Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland

17th Oct 2013 | 11:02

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
Stewart Copeland choisit 16 albums de batterie 'plaisir'
"Si vous avez décidé de vivre de votre batterie, évitez d'écouter ces albums," conseille Stewart Copeland

"Quand j'étais gamin, tout ce qui m'intéressait quand j'écoutais un album, c'était la batterie", nous confie Steward Copeland, batteur légendaire du groupe The Police. "Les parties vocales me laissaient plutôt froid. Je me suis quand-même enthousiasmé un moment pour les basses et les guitares, mais ma vraie passion, c'était la batterie. Et à ce jour, rien n'a vraiment changé..."

Quand MusicRadar a pris contact avec Copeland pour lui demander de compiler 'une liste de ses albums incontournables', il n'a pas hésité à remettre en question le principe même de notre rubrique (dont nous sommes par ailleurs très fiers !) en protestant contre la notion même du terme 'incontournable'. "C'est un peu ennuyeux votre truc. Pourquoi pas les albums les plus 'fun', les mauvaises influences, les terreurs de la batterie, les albums à n'imiter sous aucun prétexte, et pourtant de vrais plaisirs d'écoute." Et il nous a servi une liste longue de 16 albums au bout du compte.

Il avoue s'être délecté de ces albums séditieux mais a, curieusement, réussi à en sortir indemme. Et c'est tant mieux !

Copeland partage des vues très fermes sur la tentation de certains musiciens à imiter aveuglément le style des autres. "C'est la mort de la créativité", s'écrit-il. "Quand j'étais au lycée, il y avait toujours un petit malin pour jouer un truc connu. Toutes les filles s'attroupaient autour de lui pour l'admirer de plus près. Avec moi, c'était tout le contraire. Je sortais ma guitare, je jouais un truc. Elles me regardaient l'air hagard, 'Ben, c'est quoi ça, j'connais pas'. 'Bien sûr, que tu connais pas, c'est moi qui l'ai écrit !', se rappelle-t-il. "Alors, évidemment, c'était pas le grand succès avec les filles mais, au moins, je conservais mon intégrité musicale ! Résiste à l'appel de la sirène... les musiciens comme les marins viennent s'écraser sur les rochers. Les dangers de la banalité..."

Copeland choisit, dans les pages qui suivent, des morceaux qu'il qualifie de 'potions dangereuses' pour les batteurs, mais nous sommes très loin du sédatif ! "Les bonnes idées, c'est bien", dit-il,"mais quand elles sont mal imitées, c'est la catastrophe ! La pédale wah-wah de Jimi Hendrix, c'était génial ! Mais ceux qui l'utilisent sans talent se cassent vraiment la gueule !"

MusicRadar vous invite à vous laisser tenter par l'appel des sirènes, mais ne perdez pas pied, même si ces albums, vous le verrez, sont irrésistibles...

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
The Jimi Hendrix Experience – Are You Experienced (1967)

"Mitch Mitchell était l'excitation même derrière la guitare. Les guitares et la batterie se répondaient et se complètaient parfaitement sur cet album. Pour moi, c'est l'essence même d'un groupe rock, l'harmonie absolue".

"Mitch possèdait un bel arsenal de chops, lègers, sophistiqués, au beau milieu d'un style de musique lourd, bruyant. Il a été une véritable révélation dans ma jeunesse. Cette idée que l'impact n'était pas forcément produit par les coups de tonnerre".

"Quand j'allais au Henritt's Drum Store à Londres, j'imaginais souvent que Jimi et ses potes entraient, que je me mettais aux batteries et qu'ils me disaient, impressionnés 'Hey kid, T'es fort !' [Il s'esclaffe] Et puis, on se retrouvait chez eux pour jammer toute la nuit... Et Mitch et moi, on devenait meilleurs potes..."

"Des années plus tard, j'en parlais avec Henritt qui m'a dit que les producteurs venaient très souvent leur demander s'il connaissait des jeunes joueurs. Preuve que je ne rêvais pas tout-à-fait... ça arrivait donc mais pas à moi".

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
The Buddy Rich Big Band – Big Swing Face (1967)

"Buddy était un Mozart de la batterie. Joey Jordison et lui sont de véritables prodiges. Ils ont porté la batterie à un niveau technique jamais atteint. Ils possèdaient tout deux une finesse de jeu, une attention au détail qui, pourtant, ne nuisait jamais à l'unité de la formation."

"Quand tu écoutes Buddy, tu te rends compte à quel point les fills sont présents chez lui. Ça donnait envie de faire la même chose. Il était celui que l'on écoutait dans le groupe. Il aimait les arrangements aussi. Il y portait beaucoup d'attention."

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
Cream – Wheels Of Fire (1968)

"Les batteries de Ginger Baker sont très lourdes. Il possède un son unique mais que personne n'a essayé d'imiter. Il a un style de jeu très original. À la même époque, tout le monde cherchait plutôt à imiter les plans de John Bonham (Led Zeppelin). Je n'ai jamais entendu du Ginger, nulle part."

"Heureusement que le caractère de l'homme lui-même ne puisse s'imiter ! Non, je rigole ! Il est super. Je m'entends bien avec lui. Nous partageons un intérêt pour le polo. Il m'appelle 'young man'. Il peut m'appeler tout ce qu'il veut du moment qu'il ne me poursuit pas avec sa canne !"

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
Led Zeppelin – Led Zeppelin IV (1971)

"Les premiers albums sont géniaux mais je ne m'en suis pas vraiment rendu compte à l'époque. Sur IV, on retient surtout l'économie et la force du jeu de John Bonham. Il déploie un jeu puissant sans pourtant recourir à des plans dans le style de Billy Cobham ou Joey Jordison."

"En plus, il a un groove très funk. C'était instinctif chez lui. Ba-dum-bahh-dum, ba-dum-bahhh-dum! [Version chantée d'une phrase musicale issue de Black Dog] C'est exactement ça, il a un jeu économique et puissant. Une puissance qui provient de l'économie même du jeu. C'est rare !"

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
The Wailers – Burnin' (1973)

"J'aurais pu choisir n'importe quel album parmi ceux des Wailers. Mais celui-là, c'est le premier qui m'ait vraiment inspiré. Burnin' fait figure de géant dans le monde de la musique mais il me faut aussi mentionner Burning Spear Live."

"C'est l'époque Reggae, un style qui s'est chargé de créer une véritable révolution dans les motifs rythmiques de batterie. Le mouvement m'a beaucoup influencé mais je ne crois pas avoir été le seul. On a tous été frappés, à l'époque, par ce qui se passait sur ces deux albums."

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
The Jeff Beck Group – Beck-Ola (1969)

"Je ne me rappelle même plus le nom du batteur [Tony Newman ; mais c'est Micky Waller qui jouait sur Sweet Little Angel - NDJ]. Il n'a plus rien fait d'autre après mais le bassiste et lui faisaient vraiment des bons trucs."

"Spanish Boots est l'un des meilleurs morceaux rock qui soient. Rod Steward n'a jamais été aussi bon qu'à l'époque, comme chanteur inconnu dans le groupe d'un autre."

"J'ai découvert cet album à l'époque de sa sortie. La synergie entre la guitare et les batteries était stupéfiante. Gamin, j'étais attiré aussi par la basse et la guitare comme je l'ai dit plus haut. J'étais, donc, sensible à leur importance dans un groupe. Et ce qui me frappait, ici, c'était que tous les instruments se complètaient parfaitement."

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
The Dave Brubeck Quartet – Time Out (1959)

"Blue Rondo A La Turk ou Take Five : ça c'est pour les incontournables ! Que du bon. Vous avez de la chance sur ce coup-là, c'est mon petit cadeau !"

"Encore une fois, c'est tout-à-fait dans le style de Bonham. Une puissance ressentie dans l'économie du jeu. Tu sens les batteries respirer. Quand j'écoute ce genre de truc, je n'écoute que les toms et la résonance des batteries. C'est un style qui me rappelle qu'il est bon de laisser de l'espace à chaque élément de batterie pour les entendre, chacun dans leur individualité sonore."

"C'est ça que le solo montre [Take Five, par Joe Morello ci-dessous], la beauté sonore de ces batteries."

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
Mahavishnu Orchestra – The Inner Mounting Flame (1971)

"Le premier album, Mahavishnu Orchestra, est aussi marquant que le second [Birds Of Fire, 1973]. Je commençais à me lasser du Jazz, j'en avais trop écouté depuis l'enfance. Quand je suis tombé sur cette musique, je me suis enflammé tout-à-coup."

"J'étais le seul gamin à savoir jouer l'ouverture de l'album Mahavishnu Orchestra. Depuis, j'ai suivi de près la carrière de Billy Cobham. Il avait un morceau très long simplement constitué d'une ligne de basse sur son premier album solo. Quand j'en écris une, maintenant, je pense toujours à ce morceau qui me rappelle à l'ordre et me défend d'en faire trop."

"Par contre, ces chops, c'est pas bon pour les gamins d'écouter ça, à éviter absolument !"

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
Return To Forever – Romantic Warrior (1976)

"Tous les musiciens de l'époque se sont beaucoup agités autour de cet album, autant que pour Mahavishu. J'entendais partout : 'C'est génial, il faut que t'écoutes ça'. C'était comme ça que ça se passait à l'époque. Pour moi, Mahavishnu et Return To Forever, ce sont deux albums qui se confondent un peu."

"Je place cet album au même niveau que Mahavishnu Orchestra. Lenny (White, NDJ) est aussi important que Billy Cobham pour la batterie. Il n'avait peut-être pas la technique 'flashy' de Billy mais il était tout-à-fait capable d'infliger un bon coup de tête à ses accords jazzy foireux !"

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
Slipknot – Slipknot (1999)

"ll y a trop de batterie mais ça marche quand-même. Tous les trucs qu'il fait avec les mains et les pieds en même temps, on ne peut pas s'empêcher de s'en étonner. Il fait avec les pieds ce que la plupart des batteurs aspirent à faire avec les mains. Quant à ce qu'il fait avec les mains, c'est prodigieux !"

"J'étais parti à ce festival heavy metal pour voir un autre groupe, Sepultura, mes potes du Brésil. Mais tout le monde derrière la scène me tirait par la manche pour attirer mon attention sur ce nouveau groupe que je ne devais absolument pas manquer : Slipknot. Alors, j'ai fait ce qu'on m'a dit, je suis resté les écouter et quand ils sont sortis pour jouer leur set, je suis resté planté là, hébété : 'Merde, qu'est ce que c'est que ce truc !'"

"Le stage manager m'a regardé en désignant ses oreilles. J'ai compris qu'il me fallait les couvrir et vite. Le mec à la batterie a fait exploser le volume sur la scène. Le salaud, on en avait plein les tympans. Quand même, ça se fait pas. [Rires]"

"Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre. Il faut de très bons joueurs pour le metal avec une puissance de jeu impossible. Nous sommes très loin du jeu blues. Tu ne pourrais jamais jouer comme ça dans un groupe de jazz, mais il faut avouer que peu de joueurs sont capables de faire ce que Joey faisait."

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
The Doors – Strange Days (1967)

"John Densmore, encore un exemple de joueur de jazz dans un groupe de rock. Il a un toucher très léger mais ça marche. Les batteries pour le jazz, c'est génial mais ce sont ces accords foireux qui gachent tout. Du coup, si tu mets ces mecs dans un groupe de rock, c'est génial. C'est un bon mélange de genres."

"Enfin, pas toujours. Buddy Rich a essayé de faire de la pop dans ces derniers albums. Il avait même embarqué un guitariste avec une pédale wah-wah dans le projet... une catastrophe ! [Rires]"

"Je parle tout le temps de John Densmore. Il possède un style très personnel, unique, que je serai bien incapable d'iimiter. Des grooves exécutés comme dans une transe, derrière le style trippant des Doors."

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
Rage Against The Machine – Rage Against The Machine (1992)

"Brad Wilk est le John Bonham de sa génération, en quelque sorte. Il possède la même simplicité élégante."

"Il est fort mais c'est aussi un vrai crancre, il ne suit aucune école et fait tout ce qu'il ne devrait pas faire. Mais c'est encore une fois une question de synergie. C'est Tom Morello qui mène la danse mais c'est (le bassiste) Tim (Commerford, NDJ) et Brad que j'écoute ici. Ça c'est de la section rythmique. Zach peut vraiment faire tout ce qu'il veut : chanter, crier, faire n'importe quoi, avec une telle section rythmique, tout ce qu'il fera sonnera sans problème."

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
Blondie – Parallel Lines (1978)

"Là, nous avons affaire à un bon élève. Clem Burke a des chops puissants sans pour autant casser l'unité du groupe."

"Il y a une énergie effervescente qui soulèvait ce groupe de pop pourtant dominé par l'icône féminine qu'était Blondie. L'album était souvent passé dans les discothèques mais ce n'était pourtant pas de la disco. Clem ne jouait pas du tout dans un style disco. Il faisait plutôt dans la pop old school mais il savait s'y prendre !"

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
Siouxsie And The Banshees – Once Upon A Time: The Singles (1981)

"Je crois que Budgie était le deuxième batteur du groupe. On lui doit une bonne partie des meilleurs morceaux de cette première compilation. Vous connaissez sans doute le contexte new wave/punk de l'album. Siouxie était complètement là-dedans mais c'est Budgie qui en a fait quelque chose de beaucoup plus intéressant."

"Il avait un style simple mais décalé. Il ne fallait pas s'attendre à la séquence classique charleston-kick-caisse claire. Il y avait beaucoup de toms et des coups fracassants."

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
The Beatles – Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967)

"Et merde, puisqu'il faut en choisir un ! Ringo joue avec toute la créativité dont il est capable. Il y a beaucoup de rumeurs à son propos. Était-il le meilleur batteur du monde ? Eh bien, non, il ne l'était pas ! Il n'était même pas le meilleur batteur des Beatles. Mais Paul McCartney n'a jamais dit ça, j'en suis certain. George Martin non plus. John peut-être mais j'en doute."

"Paul était fort à la batterie mais comme un musicien qui s'essaye à l'instrument sans le connaître. Ils sont intéressants mais uniquement parce qu'ils font tous ce qu'ils ne sont pas censés faire."

"Rien de ce que faisait Paul à la batterie n'était comparable à ce que faisait Ringo. Il jouait des parties solides pleines de créativité. On les entend très clairement. Il ne s'agit pas du tout de backbeats accompagnant le chanteur. Il y a des moments de batterie très forts avec des sons de toms gras, des fills puissants et des séquences rythmiques inhabituelles."

Chacun des morceaux des Beatles a quelque chose d'unique. Un truc, quelque chose de vraiment cool dans la construction. Dans nombre de cas, c'est les parties batterie."

Les 16 albums 'subversifs' de Stewart Copeland
The Rolling Stones – Their Satanic Majesties Request (1967)

"Le style de Charlie Watts se trouve à l'opposé de celui de Ringo. Le style de jeu de batterie assez lâche de Charlie se marie parfaitement aux riffs de guitare de Keith Richards. Il ne s'agit pas tellement de sa créativité, mais plutôt de son feeling et de son groove avec des rythmes shuffle dont on n'échappe pas, qui donnent envie de tout envoyer en l'air."

"Ils ont réussi à faire exploser leur propre bombe, même si ce n'est qu'une réponse un peu minable à l'album des Beatles, Sgt Pepper. Il est difficile de mettre ce côté 'nous aussi on peut le faire' mais c'est tout de même très fort. Je l'écoutais sans doute plus que St Pepper. C'est plus sombre. Et j'étais un gamin sombre. Cet album exprimait très bien ma rage, j'en avais besoin."

"La technique de Charlie est très caractéristique. On y trouve toute sorte de fautes techniques mais ça groove avec lui. Il a ce truc par exemple de ne jamais frapper la charleston et la caisse claire en même temps. Dans tous ces backbeats, il y a un vide dans le motif rythmique de la charley".

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