Vinnie Paul : batteur à sang pour sang

23rd Apr 2014 | 13:30

Vinnie Paul : batteur à sang pour sang
L'interview

Avec le départ de plusieurs membres du groupe, Hellyeah s'est presque éteint. Mais c'était sans compter sur la force de travail de Vinnie Paul qui a su remettre une formation sur pied. Avec ce changement de line-up, Vinnie a cette fois-ci délégué le travail de producteur, se consacrant à 100% à son jeu de batterie. Le batteur emblématique du métal nous raconte la création de Blood For Blood.

Il y a des nouveaux membres dans le groupe. Est-ce un peu comme démarrer un nouveau projet musical ?

Honnêtement, on a terminé notre dernière tournée et c'est à ce moment qu'on s'est penché sur ce nouvel album. Greg (Tribbett) et Bob (Zilla) sont partis, Chad avait ses problèmes personnels et on commençait donc à avoir des doutes sur l'avenir de Hellyeah.

Ce disque a été enregistré par moi, Tom (ex-guitariste de Nothingface) et Chad (Gray, ex-chanteur de Mudvayne). Il n'y avait pas encore les nouveaux membres à cette période. Puis Kyle Sanders du groupe Bloodsimple nous a rejoints, c'est un bon pote à nous depuis nos précédentes tournées. Nous avons aussi un nouveau guitariste pour les prochains concerts, nous ne pouvons pas en dire plus pour le moment, mais c'est un super musicien.

Nous avons fait les choses dans l'ordre et on s'est surpassé. On a travaillé avec un nouveau producteur, Kevin Churko (Ozzy Osbourne, Five Finger Death Punch, In This Moment).

Ça change. D'habitude, vous enregistrez tout chez toi, dans ton propre studio...

Oui, et ça fait bizarre. J'avais tout le temps envie de prendre les choses en main. Je me suis toujours occupé de la production, et ce depuis le premier album de Pantera, même si Terry Date était crédité comme co-producteur.

Mais je sentais qu'il était temps d'avoir un point de vue extérieur. Je l'ai rencontré il y a quelques années à Las Vegas. C'est quelqu'un que je respecte beaucoup, comme personne et pour ses travaux dans la musique. Lorsqu'on a commencé à bosser sur l'album, j'ai proposé qu'on l'embarque dans l'aventure. En plus, ma maison est à seulement 5km du studio de Kevin, donc c'était l'occasion rêvée. Blood For Blood est l'un des albums pour lequel j'ai eu beaucoup de plaisir à enregistrer mes parties.

Quelles sont les principales techniques que tu as apprises de Kevin ?

Il est vraiment bon dans tout ce qui touche aux transitions, pour bien imbriquer chaque bout de chanson.

Si l'on revient à ton propre studio, à quoi ressemble-t-il ?

Ça ressemble à ma maison avec du matos partout (rires). J'utilise mon salon qui a un haut plafond pour enregistrer ma batterie. Je fais un peu de rangement, et j'y place mon kit.

On met les amplis dans la salle de jeu, je transforme une chambre en Control Room. J'ai installé des écrans un peu partout dans la maison pour que l'on puisse se voir lorsqu'on joue.

On a enregistré les démos de ce nouvel album chez moi, mais je n'y ai pas passé énormément de temps sachant qu'on allait les retravailler ensuite. Kevin m'a dit qu'il s'agissait des meilleures démos qu'il avait entendues. Il avait ainsi une bonne base de travail. Chad et Kevin ont bien collaboré ensemble pour que les voix aient plus d'espace et percent davantage dans le mix.

Avez-vous utilisé des prises de ces démos ?

Non, on a tout refait et pourtant, je déteste refaire deux fois la même chose ! Il a donc fallu que l'on retravaille, mais on était là pour ça de toute façon !

On voulait que les basses soient punchy. C'est Kevin qui a encore assuré pour le coup. Il n'avait jamais enregistré de batterie aussi grosse. Ses techniques de miking sont très proches des miennes, et au mixage, j'étais tranquille sur le divan du studio à écouter le bon travail de Kevin.

Est-ce le même kit Ddrum que celui que tu utilises en tournée?

Oui, c'est celui en Sparkle Red de la série Dragon. Il a eu peur en le voyant (rires), surtout les deux grosses caisses de 24"X24".

"Tourner avec mes compos, c'est le but ultime de ma vie. Mes groupes, c'est ma vie. Je ne suis pas marié, je n'ai pas d'enfant, et ça ne changera pas de ce côté-là. Je dédie ma vie à la musique"

Tu as une longue carrière dans le métal et il y a de plus en plus de bons groupes. Penses-tu qu'il soit aujourd'hui plus difficile de faire ressortir son style sur un album ?

Il y a toujours une sorte de compétition entre tous les groupes pour atteindre les voies du succès. Mais c'est une compétition amicale, on se respecte tous. Au final, on essaie tous d'atteindre le maximum de personnes. Lorsqu'on fait des premières parties, on se doit d'être aussi bon que le groupe en tête d'affiche et vice-versa, ça stimule chacun d'entre nous.

Est-ce la même chose côté technique de batterie. Cherches-tu toujours à t'améliorer ?

C'est sûr. Les batteurs qui envoient sont de plus en plus nombreux. Je pense à Joey Jordison (Slipknot) par exemple. Lorsqu'on travaille sur de nouveaux morceaux, on propose au public quelque chose de frais, il faut que ça suive également avec ce que je peux jouer derrière mes fûts.

Il y a des chansons comme Moth ou Hush qui sont des balades. Te sens-tu à l'aise avec ce genre de format ou es-tu plus dans ta zone de confort sur les morceaux plus métal ?

J'adore ça. Depuis le début de Hellyeah, on a toujours voulu varier les ambiances bien qu'aujourd'hui on soit tout de même revenu à nos racines métal. Pour moi, Moth, Black December ou Hush sont des titres très durs qui ont toujours cette veine Heavy. Ce n'est pas du mellow du genre: "Oh baby I love you"(rires).

Chez toi, joues-tu de vieux titres genre du Rythm'n Blues ou d'autres styles ?

Oui, j'aime bien m'essayer dans d'autres styles. Par contre, je ne serai jamais un batteur de jazz, il y a tellement de subtilités très compliquées et je n'ai malheureusement pas le temps de m'y plonger à plein temps. Je suis plutôt un cogneur. Mais je joue du funk de temps en temps. Quand je m’assois derrière ma batterie, c'est pour jouer en live ou composer de nouveaux morceaux.

Quel serait le conseil que tu donnerais à un jeune batteur pour qu'il puisse devenir professionnel ?

D'abord, si tu veux devenir pro, il faut que tu gardes ça en tête et que tu gardes cette idée coûte que coûte. Et cela passe par un entraînement intensif. C'est la seule recette pour y parvenir. L'autre chose est de jouer sur scène, car lorsqu'on est sur scène, le public est juge de ta performance. Tu n'as pas le droit à l'erreur.

En composant Blood For Blood, as-tu imaginé ces chansons spécialement pour le live ?

Tourner avec mes compos, c'est le but ultime de ma vie. Mes groupes, c'est ma vie. Je ne suis pas marié, je n'ai pas d'enfant, et ça ne changera pas de ce côté-là. Je dédie ma vie à la musique. Les membres du groupe, les équipes de tournées, et bien évidemment les fans, sont les personnes les plus importantes dans ma vie.

Es-tu souvent contacté pour jouer de la batterie sur d'autres projets que les tiens ?

Souvent, mais je ne me suis jamais considéré comme batteur de session. Pour moi, Pantera était mon groupe et je n'imaginais pas aller voir ailleurs. Il en est de même avec Hellyeah. Lorsque j'ai du temps, je vais à la pêche, je vais jouer au golf, je vais jouer aux cartes à Vegas, je vais voir des shows...

Far Beyond Driven fête ses 20 ans. Comment analyses-tu le succès de cet album avec le recul ?

C'était le premier album de métal à être numéro 1 des charts. C'est assez spectaculaire. On avait déjà écrit Vulgar Display Of Power qui avait déjà été bien reçu, mais on savait qu'il fallait faire quelque chose d'encore plus puissant. Je me rappelle qu'on a tous voulu se surpasser, donner tout ce que l'on pouvait. À cette période, Metallica débarquait avec son Black Album et tout le monde s'attendait aussi à ce que Pantera fasse un disque également un peu plus commercial. On a choisi de faire le choix opposé et de penser à nos fans dans un premier temps.

Je me souviens qu'on avait fait 312 concerts en un an pour la tournée de cet album. Les fans étaient au rendez-vous partout dans le monde.

Tu évoquais la passion de la musique. Était-elle encore plus puissante à cette période ?

Franchement, je crois qu'elle encore plus importante aujourd'hui. Lorsqu'on a commencé avec Pantera, on était tous dans un train impossible à stopper. Et j'y suis encore. J'aime les challenges et je veux voir s'il est encore possible de refaire un album qui marque autant les générations. Avec Hellyeah, on a réussi à arriver à un point où je pense que l'on aura davantage de reconnaissance grâce à Blood For Blood.

Vinnie Paul : batteur à sang pour sang
Alex Van Halen

Je suis fan d'Alex Van Halen pour plusieurs raisons. D'abord, il est le frère d'Eddie Van Halen. Moi et Dimebag avons de fait plusieurs similarités avec eux.

Quand les gens pensent à Van Halen, ils ont Eddie en tête. Il était excellent, c'est vrai, mais son frère l'était tout autant. J'ai le jeu énergique d'Alex. On entend les variations de puissance dans ses frappes, il était vraiment un atout majeur pour le groupe.

Vinnie Paul : batteur à sang pour sang
Peter Criss (Kiss)

Quand j'étais gamin, le premier groupe dont je suis devenu fan était Kiss. Même si le jeu de Peter Criss était très simple, on peut facilement se souvenir de chacun de ses plans de batterie. Si tu prends le solo qu'il fait sur God Of Thunder (à partir de 2mn18 dans la vidéo ci-dessous), tu peux le mimer sans problème. Puis il était le "Catman" avec son kit Pearl.

Vinnie Paul : batteur à sang pour sang
John Bonham

C'est la légende. Et il n'a qu'une grosse caisse. Il est d'ailleurs l'un des seuls batteurs à une seule grosse caisse que j'aime autant. Le point commun que j'ai avec lui est l'utilisation de gros fûts.

Vinnie Paul : batteur à sang pour sang
Tommy Aldridge

C'est ce mec qui m'a donné envie de me mettre à la double pédale. Peu de gens le connaissent parce qu'il a joué avec beaucoup de groupe comme le Pat Travers Band ou Whitesnake par exemple.

Il était dingue, il jouait des plans aux pieds que certains ne peuvent pas rejouer avec les mains ! Je me rappelle être allé voir mon père pour lui demander de m'acheter une autre grosse caisse. Il m'a dit: "qu'est-ce qui ne va pas avec celle que tu as ?" Je lui ai alors répondu: "rien du tout. Il m'en faut juste deux !"

Vinnie Paul : batteur à sang pour sang
Neil Peart

Même s'il ne reflète pas ce que je joue, j'ai toujours aimé et respecté et Neil Peart de Rush. Il a utilisé tellement de combinaison de fûts, de sons différents pour créer son propre style que c'en est devenu mythique. Lorsqu'il a intégré le groupe, il a donné quelque chose de nouveau. Et les gars tournent encore, ce sont des monstres.

Share this Article
Google+

Most Popular

Edition: FR
TopView classic version