Dave Grohl nous parle de Nevermind, In Utero et de ses expériences au côté de Steve Albini

11th Oct 2013 | 09:48

Dave Grohl nous parle de Nevermind, In Utero et de ses expériences au côté de Steve Albini
INTERVIEW : Dave Grohl nous parle de Nevermind, In Utero et de ses expériences au côté de Steve Albini
Un bon crû

À moins que vous ayez vécu sur une autre planète ces dernières semaines, vous savez sûrement que ce chant du cygne qu'est In Utero, l'album studio de Nirvana, vient juste de fêter ses 20 ans.

Le groupe venait juste d'obtenir un succès phénoménal avec son disque précédent, Nevermind, un album qui avait alors changé la face du métal. In Utero lui fit largement justice. Malgré le son bien plus sombre encore qui caractérise cet album, le nombre de ventes atteint un volume extraordinaire. In Utero fut vite propulsé au sommet des chartes anglaises et US.

Un album au son encore incroyable à ce jour, nous tenons à l'honorer en nous remémorant une interview donnée par l'homme aux baguettes magiques (Dave Grohl, il va sans dire) il y a donc une vingtaine d'années, soit en 1993. Dave nous parlait alors de sa manière d'envisager la suite après la naissance d'un classique, de son rôle de leader du mouvement grunge, et nous expliquait pourquoi ça ne paie pas toujours de rechercher la perfection.

Dave Grohl nous parle de Nevermind, In Utero et de ses expériences au côté de Steve Albini
L'explosion Nevermind

"Quand l'album est sorti, les gens ont commencé à en parler", nous dit Dave Grohl en parlant de Nevermind. "Puis c'est la vidéo de Smells Like Teen Spirit qui est sortie et les gens ont découvert ce qu'on faisait. On faisait vraiment les cons et on s'éclatait à fond. Tout-à-fait le genre de truc que les jeunes du monde entier ont envie de faire, je suppose : penser qu'ils peuvent faire les cons, tout foutre en l'air et se tirer tranquilles."

Dave se souvient du succès vertigineux du groupe avec une joie ingénue : "Il me semble que Bleach [à l'époque où Dave ne faisait pas encore partie du groupe] s'est vendu à 75 000 exemplaires. C'était le groupe Mudhoney qui vendait le plus de disques sous le label Sub Pop à l'époque. Après on est passés chez DGC et on a enregistré Nevermind. Ça a créé un grand buzz dans l'industrie. Tout le monde commençait à se demander 'c'est quoi ce Nirvana ?'."

"Durant les cinq années qui ont suivi, on était bien contents de faire la première partie des concerts de Sonic Youth. C'était le genre de chose auquel on s'attendait. On pensait que Nevermind se vendrait sans doute à 150 000 exemplaires. La maison de disques avait fait à peu près les mêmes prédictions. Je pense qu'au départ les gars de la boîte pensaient à environ 100 000 exemplaires en tout, et ces 100 000 exemplaires se sont en fait vendus dès la première semaine. Puis l'album s'est vendu à 150 000 exemplaires par semaine et on a fini par être complètement éberlués par le nombre de ventes. Y'avait des gens qui nous disaient des trucs pas possibles, bizarres, du style qu'on avait gagné je sais pas quel concours à la noix auquel on s'était jamais inscrits et dont on se foutait royalement. Qu'on ait gagné ou pas nous faisait une belle jambe !"

Dave Grohl nous parle de Nevermind, In Utero et de ses expériences au côté de Steve Albini
La vague du succès
Nirvana devient un méga groupe et récolte les honneurs

"Nous n'avons jamais eu pour ambition de devenir ce gigantesque phénomène rock, et je pense que le fait que ça n'était pas le but a sans doute marché en notre faveur. On a juste créé et enregistré ce disque, on l'a sorti et on est partis en tournée. On n'imaginait rien de tout ça."

"C'est quand on a fini la tournée, qu'on a ralenti le rythme, qu'on s'est posés, qu'on s'est finalement mis à réaliser ce qui se passait vraiment. On a pensé 'Waouh ! C'est incroyable ce qui nous arrive !'. C'est un album que les gens écoutent et qui, en 45 minutes, leur permet de... se retrouver."

"Quoi que ce soit qui les fait c**ier dans leur vie, ils peuvent hurler sur cet album. Si c'est un coup de blues qu'ils ont, ça doit leur donner un coup de fouet... Il y a quelque-chose qui interpelle les gens, dans cet album. Je ne sais pas ce que c'est, et je ne sais pas d'où ça vient... c'est un peu comme si tu étais en train de surfer sur ta planche, tu te demandes ce qui pousse ta planche vers l'avant. C'est la vague, ok. Mais qu'est-ce qui fait la vague ? C'est la pesanteur, la Terre, la rotation et tout ça... mais tout ce que tu sais c'est que tu sautes sur ta planche et qu'elle t'emmène à bon port."

Dave Grohl nous parle de Nevermind, In Utero et de ses expériences au côté de Steve Albini
Comment envisager la suite après un classique du genre ?

"On ne s'est jamais demandé comment on allait pouvoir faire mieux que Nevermind", nous affirme catégoriquement Dave Grohl.

"On voulait juste faire quelque-chose de différent. C'est sûr, si on s'était posé la question, on aurait travailler dans ce sens pour que l'album se vende comme des petits pains et qu'il nous propulse instantanément dans la cour des grands, et on aurait rêvé de devenir un groupe de rock phénoménal. Mais on est pas du genre à se répéter. C'est pas notre trip. Ce qui nous intéresse vraiment c'est d'expérimenter : on aime faire des trucs hyper bruyants des fois et on aime faire des trucs très doux et très tranquilles aussi ; on aime pouvoir être mélodieux et on aime aussi faire un boucan d'enfer. Y'avait aucune pression, en fait. On est entré dans le studio et tout s'est passé incroyablement vite."

"Krist [Novoselic, le bassiste] et moi, on avait déjà les titres de base dès les deux premiers jours, et en moins de trois jours on a enregistré 15 chansons, toutes des premières prises. Notre truc c'était pas la perfection. On tenait pas à faire impeccable, propet et sans un poil qui dépasse. Pour nous ce qui était important c'était l'énergie de la première prise qui nous semble bien plus stimulante que celle de la deuxième ou de la troisième. C'est comme si tu enregistrais ta toute première chanson en studio, y'a cette excitation, ce stress indéniable, toutes ces drôles de sensations qui ressortent."

Dave Grohl nous parle de Nevermind, In Utero et de ses expériences au côté de Steve Albini
Donner le coup décisif avec Albini
Steve Albini : un super producteur de génie... batteur de surcroît !

Dave Grohl nous confie qu'il préfère la version d'In Utero produite par Steve Albini à Nevermind. Il se complaît dans l'idée que cet album n'a pas été aussi fignolé que son prédécesseur.

Il nous dit "Sur Nevermind, on travaillait avec Butch Vig. On s'est beaucoup penchés sur les détails pour essayer d'atteindre la perfection. Ça n'a pas été le cas de cet album. Je trouve que ça lui donne plus de caractère, du coup ; beaucoup plus de petits défauts. En gros, c'était 'on entre, on chante dans le micro', ou 'on entre, on joue de la batterie'."

"C'est ce que je veux dire quand je parle d'expérimentation. Quand on a enregistré Nevermind, on avait un mois devant nous en studio, mais les titres de base ont été enregistrés dès les trois ou quatre premiers jours. Tu vois, ça nous laissait encore trois semaines de plus pour soigner tout ça... et c'est ce qui peut tout faire foirer, en fait. Mais pour nous c'était une expérience de passer tout ce temps sur un truc comme ça. Avec In Utero, c'était 'tu entres en studio et tu envoies.'. C'était ça notre expérience cette fois : voir à quelle vitesse on était capable d'enregistrer un disque."

Share this Article
Google+

Most Popular

Edition: FR
TopView classic version