Dwight Yoakam plébiscite 15 enregistrements fondamentaux de guitare

23rd Jul 2013 | 11:20

Dwight Yoakam plébiscite 15 enregistrements fondamentaux de guitare
Dwight Yoakam plébiscite 15 enregistrements fondamentaux de guitare
Yoakam sur scène au Jamboree In The Hills, Morristown, Ohio, juillet 2013

Le jeu de guitare de Dwight Yoakam a toujours eu cette tendance dissendente et audacieuse que l'on retrouve dans sa production de disques, une sorte de collision enthousiaste de type 'et alors ?' entre le style honky tonk du groupe de métal Bakersfield et le style ambiant du Cavern Club de Liverpool. Avec en plus une bonne lampée de garage punk L.A. pour arroser le tout.

Quand MusicRadar a proposé à Dwight Yoakam de compiler une liste de ses 10 albums de guitare préférés, cet individualiste invétéré a décidé, et ça n'étonnera personne, de faire un petit détour et de glaner en chemin non pas 10, mais 15 'enregistrements' de guitare qui font vibrer son monde rock. "Une chanson fait quelquefois preuve d'une telle brillance qu'elle éclipse tout le reste", nous dit Yoakam. "Il existe de nombreux albums fondamentaux aux yeux des guitaristes, mais dans ce monde dominé par l'Internet (je pense à Spotify et aux autres sites du même genre), tout tourne autour des exigences rattachées à la longueur de chaque morceau. J'en reviens souvent moi-même à ces trois minutes qui comptent tant."

Yoakam nous précise rapidement qu'il a évité sans autre forme de procès la liste de ceux qu'il appelle les 'mecs-qui-se-veulent-guitar-héros', et sa sélection (qui ne contient rien au-delà de 1974 et qui se concentre essentiellement sur les rockers anglais) peut sans hésitation être considérée comme celle des '15 riffs de guitare fondamentaux'. Comme il nous l'a expliqué, "C'est le riff qui fait le succès d'un enregistrement de guitare. C'est sur lui que repose la chanson. Quand vous avez votre riff de guitare, vous avez l'essence de votre chanson."

Concernant son propre travail de guitariste, tout comme les enregistrements qu'il révère, ses critères de qualité sonore en terme de guitare sont plutôt simples. "Pas de compression, ou le moins possible. C'est comme ça que vous obtenez un bon enregistrement", nous dit-il. "Mais il vous faut un argument puissant et intéressant, et c'est dans le riff qu'il se trouve. C'est mon opinion depuis l'âge de 14 ans, et je suis toujours du même avis aujourd'hui."

Dans les pages suivantes, Yoakam nous fait découvrir la liste de ses 15 enregistrements de guitare préférés. Un mélange fascinant de purs joyaux anglais et américains qui ont tous une caractéristique bien définie en commun. "Chaque titre possède un riff plein d'une émotion palpable qui accroche immédiatement", nous dit-il. "Tu l'entends et tu es tout-de-suite pris dans la chanson."

Dwight Yoakam plébiscite 15 enregistrements fondamentaux de guitare
Dave Edmunds – I Hear You Knocking (1970)

"Ecoutez cette guitare ! Incroyable ! Il me semble avoir lu quelque-part que Dave a tout joué lui-même sur ce disque. Il y a d'ailleurs un morceau de piano aussi, sur ce disque. C'est un accord qu'on trouve en milieu de morceau. Le 'Dunnn !' qu'il fait. C'est en fin de pont, et ça déchire."

"Le son de la guitare est épais, grossier, grunge, et il a un impact immédiat sur le plan émotionnel. Il interpelle tout-de-suite son auditeur."

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Badfinger – No Matter What (1970)

"Celui-là, c'est plus un riff d'accords, mais qui t'accroche dès la première note. J'adore tous les morceaux instrumentaux de Badfinger, mais celui-là en particulier. Il a un son doux et audacieux à la fois. C'est un super mix quand tu arrives à obtenir cette perfection."

"J'ai acheté l'album Magic Christian parce qu'il avait Come And Get It dessus, et parce qu'il y avait aussi une autre chanson de Badfinger dessus, Day After Day, avec une partie de guitare magnifique jouée par George Harrison. Mais la partie de guitare de No Matter What a un impact pêchu instantané que tu n'oublies jamais."

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T. Rex – Electric Warrior (1971)

"Là, c'est de tout l'album qu'il s'agit. Il y a Get It On, le seul vrai gros hit de Marc Bolan aux States, mais le reste de ce disque est tout aussi puissant. Il sonne toujours aussi moderne aujourd'hui et comparable en ça à ce que produisent les Foo Fighters."

"Si vous vous penchez sur le travail des White Stripes et de pas mal d'autres groupes, vous vous rendrez compte qu'ils ont beaucoup emprunté à Marc Bolan. Ce gars était un visionnaire et très en avance sur son temps. Les riffs de guitare sont purs. Ce sont des riffs de génie et ils déchirent."

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David Bowie – Rebel Rebel (1974)

"La sonorité et la simplicité superbe de ce riff de guitare ne vieillissent pas. Et encore moins en bagnole. [Rires] Ça bouge tout-de-suite dès que cette chanson démarre, et tout ça vient de ce super morceau de guitare."

"Il y a une telle arrogance dans ce morceau ! Mais encore une fois, et comme pour la plupart de ces chansons, c'est la guitare qui semble porter toute la signification des paroles. Quand tu peux donner cette sorte d'attitude à ton son de guitare, tu y es presque."

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Creedence Clearwater Revival – Green River (1969)

"L'intro. Juste ça [il fredonne le morceau]. C'est une mélodie à part entière, c'est la chanson. C'est le morceau le plus simple du monde. Celui qu' un gars peut jouer sur sa guitare assis sur son perron. Tu rentres directement dans la mélodie, de là. C'est une petite ligne de riff tout en finesse qu'il faut juste jouer comme ça, simplement."

"La chanson est superbe de bout en bout, mais le riff, le son et l'exécution du morceau, ça c'est tout l'esprit de ce titre."

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Creedence Clearwater Revival – Born On The Bayou (1969)

"Ce lick d'intro est contagieux. Une sorte de ronronnement de guitare qui déferle et qui marque ce titre d'une empreinte musicale indélébile. La chanson démarre avec ce riff, et ce riff devient un thème qui empreint tout le reste."

"J'adore ce genre de licks instantanément reconnaissables. C'est vrai, quoi, c'est le genre de morceau que tu t'évertues toujours à écrire. Tu prends ta gratte, tu y joues quelques notes ou quelques accords et tout le monde te dit 'Ah ouais ! Born On The Bayou'. Fogerty était un expert en la matière".

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Creedence Clearwater Revival – Bad Moon Rising (1969)

"Celui-là, je l'ai sélectionné pour les raisons que j'ai déjà données à propos des autres chansons des Creedence. Je parlais au bassiste de John et il m'a dit que John descend son accordage d'un degré entier. Ça paraît tout-à-fait logique parce qu'on ne peut pas jouer ce riff avec un accordage classique et s'attendre à ce qu'il sonne comme sur le disque."

"Je crois qu'à l'origine John l'a joué sur une Les Paul. Il jouait d'une Rickenbacker à cette période-là aussi, mais ici c'est le son d'une Les Paul qu'on entend. Les micros. Mais j'ai entendu dire qu'il a placé un humbucker sur sa Rickenbacker aussi."

"Autre chose que je trouve géniale, c'est la manière dont John attaque l'électrique comme s'il jouait d'une acoustique. C'est ce qui crée cette dynamique, qui donne du ressort à la performance. J'adore ce mouvement que ça lui donne."

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Free – All Right Now (1970)

"Ce qui est intéressant dans ce cas-là, c'est que j'ai lu quelque-part que la chanson a été écrite par le jeune bassiste de 17 ans [Andy Fraser], dans sa loge. Le groupe n'arrêtait pas de dire 'On quitte toujours la scène sur des chansons un peu déprimantes ; il nous faut quelque-chose de plus positif pour clôturer le concert'. Ce jeune gars a pris sa basse en main, a commencé à fredonner, et il a sorti ce super riff de guitare."

"Le son de Paul Kossof est vraiment du solide. Il possède une sorte de roulement battant plutôt cool, un roulement un peu étouffé sur la troisième corde de cette fréquence musicale. Il a frappé juste, là. Mais ce qui est d'autant plus important, c'est que la précision du jeu ne l'emporte jamais sur cette émotion profonde."

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The Beatles – Day Tripper (1965)

"Pour autant que j'aime George Harrison, c'est à John Lennon que je tire mon chapeau ici. Le jeu de George répond au riff de John, mais je pense que c'est John qui joue le lick principal."

"C'est un de ces morceaux de guitare auquel on ne peut pas échapper. Je ne me lasse jamais de le jouer. Même ces jours-ci, quand je suis assis là à rien faire, avec une guitare à la main, j'ai envie de jouer ce morceau. [Il joue le riff.] Voilà, vous voyez ! Mes doigts le jouent tout seuls, spontanément. C'est une sensation agréable. C'est un riff qui possède texture, mouvement, structure mélodique, qui a une attitude. Il a tout, en fait."

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The Beatles – Bad Boy (1965)

"La façon dont John Lennon attaquait les riffs rythmiques était extraordinaire. Il n'y a pas de riff principal à proprement parler dans cette chanson. Tout est dans le rythme. John assène ses accords en avant de cet air et secoue tout le monde."

"Il y a également un morceau blues dans cette section, mais c'est le cri de ralliement enthousiaste de John qui clame 'We're ready to rock'. Ça me fait le même effet à chaque fois. Il existe un art qui consiste à frapper un accord avec une certaine autorité, voire une autorité certaine, et Lennon était un expert dans ce domaine."

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The Beatles – Revolution (1968)

"John Lennon avait cette Casino dont il ne s'est jamais séparé. Il l'a usée jusqu'à la trame. Et quand tu as ces P-90 qui hurlent... oh, yeah ! C'est ça le son de Revolution. Il n'existe rien de comparable à ce son."

"La version acoustique feutrée de Revolution sur le 'White Album' est splendide, mais là où ce morceau a le plus d'impact, c'est sur la version single sur laquelle John met le feu à sa Casino. Ça te secoue, ça te déchire. C'est l'un des sons de guitare les plus colossaux et les plus énergiques que j'ai jamais entendus."

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Led Zeppelin – Whole Lotta Love (1969)

"Pour moi, Jimmy Page utilisait sa guitare à la fois comme un outil et comme une arme dans cette bataille qu'il menait sur le front des arrangements et de la mise-en-forme. Il l'utilisait un peu comme un olifan. Quoi qu'il fasse, sa guitare sort du lot et ponctue la chanson de bout en bout."

"Dans Whole Lotta Love, la guitare est tout aussi spectaculaire au début qu'en milieu et en fin de morceau. A 13 ans, si tu tombes sur ce titre, tu es fait comme un rat. A l'époque, les puristes du blues ont peut-être émis des hurlements outrés aux innovations de Led Zeppelin, mais on ne les entend plus depuis. A juste titre."

"Ecoutez cette chanson aujourd'hui et vous verrez bien qu'elle exsude tout autant de puissance qu'au jour de sa sortie. Elle transcende sa structure-même. Elle donne une tout autre dimension au blues. Whole Lotta Love est grandiose, un peu style Gaudi dans son genre. Jimmy Page est en fait le Gaudi du rock 'n' roll."

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The Rolling Stones – Honky Tonk Women (1969)

"Ce riff est vraiment un truc de génie. Et on le doit essentiellement à cette performance ronronnante de Keith sur sa cinq-cordes. Quand quelqu'un essaie de le jouer sur une six-cordes, l'émotion contenue dans l'ADN sonore de ce morceau en prend un coup. Il faut le jouer façon Keith, mais il se peut bien qu'il soit le seul gars à pouvoir réaliser ce tour de force."

"En l'absence de corde de mi mineur, l'espace laissé dans le son a toute son importance dans le contexte du son d'ensemble. Du coup, cet espace est vital et on ne peut obtenir ce résultat que sur une cinq-cordes. Je me rappelle que Keith a écrit quelque-chose dans son bouquin à propos de cette sixième corde qu'il considérait comme une entrave, et il avait bien raison."

"C'est Ry Cooper qui a montré à Keith comment jouer en accord ouvert. Tout ce que Keith a accompli sur sa cinq-cordes possède cette qualité qui repose sur cet espace cool. Il manque quelque-chose, et c'est tout-à-fait ce qu'il fallait ! Honky Tonk Women en est l'exemple par excellence. Il joue de l'air, en fait. Comme s'il utilisait une tout autre fréquence."

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James Gang – Funk #49 (1970)

"Joe Walsh. C'est mon héros ! Je n'oublierai jamais Funk 49. Je me rappelle que je me suis fait jeter de plusieurs restos parce que je ne pouvais pas m'empêcher d'écouter ce morceau en boucle sur le juke-box. C'était à l'époque où tu pouvais mettre un 'dime' dans le juke-box pour écouter une chanson. Je me procurais l'équivalent d'un dollar en 'dimes' et je mettais Funk 49 tout le temps. Ça rendait les gens fous."

"Un jour j'ai demandé à Joe 'Tu as utilisé quel style de guitare sur cette chanson ?', et il me fait [il imite Joe Walsh] 'C'était une Telecaster Custom 1962'. J'ai pensé 'Une Tele... tu m'étonnes qu'elle a ce mordant !'. Et j'ai dit 'Ouais, branchée sur un ampli Fender Champ'. Et ça tu peux l'entendre. C'est ce mix qui rend ce son."

"La virtuosité de ce riff, ce magnétisme, ces percussions rythmiques : ça me laisse toujours sur le cul. Joe savait pertinemment qu'une guitare fait partie de la section rythmique. C'est de là que vient l'explication. C'est le rythme, la cadence, ce tempo."

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The Hollies – Long Cool Woman (1972)

"L'intro de cette chanson possède un riff construit sur une gamme musicale triée sur le volet. Elle est superbement mélodique dans la manière dont elle décroît. La mélodie fait partie intégrante de ce titre. Avec ce morceau, c'est comme si tu tombais du haut d'une falaise. Tu descends, tu descends. Tu es sous l'emprise du groove."

"C'est presque du 'Jimmy Reed rencontre Elmore James', réinterprété par des rockers pleins de cette fougue de jeunesse. Ça te ramène au rock 'n' roll des tout débuts. Ce son qui rendait si bien au sortir de la baffle unique de ta bagnole et qui provenait de cette guitare volumineuse, tu sais ? Mais quel que soit l'appareil que tu utilises pour l'écouter, c'est un riff qui reste toujours à l'avant-plan."

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