrière.
Alice Cooper – School's Out (1972)

“Une fois que l’on a commencé à travailler ensemble, on est devenu une équipe. Rien n’était cassé donc il n’y avait rien à réparer, à chaque fois qu’il était temps d’enregistrer un disque, ils m’appelaient."

Glen Buxton (le guitariste) avait écrit la chanson School’s Out avec ce riff incroyable. Shep m’a appelé à Toronto pour me dire "Je crois que les mecs viennent d’écrire un hit, il faut vraiment que tu viennes". Je les ai rencontrés à Los-Angeles et on est allé en salle de répétition. Ils avaient le début de la chanson, on a tout assemblé et c’est devenu cet énorme tube.

On s’est beaucoup amusé sur cet album, c’était le premier qu’on enregistrait en dehors de Chicago. On avait fait des disques au RCA's Mid-America Recording Center qui était vraiment sympa mais quand le groupe a commencé à avoir du succès, on a pensé qu’il serait bien d’aller à New-York pour mettre le feu à la ville. La meilleure façon de procéder était d’emmener tout le monde là-bas.

J’avais travaillé aux studios A&R à New-York avec Phil Ramone mais je connaissais également Shelly Yakus (ingénieur studio de légende) qui venait de rejoindre un nouveau studio fantastique qui s’appelait The Record Plant. On y est donc allé pour jeter un coup d’oeil et dès que l’on a passé la porte d’entrée, on a su qu’on était au bon endroit.

Les gars du groupe étaient un peu comme 'The Jets' de West Side Story, ils étaient des durs. C’était leur référence. On a décidé de travailler sur des sections de West Side Story et d’en faire quelque chose. Je me faisais plaisir en même temps et tout s’est passé pour le mieux. Quand j’écoute l’album maintenant, je trouve qu’il y a un son primitif mais qui a beaucoup de charme. Le public a vraiment beaucoup aimé

Le producteur de légende Bob Ezrin revient sur 11 enregistrements qui ont marqué sa carrière.
Lou Reed – Berlin (1973)

"J’avais fait un album avec Mitch Ryder et son groupe à Detroit, sur lequel il y avait une reprise de la chanson de Lou, Rock & Roll. Lou l’a entendue et a dit 'je veux travailler avec le gars qui a fait ça’. Je suis allé voir Lou jouer dans un show à Toronto, après quoi nous avons commencé à parler du projet. Finalement, on s’est assis par terre dans mon salon pour écouter des chansons et lancer des idées.

Je lui ai dit: “tu as écrit tous ces instantanés sur la vie des gens, ces portraits de quatre minutes, mais qu’est-ce qu’ils deviennent après ça ? Les histoires doivent continuer”. J’ai pris pour exemple les deux amoureux de la chanson Berlin, en lui disant: “ça serait super si tu pouvais nous raconter toute l’histoire non ? Pourquoi ne pas faire quelque chose comme ça ? ” Il pensait que c’était une bonne idée. Ensuite on s’est dit que l’on n’allait pas exactement faire ça pour ensuite se raviser à nouveau.

Il est rentré chez lui et a commencé à écrire. Quand il est revenu avec les versions guitares et voix, c’était fascinant. Il avait accompli quelque chose de phénoménal. C’était alors à moi de reprendre ces morceaux et de les convertir en quelque chose de plus orchestré dans une dimension rock. C’était un superbe album. On l’a remasterisé la semaine dernière et Lou m’a appelé pour me dire à quel point il trouvait le son magnifique".

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KISS – Destroyer (1976)

"Je ne connaissais pas KISS, mais il y avait ce gamin à Toronto qui avait l’habitude de me téléphoner -à l’époque mon numéro était disponible dans l’annuaire- il me disait quels étaient les groupes en vue du moment, ce que je devais écouter et ce que je devais produire. Il était comme mon fan personnel. Il m’a appelé pour me parler de KISS. “Ils sont incroyables mais leurs enregistrements sont pourris. Tu devrais les produire”.

Leurs enregistrements n’étaient pas pourris mais je comprenais ce qu’il voulait dire, ils auraient pu être plus sophistiqués. Il était doué de prescience et il avait entièrement raison, j’aurais dû travailler avec lui en fait.

Quand on m'a fait écouter la chanson Beth la première fois, c'était très pêchu, avec quelque chose de très country ou rockabilly. C'était aussi un peu chauvin puisqu'ils disaient : 'Me and the boys, we got something going on. You can sit there and wait.’ (moi et les mecs, on fait des trus ensembles, assied toi là et attend'. Du coup la chanson était aussi appelée 'Beck' ".

Je leur ai demandé si je pouvais travailler dessus chez moi et Peter (Criss) a répondu que ça ne lui posait pas de problème. J’ai trouvé ce passage au piano qui donnait un aspect plus romantique et sensible. J’ai ensuite changé les paroles. D’abord je l’ai appelé ‘Beth’ et puis j’ai rajouté des choses comme “our house is not our home”, qui faisait allusion à ce sentiment de tristesse et de perte quand une relation se finit. Mais la phrase “I hope you’ll be all right” était vraiment importante pour moi.

Je l’ai jouée devant eux et ils pensaient que ça sonnait bien et que l’on devrait faire un essai. Je crois qu’ils n’ont pas réalisé à quel point cette chanson allait être importante pour le groupe jusqu’à ce que la date de répétition avec l’orchestre soit fixée. Je jouais la partie piano qu’ils avaient d’ailleurs déjà entendue. Mais la version avec l’orchestre leur a vraiment fait prendre conscience du potentiel et ils se sont dits “Wouah, ça va être quelque chose d’important”.

Et c’est exactement ce qui a suivi. Quand je les ai vus à Saginaw, dans le Michigan, ils jouaient pour des garçons entre 15 et 16 ans. C’était fabuleux, il n’y avait quasiment aucune fille dans le public. Je me suis dit “voilà une super opportunité”. Leur show était tellement macho et chargé de testostérone que je ne pouvais pas imaginer des filles apprécier ça. Je leur ai dit que je voulais qu’ils soient des mauvais garçons, mais le genre de mauvais garçons pour lesquels toutes les filles voudraient venir à leur secours. Il fallait qu’ils aient une part de vulnérabilité.

Toute l’idée de l’album était de mettre en avant la sensibilité, il ne fallait pas que ça soit juste testicules et compagnie. Une des premières chansons écrites était Do You Love Me?. Pour moi c’était le meilleur symbole qu’ils pouvaient donner à l’album. De fait, cette chanson n’est jamais devenue un hit mais au moins elle donnait le ton».

Le producteur de légende Bob Ezrin revient sur 11 enregistrements qui ont marqué sa carrière.
Peter Gabriel – Peter Gabriel (1977)

"Ca a été un moment très important dans la vie de Peter. Il y avait tellement de choses en cours et tellement de questions qui se posaient. Il n’était pas vraiment sûr de ce qu’il voulait faire mais quand on s’est réuni, on a décidé d’explorer. On avait une bien meilleure idée de ce que l’on voulait comme décor sur scène que de la musique elle-même.

J’ai fait déménager Peter, sa femme Jill et leur fille Anna à New-York. Je leur louais l’appartement de Garson Kanin et Ruth Gordon, un endroit vraiment magique. Vous avez avec Garson un des plus grands écrivains et puis vous avez Ruth qui a joué dans Rosemary’s Baby. Peter venait aussi dans mon appartement sur la 52nd Street. Il pianotait différents airs pendant que j’étais dans mon bureau à l’étage et à chaque fois que j’entendais quelque chose qui me plaisait, je déboulais en disant “il faut qu’on enregistre ça !”, on mettait tout sur cassette. Finalement, on a rassemblé les parties que l’on aimait, en décidant d’une direction à suivre musicalement et Peter est retourné en Angleterre pour donner vie à cet album.

On s’est retrouvé à Toronto pour la pré-production du disque. On a travaillé dans le même studio où j’avais enregistré Love It To Death et on a utilisé les mêmes musiciens.

C’était une formidable expérience de pouvoir travailler avec Peter et ça a toujours été le cas depuis. On a enregistré plusieurs fois ensemble et on est encore de très bons amis. J’aime cet homme et sa famille de tout mon coeur. Je le trouve stimulant dans le travail. C’est un artiste avec un grand "A". Il me fait prendre de la hauteur".

Le producteur de légende Bob Ezrin revient sur 11 enregistrements qui ont marqué sa carrière.
Pink Floyd – The Wall (1979)

"The Wall est un aboutissement par excellence, sur le plan de la technique, des paroles et de la musique. C’est une des choses à laquelle j’ai participé dont je suis le plus fier. On était tous embarqués dans un avion supersonique, le moment n’aurait pas pu être meilleur pour recueillir l’essence de tous ces talents. Le résultat est que les nouvelles générations découvrent toujours l’album ce qui est pour moi le plus gratifiant. Je le considère vraiment comme un chef-d’oeuvre.

Caroline, la fiancée de Roger, avait travaillé avec moi à Londres. On l’avait engagée pour être notre représentante pour des choses sur lesquelles j’avais travaillé -Lou Reed, Alice Cooper- alors quand Roger a lancé l’idée d’inclure un producteur dans le projet pour travailler avec le groupe, elle lui a dit qu’il devrait m’en parler. Petite précision: quand j’ai commencé à travailler avec Alice Cooper en 1970, ils écoutaient du Rock-art Britannique et des choses que je n’avais jamais entendues auparavant (T-Red et Pink-Floyd). Ils m’ont fait écouter mon premier Pink Floyd et je suis devenu un fan absolu.

En fait, cette histoire remonte à plus tôt: Pink Floyd était au canada pour la tournée Animals, Caroline m’avait appelée pour dire bonjour et je les ai invités à un barbecue. Roger ne pouvait pas venir car il faisait des essais de son mais Caroline m’a invité au concert en me disant que l’on irait tous ensemble au show. J’étais dans la limousine avec eux et Roger a dit quelque chose à propos d’un mur qu’il voulait fabriquer entre le groupe et le public. Je crois que je lui ai répondu: “Wouah, c’est une super idée Roger”.

Caroline a donc mentionné mon nom à Roger et ce dernier étant d’accord, il a envoyé Steve O’Rourke (leur manager) à New-York pour m’en parler. Steve m’a demandé si je voulais aller voir Roger chez lui pour écouter des démos. C’est ce que j’ai fait et nous avons écouté deux projets, un qui est devenu The Pros And Cons Of Hitchhiking et l’autre était The Wall. A ce moment là, Roger ne savait pas vraiment lequel choisir. Je pense que tous étaient unanimes pour travailler sur The Wall. Ils étaient tout les deux brillants mais c’est celui qui me touchait le plus.

Sur le plan musical et conceptuel, travailler avec Roger était incroyablement stimulant. C’était parfois difficile mais également très excitant et exigeant. Il y avait tellement de choses qui se passaient. Roger et moi ne considérions pas uniquement le couplet d’une chanson, cela faisait toujours partie de quelque chose de plus vaste. Avec Roger, c’était comme travailler sur une production théâtrale. Avec les autres gars, c’était comme travailler avec un groupe de rock. Ils étaient tous supers. Nick (Mason) était un véritable bonheur, quelqu’un de vraiment intelligent et rempli d’humour. Rick Wright était un homme gentil et doux mais à l’époque il était très complexé dans sa relation avec Roger. J’étais désolé pour lui, pour la tournure que les choses ont prise à cette époque et j’ai pris sa défense. Il n’aimait pas se battre, c’était quelqu’un de passif.

Quand à David... Travailler avec lui procure toujours de grandes émotions musicales. Il est un des plus grands guitaristes de tous les temps. Il est toujours sobre et élégant dans son jeu. Il se met à jouer en sirotant son thé de temps en temps et vous êtes là à vous dire “Oh mon dieu... je viens d’écouter une des plus belles musiques qui soit”.

Comme pour le solo sur Comfortably Numb. Il s’est fait en une prise et pas la moindre car c’était la première ! La première fois qu’il l’a joué, tout était là. On a fait une centaine d’essais supplémentaires pour l’améliorer, mais sans succès. La première fois que je l’ai entendu, j’ai dit “c’est le meilleur solo que j’ai jamais entendu”. David a répondu “Non, non, je peux faire mieux”. Il a continué d’essayer mais il a finalement abandonné, il réalisa que nous avions ce qu’il y avait de mieux".

Le producteur de légende Bob Ezrin revient sur 11 enregistrements qui ont marqué sa carrière.
Pink Floyd – A Momentary Lapse Of Reason (1987)

"J’avais fini The Wall et puis il y a eu ce conflit entre Roger et moi. Il y avait deux aspects, d’un côté c’était vraiment ma faute et de l’autre les choses étaient hors de contrôle.

J’avais signé un accord de confidentialité pour The Wall et tout ce qui allait avec. Un jour un ami à moi, qui était également un journaliste spécialisé dans la musique rock, m’a appelé pour me dire que son magazine ne le paierait pas pour aller voir The Wall (on était sur le point de lancer le show à Los-Angeles). Il m’a dit “tu sais à quel point j’adore ce groupe, alors juste entre nous, qu’est-ce que je rate ? Qu’est-ce qu’il va y avoir dans le concert ?” Je lui ai demandé si cela resterait "off" et il m’a répondu, “absolument, c’est off”.

J’étais sur le point de dîner mais, étant excité par le show, je lui ai parlé de certaines choses que l’on préparait. La semaine suivante, le magazine Billboard écrivait “un dîner avec Bob Ezrin” et il révélait certains détails. Ça a rendu Roger fou furieux, ce qui était normal. Il avait travaillé très dur pour que tout soit gardé secret, c’était maintenant dans la presse et j’apparaissais comme le principal responsable. J’étais naïf de croire que cela resterait "off".

J’ai été mis à l’écart après ça. Ils ont fait appel à Michael Kamen pour l’album suivant, The Final Cut, c’est moi qui avait amené Michael à travailler sur The Wall. Roger ne voulait pas me parler. Finalement, après quelques années, il m’a appelé pour me demander de venir en Angleterre afin de discuter d’un nouveau projet. Il m’a dit “Pink Floyd n’existe plus et ils n’oseraient pas continuer sans moi”. Je lui ai dit que je ne pouvais pas me rendre en Angleterre -je m’occupais de Rod Steward ou Berlin- mais on s’est mis d’accord pour se rencontrer à New-York.

On s’est réuni et il s’est d’abord excusé. Il m’a dit “j’ai été très dur avec toi et je suis désolé. C’était un moment difficile dans ma vie et je n’ai pas été très correct”. J’étais très heureux d’être à nouveau en contact avec Roger Waters parce que je l’aime énormément. Il est une des personnes les plus fabuleuses que j’ai rencontrée.

On a passé de bons moments qui nous ont lié et il m’a dit qu’il voulait que je produise le nouvel album. Je lui ai dit que j’étais très intéressé et c’était fait. On a commencé par essayer des arrangements mais c’était très, très difficile. Je suis allé en Angleterre pour travailler avec lui et, une fois que nous avons commencé, on ne s’est plus arrêté. J’ai dû faire venir ma famille ce qui impliquait plusieurs choses et cela devenait de plus en plus difficile. Une nuit, ma femme s’est mise à pleurer. Il y avait beaucoup d’éléments qui rentraient en compte avec ma famille qui s’installait en Angleterre. On devait laisser le chien pendant plusieurs mois et les enfants devaient s’inscrire dans de nouvelles écoles. A la fin, elle m’a dit que c’était trop et que je ne pouvais pas travailler sur ce projet.

J’ai appelé Peter Rudge qui était le manager à ce moment là et je lui ai dit 'Peter, je ne peux pas le faire'. Il m’a répondu 'Tu vas me rendre fou. Je ne veux pas annoncer cette nouvelle à Roger'. Je lui ai dit que j’étais désolé, que j’avais vraiment essayé. Les choses étaient déjà bien avancées et l’album n’était pas loin. C’était vraiment tard pour se retirer du projet. Mais à la fin, ma femme l’a emporté, c’était comme ça.

Trois semaines après ça, je reçois un appel de David Gilmour qui me dit, 'Roger est parti mais on garde le groupe. On fait un album et on aimerait savoir si tu voudrais travailler avec nous. On a quelques idées de chansons, est-ce que je peux venir à Londres pour t’en parler ?' Je lui ai répondu 'oui bien sûr' parce que, vous savez, j’adore Dave aussi. Dave et le groupe ont un talent immense, c’était vraiment excitant.

Ce qui était vraiment différent était le fait que Dave m’ait dit 'bon, tu as une famille, j’ai une famille, pourquoi on ne partagerait pas ? on fait une partie en Angleterre et une partie ici'. C’était vraiment plus simple pour moi et ma famille et je lui ai dit “c’est bon pour moi”.

Roger était vraiment furieux et il pensait que je savais que les choses allaient se passer de cette façon après m’être retiré du projet. Il pensait que c’était une sorte de conspiration, que je l’avais laissé tomber pour qu’il se fasse doubler par Pink Floyd au moment de la sortie de l’album. Ce n’était pas le cas, je n’aurais jamais pensé de cette façon. Je me sentais juste beaucoup plus à l’aise car je restais à Los-Angeles où j’habitais.

On s’est mis à travailler sur Momentary Lapse. On a commencé le travail sur ce bateau-péniche de l’ère Victorienne que David avait acheté, un travail d’architecture magnifique. C’était un environnement très fertile, l’eau était magnifique et les idées fusaient. On a passé de très bon moments'.

Le producteur de légende Bob Ezrin revient sur 11 enregistrements qui ont marqué sa carrière.
Catherine Wheel – Adam And Eve (1997)

"C’est l’album avec lequel je suis revenu dans le monde de la musique. J’avais fait le tour en ce qui concerne les productions de disques et je me concentrais sur ma société, 7th Level. On faisait des jeux et des logiciels éducatifs pour ordinateur et nous étions les premiers à avoir proposé des animations sur pc. J’étais vraiment excité par ces projets et les disques ne me faisaient plus envie.

Merck Mercuriadis était agent à Sanctuary (il est d’ailleurs devenu le directeur de Sanctuary), c’était un gars de Toronto qui connaissait bien ma carrière. Quand il a rejoint Sanctuary, un de ses clients était Storm Thogerson, mon très cher et regretté ami. J’imagine qu’ils devaient parler de ce que je pourrais faire en studio. Ça a commencé avec Merck qui venait à 7th Level pour me dire qu’il arriverait à faire travailler Storm dans les multimédias intéractifs (un CD-ROM Storm) et à chaque conversation il me répétait, “mais bon, tu le sais, je vais te ramener en studio”.

Et c’est ce qu’il a fait. Il a continué à me pousser jusqu’à ce que cela marche avec Catherine Wheel. J’ai rencontré Rob (le chanteur-guitariste) et je me suis rendu à leurs répétitions. Les voir jouer et écouter la voix de Rob m’a vraiment donné envie de travailler avec Catherine Wheel. Rob a un talent phénoménal.

C’était une incursion en studio à un moment de ma vie où j’avais beaucoup d’autres responsabilités. J’ai accepté de faire l’album accompagné d’autre gars, je ne voulais pas être celui qui serait sur le pont tous les jours. J’ai passé autant de temps que possible avec eux et j’ai beaucoup travaillé également. J’ai vraiment passé de bons moments, surtout pour ce qui est du mixage, j’ai adoré cette partie".

Le producteur de légende Bob Ezrin revient sur 11 enregistrements qui ont marqué sa carrière.
30 Seconds To Mars – 30 Seconds To Mars (2002)

"Le manager du groupe, Athur Spivak, est un ami et il m’a appelé quand Jared Leto a décidé de lancer ce projet. J’ai aussi été contacté par un autre ami, Tony Berg, qui était le représentant du groupe. Du fait de la nature dramatique du projet, ils pensaient tous que j’étais la bonne personne pour bosser là dessus.

Et ils avaient raison. Je pense que Jared est fabuleux. C’est quelqu’un qui a une vision singulière doublée d’un tempérament obsessionnel. Il sait ce qu’il veut et il ne lâche rien tant que le résultat n’est pas là.

Le premier album représentait une sorte d’apprentissage pour Jared, c’était une étape importante dans son développement personnel, ce qui était une bonne chose. L’album n’est pas aussi bon que les disques de 30 Seconds To Mars qui ont suivi (Jared s’est amélioré vraiment rapidement). Il a un grand talent.

On est tous curieux de suivre des acteurs qui se lancent dans quelque chose de différent, de voir comment ils s’impliquent. Les frères Leo jouent ensemble depuis longtemps et ça a toujours été un rêve pour eux que de devenir des rock stars. C’est la même chose avec Johnny Depp, qui est allé à L.A. afin d’obtenir un bon contrat pour son groupe. C’est difficile pour les types qui ont du talent dans des domaines différents, les gens peuvent être sceptiques. Dans le cas de Jared, il faut considérer le fait qu’il est un acteur incroyable et magnétique (sa présence à l’écran est indiscutable). Mais l’histoire a montré que son premier choix de carrière était décisif".

Le producteur de légende Bob Ezrin revient sur 11 enregistrements qui ont marqué sa carrière.
Deftones – Saturday Night Wrist (2006)

"J’étais avec le groupe à un moment de transition pour eux, ça a été un disque difficile. Au final, je ne suis pas sûr que cela ait été une bonne collaboration. Il y a eu des conflits et quelques fois des accrochages même, au moins entre Chino et moi.

Ils ont tous un talent incroyable et ils sont uniques du fait du lieu où ils ont grandi, de leur géographie culturelle et de leurs goûts individuels. Avec tous ces éléments, vous obtenez un groupe doué et vraiment éclectique.

J’aimerais tant que Chi soit encore parmi nous. J’avais une affection profonde pour lui et j’ai vraiment apprécié mon travail avec lui. Il était trés créatif et très sensible".

Le producteur de légende Bob Ezrin revient sur 11 enregistrements qui ont marqué sa carrière.
Deep Purple – Now What?! (2013)

"Les choses se sont faites quand Neil Warnock, le fondateur de The Agency Group, est venu me voir en disant “je veux que tu produises le prochain album de Deep Purple”. Ce à quoi j’ai répondu 'je ne pense pas, non', parce que je travaillais déjà avec Alice Cooper et je ne voulais pas qu’on me prenne pour un vétéran. Il a rétorqué 'oui mais là c’est différent. Tu dois venir voir le groupe'.

Je suis allé les voir jouer et au milieu du set ils ont fait ce boeuf pendant lequel ils jouent comme un orchestre. Steve Morse, Don Airey, Ian Paice and Roger Glover, chacun d’eux semble être le meilleur musicien qui puisse monter sur une scène de concert rock. Et quand Ian Gillan chante ces chansons classiques, il a toujours une voix incroyable. Ils m’ont stupéfié. La réaction du public par rapport à leur musique était tout simplement incroyable, plus personne ne fait ce qu’ils font. C’est ce qui touche vraiment le public.

Je suis allé les voir et je leur ai dit 'si vous voulez être un groupe moderne qui se bat pour passer à la radio, il vaut mieux que vous vous adressiez à quelqu’un d’autre parce que je ne pense pas que cela soit possible'. Vous ne pouvez pas entrer en lice sur le même terrain que des groupes d’aujourd’hui. Mais si vous voulez rester vous-même et faire un album qui soit la quintessence de Deep Purple, alors on peut discuter. Roger a eu la meilleure réponse: 'on veut remettre le Deep dans Deep Purple'.

Cet album devait capturer ce qu’est le groupe sans les amener vers ce qu’ils ne sont pas. On était obsédé par un album qui soit un véritable Deep Purple. Il n’y a pas eu de conflits véritables mais à certains moments je leur ai dit que les choses devaient se faire différemment. Heureusement, ils ont trouvé mes idées stimulantes et on a développé une relation de confiance.

C’était une collaboration vraiment naturelle. On avait tous un langage musical similaire et, si ce n’était pas toujours exactement le même, on se comprenait. Tout le monde venait travailler en étant animé par ce qu’il faisait et on a tous donné le meilleur".

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