Kenny Wayne Shepherd parle de son nouvel album Goin' Home titre par titre

22nd May 2014 | 12:35

Kenny Wayne Shepherd parle de son nouvel album Goin' Home titre par titre
Kenny Wayne Shepherd parle de son nouvel album Goin' Home titre par titre

Sur son huitième album studio, Goin' Home, Kenny Wayne Shepherd emmène ses fans en balade sur le chemin nostalgique des chansons et des artistes qui ont éveillé son amour du blues. Ce guitariste primé n'avait pas à l'origine prévu de s'attaquer à des classiques du blues sur ce nouveau disque, mais un séjour récent dans sa ville natale de Shreveport, en Louisiane, a finalement scellé cette nouvelle direction.

"Quand je me suis retrouvé à Shreveport, j'ai commencé à méditer sur ma vie et ma carrière", confie Kenny Wayne Shepherd. "Les souvenirs ont afflué et je me suis revu jouer de la guitare et écouter de la musique dans le salon de ma maison d'enfance. Je suis carrément reparti en arrière. Du coup, je me suis dit 'C'est là que tout a commencé pour moi. C'est le meilleur endroit pour composer ce disque'."

Il n'a pas eu à se déplacer bien loin. Les Blade Studios, construits et gérés par son ami de longue date Brady Blade (batteur et producteur respecté qui a travaillé avec Emmylou Harris, Steve Earle et Dave Matthews parmi tant d'autres) se sont établis comme le premier studio d'enregistrement ultra moderne de Shreveport. Kenny Wayne Shepherd et son groupe (le chanteur Noah Hunt, l'ex batteur de Stevie Ray Vaughan et de Double Trouble Chris Layton, l'ancien bassiste de Firm Tony Franklin et le claviériste Riley Osbourn) ont garé leur bus de tournée devant les Blade Studios et ont pondu 22 titres en 11 jours.

"Je voulais rester fidèle à l'esprit des enregistrements d'origine", explique Kenny Wayne Shepherd. C'est pour cette raison qu'on a enregistré live et qu'on a limité les repiquages. On s'est tous installés dans la même pièce, avec la batterie qui s'entendait dans les micros pour la voix et les amplis guitare dans les micros pour batterie. Dans ce genre de situation, tu fais en sorte de réussir ton enregistrement dès la première prise. C'était vraiment fun, en fait.

Les overdubs ont joué un grand rôle quand il a fallu enregistrer avec les artistes invités sur l'album". Goin' Home fait en effet étalage d'une collection phénoménale de musiciens de renom : Ringo Starr, Joe Walsh, Warren Haynes, Keb' Mo', Robert Randolph, le frontman des Fabulous Thunderbirds Kim Wilson et le Rebirth Brass Band. "Comme vous vous en doutez sûrement, ce n'est pas évident de demander à tous ces musiciens au talent extraordinaire de se déplacer jusqu'à Shreveport pour que leur visite coïncide avec notre court séjour", confie Kenny Wayne Shepherd. "Ce sont des gens très occupés et qui voyagent beaucoup, en plus. Du coup, le plus simple a été de leur envoyer la musique afin qu'ils puissent ajouter leurs parties respectives dessus."

Ringo Starr, que Kenny Wayne Shepherd compte au nombre de ses amis depuis maintenant 11 ans, joue de la batterie sur le titre Cut You Loose. "J'étais en fait dans le home studio de Ringo quand il a enregistré ses overdubs", déclare Kenny Wayne Shepherd. "Qu'est-ce qu'on peut dire de Ringo ? C'est un batteur au talent incommensurable et une des plus grandes légendes de la musique. Sa participation sur mon album est un très grand honneur."

Il ajoute "Je suis très reconnaissant à tous ceux qui ont donné de leur temps pour participer à ce disque. C'était une expérience fantastique que de partager cette musique avec tous, et il me tarde vraiment que mes fans découvrent tout ça."

Dans les pages suivantes, Kenny Wayne Shepherd parle de Goin' Home titre par titre. L'album est actuellement disponible en Europe sous le label Mascot Label Group.

Kenny Wayne Shepherd parle de son nouvel album Goin' Home titre par titre
Palace Of The King
En hommage à Freddie King

"À l'origine, ce titre était joué par Freddie King. Je pensais le jouer, puis j'ai aussi pensé à Boogie Man, un autre de ses titres. Chris Layton m'a dit 'Hé ! Et Palace Of The King ?'. Je lui ai dit que j'allais y réfléchir, que je n'étais pas sûr."

"Pour Chris, d'un point de vue de batteur, c'est vraiment une super chanson à jouer. Je me suis donc dit 'Hé ! Si quelqu'un a une suggestion à faire, autant voir ce que ça peut donner'. On a décidé de l'enregistrer et elle a sonné à merveille. Voilà ! Avec le choeur de femmes et le Rebirth Brass Band qui joue des cuivres, il y a beaucoup de parties qui envoient. L'ensemble donne vraiment cette impression de foncer vers l'avant. C'est un titre bourré d'énergie, un titre d'intro qui déménage."

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Everything's Gonna Be Alright
En hommage à Magic Sam

"J'ai toujours été un grand fan de Magic Sam, à tel point que la chanson Somehow, Somewhere, Someway de mon second album est en fait destinée à lui rendre hommage, du moins la manière dont le riff de guitare est joué. C'est ma version personnelle d'un plan à la Magic Sam.

J'ai toujours voulu jouer Everything's Gonna Be Alright mais, jusqu'à présent, je ne lui ai jamais trouvé la bonne place sur mes albums. Quand je me suis lancé dans la réalisation de ce disque, cette chanson se trouvait tout en haut de ma liste. Pour moi, Magic Sam est l'un de ces musiciens incroyables qui n'ont pas obtenu la reconnaissance qu'ils méritent.

Plus je vieillis, plus je suis attiré par un style optimiste de blues, par ces chansons qui célèbrent la vie, l'amour et les femmes. Ce titre parle à la base d'un gars qui déclare son amour à une femme et qui lui dit que tout va bien se passer. C'est ce qu'il ressent et il n'a pas peur de l'exprimer.

Sur cette chanson et sur quelques autres, j'ai demandé à Tony de jouer de la contrebasse. C'est ce qui donne ce son old school authentique à la chanson. Willie Dixon, qui a écrit beaucoup de ces chansons à l'époque, jouait de la contrebasse sur beaucoup de ses disques. C'est une sensation particulière que d'entendre la contrebasse sur certaines de ces prises. Pour moi, c'est tout à fait le son qui correspond."

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I Love The Life I Live
En hommage à Muddy Waters

"C'est une chanson incontournable de Muddy Waters. C'est Kim Wilson qui joue de l'harmonica ; Joe Walsh joue le premier solo de guitare en milieu de titre et la première partie en fin de chanson.

C'est encore un de ces titres blues très positifs : 'I love the life I live, and I live the life I love’. Tout est là. Ça parle d'apprécier la vie et de s'éclater. La chanson est un shuffle, et bien sûr j'ai l'un des meilleurs musiciens de la planète pour ça (Chris Layton).

Je pense qu'on a su reproduire la vibe Muddy Waters, ce qui était réellement important pour moi puisque Muddy est l'un de mes plus grands héros blues de tout temps.

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The House Is Rockin'
En hommage à Stevie Ray Vaughan

"Je n'étais pas parti pour reprendre une chanson de SRV. Tu sais, ce qui m'épate c'est que, après 20 ans de carrière, il y a encore des gens qui n'arrivent pas à comprendre la grande influence que Stevie Ray Vaughan a eu sur moi en tant qu'artiste. J'avais pas vraiment envie d'avoir affaire une fois de plus à des gens qui allaient dire 'Il n'y a qu'un SRV. Tu te prends pour qui à essayer de reprendre ses chansons ?' etc etc. C'est bon, on connaît le refrain.

C'est Chris qui m'a encouragé à l'inclure. Il m'a dit 'Comment est-ce que tu peux sortir un disque avec certains des artistes qui t'ont le plus influencé et ne pas avoir une chanson de SRV ?'. Je me suis dit : 'Si c'est Chris qui me le dit, je me fous de ce que pensera le reste du monde'. M'entendre dire de reprendre une chanson de Stevie Ray Vaughan par un membre de Double Trouble... y'a rien de mieux. Ceux à qui ça ne convient pas peuvent aller se faire foutre. [Rires]

Je voulais choisir une chanson qui ne soit pas l'une de celles auxquelles tout le monde s'attend. Quand les gens pensent SRV, ils pensent Pride And Joy, Texas Flood ou quelques autres titres qui viennent spontanément à l'esprit. Je voulais jouer The House Is Rockin'. On avait besoin d'une autre chanson bien rythmée : celle-là était parfaite. Chris l'adore, je l'adore, et je peux la chanter assez facilement.

Je trouve que la version originale est parfaite, donc on n'a pas vraiment changé grand chose si ce n'est que j'ai rallongé la partie solo. Riley joue son propre solo de piano mais sans pour autant piquer celui de Reese [Wyans, le claviériste de Double Trouble]. Quand je joue mon solo, je le démarre comme Stevie, mais après ça je fais mon propre truc. Je l'appréhende de la même manière que Stevie par contre, et ça c'est un vrai clin d'oeil à son intention mélangée à ma touche perso."

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Breaking Up Somebody's Home
En hommage à Albert King, featuring Warren Waynes (ci-dessus)

"C'est grâce à Warren Haynes qu'on a choisi celle-là. Il y a deux ans, on s'est retrouvés sur les mêmes concerts et Breaking Up Somebody's Home est l'une des chansons sur lesquelles on a joué ensemble. C'est Warren qui a suggéré qu'on la joue, et quand j'ai écouté le résultat, je me suis dit 'Waouh ! En effet, ça sonne super bien'.

Quand on a parlé de faire cet album, je savais qu'il fallait inclure cette chanson. J'ai appelé Warren et je lui ai demandé s'il l'avait jamais enregistrée. Il m'a répondu qu'il n'en avait jamais fait de version studio et je lui ai donc demandé s'il verrait un inconvénient à ce qu'on en fasse une sur notre album. Et je lui ai bien sûr demandé de chanter et de jouer de la guitare dessus.

C'est finalement à Warren que l'on doit la présence de cette chanson sur notre album, et je suis heureux que tout se soit bien déroulé et qu'il fasse partie des musiciens qui se produisent sur ce disque. Il y joue de manière incroyable."

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You Done Lost Your Good Thing Now
En hommage à BB King

"Il y a tellement d'autres titres de BB King qu'on aurait pu jouer. C'est vraiment difficile de n'en choisir qu'un seul. La version originale de cette chanson se trouve sur un disque titré Live At The Regal, et c'est vraiment un morceau extraordinaire.

Là c'est vraiment mon groupe à 100%. C'est du studio live en une seule prise. C'est le tout premier slow blues que j'ai enregistré sur disque depuis Shame, Shame, Shame, à l'exception de l'enregistrement de l'album 10 Days Out. Je pense que nos fans brûlent de nous entendre chanter un slow blues depuis longtemps déjà. Le voilà maintenant sur disque."

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You Can't Judge A Book By The Cover
En hommage à Bo Diddley

"J'ai fait la connaissance de Bo Diddley quand j'avais 15 ans. La première fois que je suis parti en tournée, je faisais la première partie de BB King. C'était d'abord mon groupe puis Bo Diddley, et ensuite BB King. Bo était venu sans musiciens, du coup, après notre passage, on remontait sur scène et on jouait avec lui. Je ressens une vraie connexion avec lui.

Chris a suggéré cette chanson parce que c'est l'une des seules chansons de Bo sur laquelle on n'entend pas son fameux beat caractéristique. J'adore. C'est une chanson qui transmet un super message positif et une énergie du tonnerre. Elle te donne tout bêtement la pêche. Le père de Brady, Brady Sr (il est pasteur à Shreveport) est venu au studio pour voir ce qui se passait. Il a dit à tout le monde qu'il allait chanter cette chanson, et il l'a fait. C'est Noah et lui que l'on entend chanter en studio."

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Boogie Man
En hommage à Freddie King

"Ça c'est une autre chanson de Freddie King. C'est l'un des premiers titres que j'avais envie de jouer sur cet album. J'adore les batteurs et les pianistes, et sur l'album d'origine, c'est Leon Russell qui joue du piano sur cette chanson. C'est le piano qui porte toute la chanson, d'une certaine manière. Ça lui donne comme un groove insaisissable, presque hynotique.

À l'époque, les bluesmen étaient du style Don Juan, tu vois, à se vanter de leurs prouesses, quoi ! [Rires] C'est ce style de chanson, ‘I’m the boogie man, no one can do it like I can (le boogie-woogie, c'est moi, et personne n'est meilleur que moi)’. C'est ce genre de frime que je trouve fun.

Des gars comme BB, Albert Collins et Freddie King n'avaient pas l'habitude de jouer d'un bout à l'autre de leurs chansons. Ils jouaient simplement les riffs puis les solos. En live, je joue généralement la guitare rythmique, les riffs et les solos. Du coup, quand on a enregistré ce titre, je l'ai joué comme les gars de l'époque, en m'effaçant pour laisser le reste du groupe porter la chanson, puis en jouant les riffs et le solo, comme l'aurait fait Freddie."

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Looking Back
En hommage à Johnny 'Guitar' Watson

"La chanson originale était de Johnny 'Guitar' Watson, mais on en a fait quelque chose d'hybride entre celle-ci et la version de John Mayall. J'aime bien le couplet que John Mayall a un peu modifié, celui qui parle de la fille aux cheveux blonds que tu voudrais suivre partout.

Johnny 'Guitar' Watson est l'un de ces musiciens que beaucoup de fans de blues moins avertis risquent de ne pas connaître, mais c'était un super guitariste. C'était un innovateur qui se réinventait régulièrement pour rester à la pointe de la scène musicale. Je tenais à lui rendre hommage."

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Cut You Loose
En hommage à Buddy Guy et Junior Wells, featuring Ringo Starr (ci-dessus)

"Il existe plusieurs versions différentes de cette chanson, mais celle à laquelle on rend hommage est une version acoustique qui a été jouée par Buddy Guy et Junior Wells. Sur la leur, il y avait une guitare acoustique et Junior Wells chantait. Buddy chantait à l'unisson avec lui sur le refrain.

On l'a un peu électrifiée. Un peu de batterie et une basse électrique, et j'ai fait un solo à la wah-wah dessus. C'est Noah qui chante et je m'occupe des harmonies. On a trouvé que ça sonnait bien, et c'était sympa de donner une texture différente sur disque à cause de la guitare acoustique.

La partie batterie de Ringo est juste énorme. Les gens ne le savent peut-être pas, mais c'est un grand fan de blues. Il apprécie vraiment ce style de musique, tout comme tous ceux qui ont pris part à ce disque."

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Born Under A Bad Sign
En hommage à Albert King

"C'est une chanson très mainstream et du coup, à cause de ça, j'ai failli ne pas l'inclure sur l'album. Keb' Mo' chante et joue de la guitare dessus, et il a fait un boulot tellement incroyable que je n'ai pas pu ne pas l'inclure. C'est vraiment génial. En plus j'ai le Rebirth Brass Band dessus et ils déménagent !

Il nous est arrivé de jouer cette chanson sur scène de temps en temps. En fait c'est la chanson que tu entends au moment où l'on monte sur scène. C'est la chanson qui nous donne le signal de départ, qui nous prépare à nous donner à notre public et à faire un bon concert. À cet égard, elle a une signification importante pour nous.

Le groove est génial, les parties piano sont intéressantes. C'est un super morceau de bout en bout."

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Still A Fool
En hommage à Muddy Waters, featuring Robert Randolph (ci-dessus)

"Sur celle-ci, il y a Robert Randolph, et il est bien sûr fantastique. L'originale était de Muddy Waters, l'une de mes préférées de tout temps.

Tu sais, ce qui est marrant c'est qu'une des raisons pour lesquelles je n'ai pas chanté les parties vocales lead pendant longtemps était que je n'arrivais pas à accepter le fait que j'avais une voix de gosse et non pas le style de voix de Muddy Waters. C'était sa voix que je voulais avoir. Je ne voulais rien de moins. C'est pour ça que je n'ai pas pu me résoudre à chanter cette chanson pendant longtemps. J'ai dû patienter en attendant que ma voix se prête un peu mieux à ce que je recherchais. Il m'a aussi fallu arriver à capturer la vibe de Muddy Waters. Il fallait que je me sente capable de gérer tout ça comme il faut.

C'est sur cette chanson que je me suis le plus laissé aller à prendre des libertés. Sur l'originale, c'était Muddy Waters et sa guitare ; sur ma version, c'est Robert qui joue, et moi aussi avec le concours d'un Octavia et d'un delay analogique. Je joue d'une acoustique via un ampli qui sature, ce qui sonne super bien. Les batteries sont repiquées par un seul micro, en plus. Tu fais un mix de tout ça et tu te retrouves avec quelque chose d'assez décalé par rapport à l'originale.

On a pensé que c'était une super chanson pour clôturer l'album parce que c'est la plus 'Kenny Wayne Shepherd' du lot. Elle te donne le sentiment que c'est ce que tu es en droit d'attendre sur mon prochain disque. C'est pour ça qu'on a pensé que c'était une bonne idée de terminer de cette manière, en ouvrant la porte du futur à nos fans."

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