Gavin Harrison choisit ses 10 albums batterie incontournables.

15th Feb 2013 | 14:05

Gavin Harrison choisit ses 10 albums batterie incontournables.
Gavin Harrison révèle ses 10 albums phares

Adulé pour ses enregistrements avec certains des plus grands noms de la musique comme Lisa Stansfield ou Iggy Pop mais également apprécié pour son travail avec le groupe Porcupine Tree, Gavin Harrison est devenu l'un des batteurs les plus respectés et les plus influents dans le monde aujourd'hui. Son jeu très sophistiqué et remarquablement intuitif est analysé par les autres joueurs avec une récurrence et des analyses dignes de médecins légistes. Et pourtant, Harrison reste serein en déclarant modestement que s'attarder sur ses contributions à des enregistrements n’est pas l’essentiel.

" Je n’ai jamais été intéressé que par les parties batterie sur les grands albums. Pour moi, c'était vraiment la musique qui comptait et s'il m'arrivait de tomber sur une bonne partie de batterie alors c'était un plus." dit-il. Si je ne m'intéressais qu'à la batterie alors je pourrais aussi bien n'écouter que des solos. C'est sûr, il y a des groupes qui ont des batteurs exceptionnels, mais un album devrait être considéré dans son ensemble, et c'est vraiment ça qui produit de grands albums et de grands albums de batterie ".

Harrison a découvert son amour pour la musique à l'âge tendre grâce à l'influence de son père, un trompettiste de jazz professionnel. Naturellement doué à la batterie, Harrison s'entraînait avec l'obsession d'un prodige quand il n'était pas occupé à dévorer la vaste collection d'albums de jazz et de «big bands» de son père. «J'ai eu une enfance très atypique", dit-il. «J'entendais Yes, ELP, les Beatles et Deep Purple brailler dans la chambre de mon frère aîné, et je ne les aimais pas du tout. Pour moi, il n'y avait que le jazz. Je m'y sentais bien. Bien sûr, dix, vingt ans plus tard, quand j'ai commencé à écouter Led Zeppelin et les Beatles j'ai compris qu'ils étaient excellents. "

Harrison admet que, dans ses jeunes années, il s'est surtout concentré sur la batterie lorsqu'il écoutait des disques."J'aurais du mal à dire ce qui m’attirait exactement, si c'était le son de la batterie ou un morceau particulièrement intéressant ou le rythme du batteur qui me poursuivaient", dit-il. Mais à un certain moment, il y a quelque chose qui a changé en moi et j'ai commencé à apprécier l'ensemble plutôt que la somme des parties instrumentales. «Je suis devenu plus sensible à la façon dont la musique et le batteur me faisait ressentir un morceau."

D'une manière toute personnelle, Harrison analyse ici les albums de batterie qui lui paraissent particulièrement intéressants parce que construits sur un mélange réfléchi de goûts, d'équilibre et d'art. "Je suis capable de reconnaître si les musiciens se sont attachés au design dans la conception de l'album», dit-il. «Quand on y réfléchit bien : une voiture, ce n'est que quatre roues, un moteur, quelques sièges, et s'il vous fallait la dessiner sur un tableau noir vous auriez une boîte à quatre roues et un volant.

«Maintenant, comparez cela à une Aston Martin ou une Bentley - il y a de la beauté là-dedans! Ces voitures font la même chose que la boîte à quatre roues, mais la beauté est prise en compte dans la conception. C'est ce que je cherche dans la musique - la beauté dans les choix ".

Dans les pages qui suivent, Harrison discute de ce qu'il considère être les 10 albums-clé, qui ont façonnés ses goûts et ses choix musicaux ultérieurs ; chronologiquement répertoriés comme ils sont entrés dans sa vie. Ça ne fait aucun doute, les lecteurs y trouveront leur compte d'esthétique !

Gavin Harrison choisit ses 10 albums batterie incontournables.
Patrick Williams – Threshold (1973)

Dans les pages qui suivent, Harrison discute de ce qu'il considère être les 10 albums-clé, qui ont façonnés ses goûts et ses choix musicaux ultérieurs ; chronologiquement répertoriés comme ils sont entrés dans sa vie. Ça ne fait aucun doute, les lecteurs y trouveront leur compte d'esthétique !

"Le batteur sur ce disque était un dénommé John Guerin, qui était un musicien de session très populaire à Los Angeles. Il était marié à Joni Mitchell, et je crois qu'il a joué sur certains de ses albums. J'ai été fortement influencé par mon père, qui était trompettiste, il était vraiment fan des "big bands", et c'est comme ça qu'il est devenu l'un de mes favoris. J'avais 11 ans à l'époque et je l'entendais jouer ses morceaux sans arrêt. J'ai en encore la chair de poule à chaque fois que je l'entends.

C'est ce genre de disque dont la modernité est éternelle. Même après quarante ans, il semble encore frais dans son concept et la façon dont il a été écrit, même si certains de ces sons sont un peu vieillots parce qu'ils nous viennent des années 1970.

Il a été enregistré d'une manière inhabituelle en cela qu'il a favorisé les cuivres au détriment de la batterie, la basse et le piano. Il y a deux trompettistes qui suivent toutes les autres parties et un saxophoniste qui fait la même chose. C'est un son-sur-son, et les performances sont très serrées.

Le jeu de John est magique. C'est partout dans ces films Dirty Harry, et parfois il ne joue qu’avec des brosses pour au moins deux ou trois minutes. Il a un style tout à fait unique, et il est celui qui m'a le plus influencé."

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Art Farmer – Crawl Space (1977)

«Art est une légende du jazz formidable qui a débuté dans les années 50, peut-être même fin des années 40. Il y a cette image incroyable de tous ces musiciens de jazz à Harlem, ils sont là debout en face de cette grande maison. Art Farmer est tout en haut de l'image.

«C'est l'un des premiers albums que j'ai entendu avec Steve Gadd à la batterie. Vous savez, ces films des années 50 où ils parlent de l'avenir, c'est comme ça : cinq gars dans une chambre qui imaginent ce que l'avenir sera dans 50 ans.

«Sur ce disque, Steve Gadd a inventé une nouvelle langue pour la batterie. Il l'avait peut-être fait avant, mais c'était le premier enregistrement que j'ai entendu où il jouait de cette façon si particulière. J'étais époustouflé!

"Il joue des rythmes simples entre le tome basse et la caisse claire, mais c'est plein de soupirs entre les coups principaux. Il joue beaucoup de séries de 32 notes rapides, exécutées en rafales, en réduisant considérablement le volume des notes mortes. Donc, vous aviez encore le 1 sur la grosse caisse, le 2 et le 4 sur la caisse claire, mais il y avait encore tous ces petits coups entre la cymbale et la caisse claire.

"Curieusement, il joue sur presque tout l'album avec des balais, mais il le fait d'une manière qui crée une vrai différence de son. Plutôt que de jouer avec les balais à la manière dont vous le feriez sur un air de jazz, en les traînant sur la caisse claire pour vous donner un genre de bruit blanc, il en joue comme s'ils avaient des baguettes. Accentuant ainsi tous les soupirs très brefs. "

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Earth Wind & Fire
All 'N All (1977), The Best Of Earth, Wind & Fire, Vol. 1 (1978), I Am (1979)

"Si on prend les trois albums ensembles, on a toutes les classiques des années 70 qu'a joué le groupe. Je les ai tellement écouté que je ne n'arrive même pas à me souvenir quelles chansons sont sur quel album, mais tout ce que je sais c'est que tous les trois sont absolument géniaux.

Le batteur, Freddie White est tout simplement fantastique. A l'époque de ces disques, au milieu et à la fin des années 70, c'était la révolution punk en Angleterre. Pendant que tous mes potes achetaient les Clash et les Sex Pistols, moi je cachais mes Art Farmer, Pat Williams et Earth, Wind & Fire sous mon blouson. Le seul album "décent" que j'avais, c'était New Boots And Panties! par Ian Dury, qui n'est pas sur ma liste, bien que j'ai encore beaucoup d'estime pour ce grand disque.

Earth, Wind & Fire avaient des morceaux et un groove incroyables. Freddie Blanc a trop vite été oublié. A mon avis, c'est quelqu'un qui a fait une grande différence. Je ne sais pas comment ces disques ont été faits, si le groupe jouait en live dans leur studio ou s'ils s'y sont pris autrement mais quelque soit la manière dont les événements se sont déroulés, tout a fonctionné à merveille. C'est du super boulot! "

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Art Farmer/Jim Hall – Big Blues (1978)

«C'est un disque magnifique! Il y a seulement quatre morceaux sur vinyle, bien sûr, donc deux morceaux par face. Ce qui est formidable, c'est la partie percu étonnamment sensible et mélodique. La batterie n'est pas l'instrument auquel on pense immédiatement pour évoquer des états émotionnels autre que la surexcitation! On pense plutôt au piano ou à la trompette pour créer une ambiance mais pour ce qui est de la batterie, c'est un autre monde. Steve Gadd, à mon avis, avait un jeu très mélancolique. Et c'est son jeu en particulier sur ce disque qui a vraiment changé la façon dont je concevais la batterie

Jouer comme un dingue sur une batterie à 100 km/heure c'est quelque chose que tout le monde pour faire avec un peu d'entraînement. Mais très peu de gens réussissent à exprimer un sentiment comme la mélancolie sur une batterie, on atteint là un niveau de musicalité trés difficile à exécuter plus la plupart.

Steve Gadd m'a aussi ouvert au minimalisme qui était encore un truc auquel mon père s'intéressait. Ce n'était pas un musicien qui avait un son fort, haut, grinçant. Il adorait Miles Davis, Clifford Brown, Chet Baker. Chet Baker! Je suis un vrai fan.

Dans le monde de l'art minimaliste, on en vient toujours à parler de design. On peut toujours comparer les éléments d'architecture. Ça, c'est beau ou ça, c'est moche! Les bâtiments minimalistes peuvent être beaux ou complètement ratés. Alors finalement, c'est une question de goût. C'est quelque chose que Chet Baker avait en lui, tout simplement."

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Jeff Beck – There & Back (1980)

"Simon Phillips est à la batterie sur cet album. Dailleurs, j'ai une connexion bizarre avec lui parce que mon père jouait avec le groupe de son père. En fait, Simon, son père et sa mère vivaient à environ deux miles de là. Donc, j’ai connu Simon quand j'étais tout petit.

Mon père m'emmenait à des concerts aussi souvent que possible et parfois, on allait voir Sid Phillips. Là, il y avait Simon Phillips, un gamin de 13 ans à l'époque qui jouait dans le groupe de son père.

Quand j'ai entendu There & Back, je me suis dit, oui...ça, c'est du vrai rock, du rock comme il se doit! C'est une musique qui a beaucoup d'émotion, des airs vraiment géniaux, avec Simon qui navigue magistralement et avec style autour des autres musiciens. C'est superbe! A ce stade, en 1980, je ne l'avais pas vu depuis un moment, probablement depuis 1973. Mais beaucoup de temps a passé, et maintenant tous les batteurs en Angleterre ont entendu parler de lui, ils reconnaissent à quel point il est fort. C'était un dieu de la batterie! Un jeu passionnant!"

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Japan – Tin Drum (1981)

"Ok, si Steve Jansen était assis là maintenant à côté de nous, il vous dirait qu'il n'est pas vraiment un batteur sérieux et n'a absolument aucune technique. Mais ce qui me fascinait, c'étaient les rythmes incroyables entre la basse et la batterie. Ils ont cassé toutes les règles, on ne retrouvait aucun motif du genre la grosse caisse qui suit la basse dans le style Motown ou de mettre la caisse claire sur les 2 et 4. Ils inventaient des trucs étranges, des séquences rythmiques bizarres où Mick jouait entre les notes de Steve.

Steve est un batteur qui a beaucoup de style, mais il est très, très simple. Je ne pense pas qu'il ait jamais joué de partie difficile dans sa vie, et il vous aurait probablement dit qu'il en était incapable. Il est venu à la batterie comme un photographe - ou en tout cas comme quelqu'un qui n'avait aucune formation. En général, quand j'écoute un batteur, je peux entendre d'où il vient, je peux retracer son histoire. Mais, Steve Jansen, lui, il venait d'une autre planète. Je ne comprenais rien à certains de ses trucs.

C'était un album complètement moderne. Moitié électronique moitié science-fiction dans le style des années 80. Je sais aussi que Neil Peart et Danny Carey sont très fans de Tin Drum."

"Le claviériste de Japan c'est Richard Barbieri, qui est maintenant au clavier dans Porcupine Tree. J'ai eu la chance de connaître Mick Karn avant sa mort. J'ai joué sur un de ses disques, il a joué sur l'un des miens, et j'ai fait des tournées avec lui. Et j'ai aussi eu la chance de connaître Steve Jansen assez bien, aussi."

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Randy Crawford
Secret Combination (1981), Windsong (1982)

"C'est quelque chose à laquelle je pense beaucoup : Comment transformer des morceaux en quelque chose de mieux, de plus musical et dynamique? Et vraiment, toutes les réponses sont sur cet album, comme Jeff Porcaro l'explique, si vous savez comment l'écouter.

Il n'y a pas du tout de morceaux tape à l’œil, rien qui en jette, rien qui ne vous rendent dingue. Mais il y a tellement de bons enregistrements de lui, et celui-là n'en est qu'un exemple.

Il y a un autre album appelé Windsong qui est sorti l'année suivante et je me souviens, j'avais une cassette avec Secret Combination sur une face et Windsong sur l'autre. J'ai passé cette cassette dans ma voiture pendant des années. Elle y restait en permanence. C'était bien les cassettes pour ça : on ne pouvait pas vraiment sauter des chansons, on était forcé d'écouter tout l'album.

Ces deux albums ont été fait par des formations presque identiques pour les deux productions Tony LiPuma avec Jeff Porcaro à la batterie. Je pourrais les écouter en boucle, pour toujours…"

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Allan Holdsworth – Secrets (1989)

"Celui-ci est vraiment un album de percussions. Presque tous les batteurs que je connais l'ont sur leur liste des trucs les plus importants à emporter sur une île déserte. J'avais entendu Vinnie Colaiuta jouer sur Joe's Garage de Frank Zappa, qui m'avait vraiment impressionné, et sur certains albums pop dans les années 80 avec Nik Kershaw et Joni Mitchell. Puis, sorti de nulle part, je l'ai entendu sur ce disque, et c'était la même expérience qu'avec Crawl Space. Il utilisait, lui aussi, un langage tout nouveau.

Ce n'était pas vraiment un tempo qu'il essayait d'imposer mais plutôt l'équivalent de John Coltrane au saxo. Il jouait avec un abandon sauvage, même si, en fait, tout cela était d'une précision incroyable.

Quand je l'ai entendu, je me suis dit ok, même si j’ai quelques idées, elles ne valent rien en comparaison de ce que Vinnie Colaiuta fait dans cet album! C'est un autre monde. Cela m'a fait prendre conscience qu'il me fallait aller beaucoup plus loin. C'était un bon coup de pied dans le cul! La façon dont il jouait en 1989 était vraiment en avance sur tout ce qui se faisait d'au moins 30 ans!

Je n'ai toujours pas entendu quelqu'un d’autre jouer comme ça. La musique d'Allan Holdsworth peut être assez bizarre et étrange mais le jeu de Vinnie Colaiuta à la batterie donne une sorte de définition insolite à l'ensemble. En fait, je vais rarement au-delà de la première chanson, intitulée City Nights. C'est tellement intense - c'est une expérience unique de batterie. A chaque fois, je suis épuisé à la fin de ce morceau, et je dois aller me coucher. "

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The Blue Nile – Hats (1989)

"Cet album est venu à un moment de ma vie où je cherchais des réponses, et j'en suis devenu complètement accro. Un album qu'il me faut écouter au réveil comme une envie de cigarette, ça n'arrive qu'une fois tous les dix, quinze ans. Je l'écoutais sans arrêt, et les moments où je n'étais pas en train de l'écouter, je me promenais dans la rue en me le fredonnant. C'est vraiment un album extraordinaire !

À cette époque, j'ai arrêté de penser comme un batteur et ai commencé à penser comme un musicien. C'est un album génial, avec des morceaux magnifiquement agencés avec une performance vocale incroyable, que je n'ai jamais entendu nul part. L'effet de fond de la boîte à rythmes très simple, elle est bien souvent jouée en boucle sur une seule mesure pendant le morceau et ça ne m'offense pas, en fait, on s'intéresse davantage à la chanteuse.

Ça m'a fait comprendre que la batterie n'est pas forcément importante et sa mise en avant n'est pas nécessaire. Parfois, la meilleure manière de jouer, c'est de ne pas jouer du tout. Peut-être que je ne vais pas jouer au premier couplet. Peut-être que je devrais jouer au premier refrain. Certaines chansons sont meilleures sans batterie ou quelque chose de très simple. "

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Nine Inch Nails – The Fragile (1999)

"Il avait une façon de frapper la grosse caisse et la caisse claire avec un timing que je sentais parfaitement comme Steve Gadd, comme Jeff Porcaro et comme John Robinson. Un truc aussi simple que "boom-baa, boom-baa!" Et pourtant, il y a un million de façons différentes de le faire. Toute la subtilité est une affaire de microseconde! Et Tony avait un sens incroyable du rythme..

L'album est merveilleux, avec des thèmes qui commencent avec une chanson et part à la dérive avec une autre. C'est un chef-d'œuvre absolu, celui qui a vraiment fait de moi un fan de Nine Inch Nails. "

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