Du folk à l'indie : la scène acoustique sous le feu des projecteurs

16th Sep 2013 | 23:10

Du folk à l'indie : la scène acoustique sous le feu des projecteurs
La scène acoustique sous le feu des projecteurs
Dix de nos jeunes artistes et groupes acoustiques préférés

La guitare acoustique vit une période dorée. Nourrie de rock indé et alternatif, de folkblues, de pop et de tous ces paysages sonores à tendance électro. Il ne se passe pas 6 mois sans que l'on ne découvre de nouveaux venus adeptes de l'expérimental, des artistes à succès et de futures légendes du songwriting tombés dans les filets de l'acoustique.

Nous nous sommes plongés dans nos dernières découvertes musicales et avons ratissé le net pour vous proposer dix de nos jeunes talents préférés qui font la scène acoustique d'aujourd'hui. Nous vous avons même concocté quelques interviews çà et là...

Pour commencer, nous nous laissons séduire par un duo en provenance de San Francisco dont le leader est une femme.

Du folk à l'indie : la scène acoustique sous le feu des projecteurs
La scène acoustique sous le feu des projecteurs
Thao with The Get Down Stay Down

Thao Nguyen, une guitariste et chanteuse originaire de Californie, fredonnait ses propres chansons dans la laverie automatique de sa mère où elle travaillait alors. Elle est maintenant une vraie bombe de la six-cordes sur scène. Armée d'une électro-acoustique et d'un style conversationnel qui domine les parties vocales de ses titres, elle fait dans le genre ébouriffant et déménage sur les scènes d'Europe et des États-Unis.

Nguyen a commencé à réaliser qu'elle voulait faire carrière dans la musique en écoutant du Motown, du blues et du folk, ce qui l'a incitée à se mettre à l'apprentissage de la guitare à l'âge de 12 ans. Avec le deuxième membre du groupe Thao with The Get Down Stay Down, le bassiste et claviériste Adam Thompson, elle a sorti son dernier album, We The Common, au mois de mars dernier.

Du folk à l'indie : la scène acoustique sous le feu des projecteurs
La scène acoustique sous le feu des projecteurs
Of Monsters and Men

Le groupe islandais, formé il y a à peine trois petites années dans le but de prendre part au concours annuel des groupes de Reykjavik... concours que le groupe a gagné..., a vu ses cinq membres faire tourner bien des têtes avec le succès de leurs débuts en 2011.

Leur album My Head Is An Animal, sur lequel figurent ce tube gigantesque qu'est Little Talks, leur titre atmosphérique Dirty Paws et leur morceau qui fait fureur autour des feux de camp, King And Lionheart, est arrivé en troisième position des charts anglais et au top des charts alternatifs américains. Avec Nanna et Ragnar qui se partagent les parties chants et guitare, ce groupe indie folk distille une sensibilité suave, pleine d'émotivité pop, de fingerpicking complexe et de sonorités acoustiques vibrantes.

Du folk à l'indie : la scène acoustique sous le feu des projecteurs
La scène acoustique sous le feu des projecteurs
Artistes interviewés : The Ramona Flowers

The Ramona Flowers, un groupe originaire de Bristol a tourné avec le groupe Bastille, a été remixé par les groupes d'électro Hot Chip et Ladytron, et leur premier album dont la sortie est imminente sera produit par Andy Barlow, l'un des membres du duo anglais de musique électronique Lamb.

Comme vous l'aurez peut-être conclu par vous-même à la suite de cette liste de noms sans équivoque, le groupe fusionne les guitares acoustiques avec des horizons sonores aux arômes d'électro qu'il décrit comme 'sexy' et 'spectaculaire'. Ça vous donne envie d'en savoir plus ? Nous aussi ! On a donc demandé au guitariste Sam James et au guitariste/claviériste Dave Betts de nous parler de leur son et de leur style.

Si l'on vous demandait de trouver cinq mots pour décrire le son de votre groupe, lesquels choisiriez-vous ?

Sam James : “Beau. Sexy. Epique. Dynamique. Sale.”

Dave Betts : “Beau. Spectaculaire. Electro. Pop. Crade.”

Et quelles sont les chansons qui répresentent le mieux ces mots-là ?

James : “Tokyo.”

Betts : “World Wont Wait.”

Quelle forme d'intéraction existe-t-il entre les guitares et les claviers au sein de The Ramona Flowers ?

Betts : "Si je n'arrive pas à jouer quelque-chose de valable avec différentes tonalités, accordages ou effets, j'en reviens aux claviers et je repars de là."

James : "On travaille de plus en plus avec les claviers à mesure qu'on avance dans le temps, mais ce n'est pas facile parce qu'aucun d'entre nous n'est vraiment claviériste. En développant le style de notre son et en expérimentant toujours plus pour créer de nouveaux paysages sonores, on réalise en fait que synthés et ordis jouent un rôle croissant dans la composition de nos titres. C'est vraiment fun de mixer des sons de clavier et de guitares de telle manière qu'il en devient difficile de les différencier."

Votre musique contient des superpositions multiples de sons d'horizons différents qui sont un vrai délice. Vous les créez comment ?

James : "En général, quand on écrit, on part d'une ligne de guitare ou d'un morceau de synthé. Dave [Betts] est un guitariste avec un jeu de fingerpicking extraordinaire. S'il trouve une bonne idée de départ avec son acoustique, on la transfère sur ordi et on construit notre musique à partir de là, en utilisant l'ordi et les synthés. Quelquefois c'est l'inverse qui se produit. Mais, en général, on part d'un instrument et des parties vocales et on les éloigne le plus possible du son d'origine. C'est vraiment génial de s'amuser comme ça avec les sons de l'acoustique et des guitares pour se retrouver avec quelque-chose d'unique en bout de course."

Betts : "Quand on trouve une idée qui nous plaît, [comme par exemple] un riff de guitare acoustique, on essaie de lui donner plus de corps avec d'autres instruments comme un synthé et des cordes, pour que la dynamique de la chanson s'épanouisse sans pour autant paraître chargée. Par exemple, dans Fiend Of The Madness, les composantes de la chanson sont relativement simples, chaque instrument se manifestant à la suite l'un de l'autre. Mais, quand tous ces instruments jouent ensemble, il y a une sensation de grandeur épique et spectaculaire qui se crée."

Quels sont vos conseils pour réussir à marier la guitare acoustique à des paysages sonores basés sur des sons de claviers ?

James : Ça dépend vraiment de la chanson. On a une chanson, Lust And Lies, qui est d'un style très délicat, vraiment émotionnelle. Pour celle-là, on a voulu conserver le son acoustique naturel et utiliser les ambiances sonores pour consolider la guitare et les parties vocales. Pour des titres plus imposants, on utilise souvent des effets sur les grattes dans le but de sortir un son plus proche de celui des synthés. Pour la chanson Tokyo, j'ai introduit beaucoup de sons de synthé qui sonnent comme des guitares crades. Quand tu les mixes, tu obtiens des sons vraiment uniques. Il faut juste s'assurer que tout a sa place dans le morceau."

Betts : "Il faut essayer de ne pas trop compliquer les choses. Il faut faire simple. Essayez de trouver deux sons complémentaires, et partez de là. On a passé un temps fou à essayer de jouer aux génies en superposant des sons multiples et des morceaux divers, pour se rendre compte qu'en fait ce qu'on avait au départ sonnait bien mieux. C'est bien de vouloir expérimenter, mais parfois se faire un break et revenir à la charge plus tard, avec des tympans tout neufs, donne de meilleurs résultats que de rester enfermé dans une seule et même pièce toute la journée."

Du folk à l'indie : la scène acoustique sous le feu des projecteurs
La scène acoustique sous le feu des projecteurs
Lloyd Yates

Certains aiment à dire que Lloyd Yates, un natif de Jersey, sonne comme Ben Howard ou Bon Iver. Selon nous, il serait plus proche du style de John Butler Trio et de Finley Quaye... avec un petit peu du son rauque et feutré de la voix de Tracy Chapman.

Les sonorités chaudes et parfios crades de Yates attirent les fans du style folk rock de ses débuts. Son titre Bring Back The Life figure sur son dernier EP du même nom. C'est un titre rythmé capable d'accompagner des nuits blanches qui donne la part belle à ses structures d'accords inhabituelles et à ses paroles qui interpellent. Avec des passages répétés sur les grandes ondes radios et des apparitions multiples sur la scène de festivals divers, ainsi qu'une tournée prévue d'ici la fin de l'année, les choses se présentent plutôt bien pour cette nouvelle star folk rock.

Du folk à l'indie : la scène acoustique sous le feu des projecteurs
La scène acoustique sous le feu des projecteurs
Walk Off The Earth

Voilà bien la preuve qu'on n'a pas forcément besoin d'un label pour atteindre le succès : le groupe canadien Walk Off The Earth s'est construit une fanbase de bonne taille via YouTube, ce site spécialisé dans les vidéos de chats délurés !

C'est en produisant des vidéos bon marché de leur groupe reprenant des titres comme le Somebody That I Used To Know de Gotye (de même qu'un morceau où on voit les cinq membres du groupe jouer chacun d'une guitare), que Walk Off The Earth a cumulé des millions de vues qui ont permis à leurs fans de découvrir leur musique originale. En mars, ils ont sorti leur premier label major R.E.V.O. qui s'est retrouvé septième dans les charts d'albums canadiens. Un mariage idéal entre la guitare acoustique, le ukulélé, le thérémine, le banjo, le violoncelle, etc..., ce groupe a secoué la scène anglaise au printemps dernier et planifie déjà son retour... pour notre plus grand plaisir.

Du folk à l'indie : la scène acoustique sous le feu des projecteurs
La scène acoustique sous le feu des projecteurs
Matt Costa

Accumulant les tournées avec Jack Johnson, Ryan Adams, Death Cab For Cutie et Modest Mouse, le Californien Matt Costa s'est d'abord démarqué de la foule aux yeux du guitariste de No Doubt, Tom Dumont. Celui-ci lui fit enregistrer ses démos de chanteur-guitariste des débuts depuis son propre home studio.

Depuis lors, Costa a pris son envol, ponctuant les années écoulées de critiques enflammées, de fans appréciatifs et de tubes. De la pop soul dreamy de style Holliesesque de Witchcraft dans les années 60s, au style aisé de Sunshine et aux harmonies de style ELO de Mr Pitiful, Costa débute avec quelques accords basiques sur lesquels il construit des mondes superbes chargés de mélodies, de textures et d'histoires.

Du folk à l'indie : la scène acoustique sous le feu des projecteurs
La scène acoustique sous le feu des projecteurs
Artiste interviewé : Antun Opic

Tout comme Foy Vance (continuez votre lecture...), Antun Opic est un vrai songwriter. Ecoutez les paroles de Moses, le coup de semonce sonore de Dreams ou ce conte superbe qu'est Mermaid et vous vous ferez une idée précise du rare talent qui est le sien.

Le jeu de guitare d'Opic est plus enivrant encore, incorporant toute une gamme de styles, du manouche et du flamenco à la musique folk traditionnelle. Si vous aimez les musiciens de type Django Reinhardt, vous apprécierez le swing bien gitan du titre Hospital d'Opic tout en y reconnaissant cette petite touche de Pierre Bensusan dans les passages plus légers et plus mélodiques. Il est le propre producteur de son premier album, No Offence, sorti l'été dernier. Cet album est élaboré à la manière complexe d'une toile d'araignée. Il a vite fait fureur parmi les critiques, les fans et l'industrie musicale. Quand on a interviewé Opic sur ses chansons, voilà ce qu'il nous a répondu...

Comment est-ce que tu décrirais ton approche du songwriting ?

"Les chansons sont des êtres étranges. A la naissance d'une chanson, on a du mal à imaginer qu'elle n'existait pas avant ça. Comme pour les enfants. Elles respirent. Elles apprennent à marcher, à parler. Elles grandissent. Puis elles commencent à travailler. Elles prennent confiance en elle et deviennent plus fortes. Elles ressentent la fatigue aussi. Et elles dorment. Parfois même elles se cachent. Parfois."

"D'ailleurs j'en ai quelques-unes... cachées dans ma poche. Certaines d'entre elles sont déjà un peu âgées. Elles ont les cheveux blancs... des fringues démodés. Je ne pense pas qu'elles ressortiront. Elles se sont habituées à ma poche, s'y trouvent bien. Elles y sont heureuses. Elles ont un rythme très régulier, tu vois ? On se voit pas beaucoup."

"J'en ai d'autres... qui ne sont pas encore bien équipées. On pourrait dire qu'elles ne sont pas nées sous le bon climat. Si je les laissais sortir maintenant, elles se gèleraient. Mais elles ne demandent qu'à sortir. Elles attendent juste que je puisse leur payer les bonnes fringues. J'en ai d'autres aussi... elles sont un peu comme une devise étrangère. Elles se sentent riches. Mais dans ce pays, elles n'intéressent personne."

"Je me fais un peu de souci pour celles-là, ces derniers temps. Elles sont devenues têtues et agressives. Je leur demande d'être patientes, bien sûr. Je les emmène partout en voyage pour leur faire découvrir le monde. J'ai envie de les présenter à tout le monde et de tout leur montrer. Parce que je veux leur donner toutes les opportunités possibles, tu vois ce que je veux dire ? Je ne sais pas comment exprimer ça... D'une certaine manière, je m'en sens responsable. Voilà, c'est ça. C'est parce qu'elles ont besoin de moi, qu'il faut que je m'en occupe. Tu sais comme la vie d'aujourd'hui peut être dure. D'où elles viennent, tout est si facile."

"Je ne sais même pas comment elles sont toutes arrivées là. Je ne m'en rappelle pas vraiment. Je ne sais même pas pourquoi. Et en plus j'ai mes propres problèmes, avec elles. Quelquefois elles m'emmerdent. Elles me mettent la pression. Quelquefois elles se mettent toutes à parler en même temps. Ouf ! Est-ce que t'as idée de ce qu'une chanson peut bouffer ? Elles me bouffent moi, litéralement. Mais de manière générale, c'est plutôt agréable de les sentir si proches. Ça fait chaud au coeur. C'est cosy et... enfin tu vois."

"J'ai toujours quelqu'un à qui parler, du coup. Et des fois, des fois, j'en chope une juste au bon moment. Et crois-moi, y'a rien de comparable à ça, choper une chanson au bon moment !"

Tu dis que tu te sens obligé de faire de la musique, que tu te sens obligé de jouer et de chanter. Qu'est-ce tu ferais, d'après toi, si tu ne faisais pas ça ?

"Ben je sais pas. Je n'ai pas encore eu l'occasion d'essayer. J'ai toujours voulu continuer sur ma lancée et m'améliorer dans ce domaine."

Dans tes compositions, on trouve des passages plus sombres. D'où est-ce qu'ils viennent ?

"On ne vit pas des temps faciles. J'aime le sarcasme et j'aime le théâtral. Ce qui m'intéresse c'est ce que les gens cachent. Le genre de choses qui pètent quand y'a trop de pression."

Depuis quand joues-tu de la guitare, et comment est-ce que tu décrirais ton style ?

"La guitare est ma compagne pour la vie. J'ai toujours joué mais j'ai pris très peu de leçons, donc je suppose que j'ai développé mon propre style. Je fais des progrès par le biais de l'écriture musicale. Les nouvelles idées que j'ai sont souvent un peu difficiles à jouer pour moi et il faut que je m'entraîne pour arriver à les jouer comme il faut."

Du folk à l'indie : la scène acoustique sous le feu des projecteurs
La scène acoustique sous le feu des projecteurs
Angus & Julia Stone

Le folk blues n'est en rien nouveau sur la scène musicale, mais il y a quelque-chose dans la performance de ce duo de frère et soeur, Angus & Julia Stone, qui rehausse ce genre affirmé d'un vernis un peu neuf, jeune, tendance indie. Avec parfois un petit côté doucereux qui rappelle The Sleepy Jackson, et un son acoustique d'une richesse chocolatée similaire à celui de Nick Drake ou à celui de Band Of Horses. Les Stone jouent dans une nuance de folk plus légère.

Leur plus gros hit à ce jour est Big Jet Plane, mais ils ont également connu un gros succès avec leur interprétation de Love Will Take You pour la bande son de Twilight Breaking Dawn Part One. Trois ans se sont maintenant écoulés depuis la sortie de leur second album. Depuis lors, les Stone n'ont donné que des spectacles solos, mais les rumeurs qui annoncent la sortie d'un nouvel album abondent. On s'en réjouit.

Du folk à l'indie : la scène acoustique sous le feu des projecteurs
La scène acoustique sous le feu des projecteurs
James Vincent McMorrow

Le jeune Irlandais James Vincent McMorrow a fait ses débuts dans une émission de télé anglaise, Later... With Jools Holland, en mai 2011 et sorti son premier album, Early In The Morning, quelques mois auparavant.

Sa reprise de Higher Ground (Steve Winwood) a cumulé des millions de vues sur YouTube en Angleterre et en Irlande. McMorrow s'est également fait connaître aux States avec And If My Heart Should Somehow Stop et We Don't Eat que les Américains ont eu le plaisir d'entendre dans des épisodes de Teen Wolf et The Vampire Diaries. Il semblerait que sa voix, parfois céleste, parfois rauque, accompagnée d'un piano minimaliste et d'une guitare acoustique délicate ait trouvé sa place sur la scène acoustique mondiale. Attendez-vous à la sortie de son deuxième album dès le début 2014.

Du folk à l'indie : la scène acoustique sous le feu des projecteurs
La scène acoustique sous le feu des projecteurs
Foy Vance

Un compositeur au goût sûr, et l'un des meilleurs ces dernières années, Foy Vance a cette voix gutturale qui rappelle Bruce Springsteen et la même approche dynamique que Paul Simon.

Ses chansons font passer leurs auditeurs par des vagues d'intensité et les promènent dans le même instant d'un enthousiasme enflammé à une douleur et une passion profondes. Cet artiste d'Irlande du Nord a sorti son second album, The Joy Of Nothing, il y a quelques semaines à peine. Il y figurent deux de ses meilleures chansons jusqu'à présent : Janey et Closed Hand, Full Of Friends.

Intelligent, émouvant et surprenant, Vance est capable de briser les coeurs comme d'en recoller les morceaux avec une seule petite ligne de sa composition. Ses fans sont particulièrement avides de ses concerts, une chance de voir de visu toutes ces émotions s'exprimer sur scène.

Share this Article
Google+

Most Popular

Edition: FR
TopView classic version